Rechercher  |   Forum  |   Annuaire  |   Newsletter  |   Plan du site  |

Skógar à Þórsmörk

Rédigé le 01/07/2008 - Lu 6884 fois
Skógar à Þórsmörk - Trek du Laugavegurinn
Journée 1 : de Skógar à Þórsmörk

Lever à six heures trente. Il fait beau!

Glissant la tête de dessous la tente, je me réveille au doux bruit de la cascade Skógafoss. Du haut de ses dizaines de mètres, la rivière Skóga se jette dans les basses terres puis s'écarte en lacet sous la route pour traverser des champs et se déverser dans la mer, quelques kilomètres plus loin. Autant dire que le cadre du camping, situé à quelques encablures de la cascade, est superbe.

Les préparatifs se font sans encombre. Les douches sont payantes comme dans la plupart des campings. Ne souhaitant pas dépenser inutilement mon argent ces premiers jours, je tente un brin de toilette au lavabo, en cabine. Rien de particulier si ce n'est que l'eau est chaude. Ce ne sera pas toujours le cas ...

Je mange les restes que des partants de la veille m'ont gentiment laissés pour alléger leur sac.

A mon départ vers sept heures trente, certains campeurs se lèvent, d'autres défont leur tente. Certains ont terminé le trek hier soir, d'autres le commencent aujourd'hui. Certains sont encore dans leur souvenir, d'autres ne sont qu'emplis d'attente, sujets à la joie et l'inquiétude de cette belle inconnue que l'on nomme montagne.


La cascade à quelques dizaines de mètres du camping de Skógar.

Le chemin est marqué par une succession de cascades. Il est agréable de si bon matin de suivre la rivière. Elle-même croule parfois au fond d'une gorge, ou se déploie d'autres fois de toute sa largeur. Ainsi je peux me ravitailler en eau du bord de la rive. Le sentier est de terre, en petites montées et en d'épisodiques descentes. La nuit précédente, pluvieuse, rend la nature humide, tout en reflets sur les contre-jours. Le vert est superbe. Les fleurs ont de belles couleurs. Les moutons sont méfiants, s'enfuyant dès qu'ils me voient tenter une approche. La mer s'étend au loin de derrière, très loin, sur une distance indéfinissable. Les deux immenses glaciers Eyjafjallajökull et Myrdalsjökull se hissent au fur et à mesure de la montée par delà la première ligne des montagnes.

Seul ombre au tableau : les trekkeurs sont nombreux, essentiellement allemands. J'en verrai beaucoup trop durant cette première journée.

Je les ai nommées "Filles du vent" bien qu'elles soient poilues. Ce sont des linaigrettes à feuilles étroites.

Au bout de quelques heures, le chemin traverse la rivière par un pont en bon état. A partir de ce point, la géologie commence à reprendre ses pleins droits. La flore devient rare, si ce n'est des tapis de mousse recouvrant les scories en travers des montagnes. Pendant près d'une heure, le chemin devient une route de poussière dans la caillasse. Des poteaux hauts d'au moins deux mètres commencent à baliser le chemin. Par temps de blizzard ou de neige, il est possible de se perdre ici. L'espace commence à s'élargir : maintenant, les lointains glaciers encerclent pleinement l'horizon. Sous cet horizon immaculé de soleil, la terre s'étend en de vagues reliefs que l'on pressent immenses. Plus proches, le sommet des collines de pierre s'abîme en rochers édentés, fruit de l'imagination de l'érosion. Rien de bien précis ou de voulu : juste le temps qui s'essaye à parfaire la matière sans raison apparente. Une grande plaine tire le chemin sur de longs virages pour se terminer en un minuscule point rouge : le premier refuge. Cette plaine qui me paraît si grande n'est rien comparée à ce qui m'attend.

Du refuge, je descend une pente recouverte d'une première névé. Je m'étonne de trouver ces premières neiges à quelques mille mètres d'altitude et ce en plein mois d'août. Un quart d'heure plus tard, c'est un glacier de taille moyenne qu'il me faut traverser. Il s'étend au travers d'une longue vallée sur deux cents mètres de large. Les poteaux de balisage dressent une ligne jaune ... que chaque jour les trekkeurs soulignent de leur poids de leur passage. En toute sécurité je traverse. L'eau s'entend dans les tréfonds de la glace. Je demande à un italien de me prendre en photo tellement je suis heureux d'être ici.

Au milieu du glacier, un trou sans fond ... jusqu'à la terre semble-t-il. L'eau ruisselle parfois sur le glacier, parfois dessous le verglas transparent. Il est étrange de pouvoir marcher sur des ruissellements sans toucher l'élément liquide. Levant les yeux, on ne sait plus très bien ce qui est montagne enneigée ou nuages d'humidité autour du cercle d'or de l'horizon.


Un trou auprès duquel il ne vaut mieux pas trop s'approcher ...

Après avoir traversé le glacier, je parviens au croisement permettant de décrocher vers le refuge de Fimmvorduhals. J'évalue la montée à trente minutes, à petite allure. Il serait dommage de ne pas la visiter. La hutte est occupée par deux trekkeurs. Cette hutte est normalement à réserver, mais elle semble tout le temps ouverte. Les âmes honnêtes peuvent mettre les pièces dans une caisse fermée.


Le refuge de Fimmvorduhals situé à 1078m. En terme de climat, il est courant d'ajouter deux mille mètres pour pouvoir comparer avec celui de France.

De retour sur le chemin, je parviens sur un paysage à faire rêver. Les poteaux jaunes dessinent un arc de cercle des plus gracieux sur la surface de terre ocre, habillant les reliefs de géométrie. Le sol est souple, tout aussi meuble que dur, très appréciable au toucher et relativement plat. La température est fraîche exactement comme il se doit pour l'effort de marche. Un vrai plaisir.

En me hissant par delà la dernière colline de terre sableuse, c'est un autre paysage de légende s'ouvrant sur la vallée de Þórsmörk. Deux plateaux gigantesques, aux parois érodées en forme de champignon, ont été posés en travers d'une descente que j'évalue à plus d'une heure de marche. Ces plateaux sont si imposants et détonants dans ce paysage qu'ils donnent l'impression de pouvoir s'ébranler l'un contre l'autre au moindre séisme. Des montagnes et des rivières grondantes les accompagnent en à-côté. N'étant pas géologue, je ne m'explique pas comment un tel paysage a pu se former tant l'érosion est variée et la flore différente. Le sentier traverse un des plateaux. De loin, je ne voyais pas que sa surface, grande comme une ville de taille moyenne, était entièrement recouverte de pierres grosses comme des poings, de couleur marron claire. A le traverser maintenant, je pense à certaines images du désert australien.


Le plateau à traverser est si grand qu'on ne distingue plus les poteaux de balisage dont la taille peut atteindre deux fois celle d'un homme. Il est difficile de percevoir les trekkeurs en train de descendre dessus.

Avant et après le plateau, certains passages sont délicats sur de courtes distances : une corde plastique ou une chaîne sont mises à disposition pour ne pas "paniquer" et tomber sur la pente au dessous. Mais ils gênent plus qu'autre chose car les fixations sont douteuses. Doucement, en prenant le temps, on passe sans danger.

En redescendant sur la vallée de Þórsmörk, les perspectives diminuent peu à peu. Les lichens se gonflent en mousse épaisse, et les petites herbes s'élèvent en broussailles puis en arbustes. Des floraisons apparaissent. Je passe sur une petite crête sur quelques vingt mètres, avec un bel encaissement des deux cotés ... avis à ceux qui ont le vertige! La descente est rapide jusqu'à la traversée d'une forêt de petits arbres puis l'atteinte de la rivière Krossá. Deux ou trois tentes ont pris position sur des emplacements idéaux pour le camping. Un local est mis à disposition pour les poubelles et les toilettes. Je m'installe en camping "semi-sauvage". Il est vingt-deux heures, il commence à faire un peu sombre mais une petite clarté restera encore quelques heures. La durée du trajet est due au nombre important de pauses photo durant le parcours. Je me promets de me limiter demain.

Couché à vingt-trois heures.

Cet article t'a plu ? Partage le sur tes réseaux sociaux

Baltar

Sébastien LANOE
Rédacteur
Envoyer un mail
Summits année : 0 | Summits mois : 0 | Summits total : 0
     > Classement des I-Trekkeurs


Page principale de l'article

Trek du Laugavegurinn
Carnet Trek du Laugavegurinn, un des trekkings les plus courues en Islande et aussi réputé pour être le plus beau. D'un longueur de 55 km entre le massif rhyoli...

Articles de l'univers Voyage

Islande, terre des extrêmes
Récit d'une traversée de l'Islande, terre de feu et de glace, du Nord-Est au Sud-Ouest. Une île à la terre volcanique, désertique et sauvage, dominée par le ven...

Traversée de l'Islande
Récit d'un trekking de 17 jours traversant l'Islande du nord au sud. 17 jours et 450 kilomètres de randonnée en autonomie dans des conditions météo abominables ...

Trek sur les hauts plateaux du centre de l'Islande
Carnet d'un trek en solo et autonomie totale sur les hauts plateaux du centre de l'Islande. Mon projet était de rallier à pied Myvatn à Egilstadir via le volca...

Trekking de Þorsmörk à Skaftafell
Récit d'un trek en Islande de Þorsmörk à Skaftafell. Complètement dingué des étendues désertiques de l'Islande, David s'y rend chaque été pour un trek d'envergu...

Trek entre Kerlingarfjöll et Dreki
Trekking de 15 jours en Islande en solo et autonomie totale entre Kerlingarfjöll et Dreki à travers le Þjorsarver, Mulajökull, Sprengisandur jusqu'à Nyidalur pu...

Guide Randonnée Islande
Fiche Pays d'Islande : Carte d’identité - Formalités - Transports - Santé - Sécurité - Climat - Zones de trekking - Liens internes - Contacts. Des informations...

Hornstrandir : rando wilderness dans les fjords oubliés de l’Islande
La péninsule d’Hornstrandir au nord-ouest de l’Islande est le paradis des randonneurs. Le wilderness prend ici tout son sens : pas de route ni de ville et des f...

Islande : Nordurland
Randonnées / découverte de l'Islande avec ses phénomènes géothermiques sources de catastrophes ; mais aussi ses mystères, ses chutes d'eau - les plus grandes d'...

Traversée du désert islandais
Traversée de l'Islande du nord au sud d'Akureyi à Thormork. Sylvain et Kevin nous emmènent au coeur de l'Islande et de ses paysages lunaires uniques. Et si la m...

2 jours de trek dans le Hornstrandir
Vidéo de mes deux jours de trek au départ de Hesteyri dans la péninsule de Hornstrandir aux confins des fjords de l’ouest de l’Islande. Découvrez les images du ...

Photos de l'univers Voyage