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Hrafntinnusker au Landmannalaugar

Rédigé le 01/07/2008 - Lu 3847 fois
Hrafntinnusker au Landmannalaugar - Trek du Laugavegurinn
Journée 4 : de Hrafntinnusker au Landmannalaugar

Réveil à sept heures trente. Il fait très froid.

Il pleut. Je sens le vent passer au dessus de la tente, glissant sur l'auvent de pierre. Aujourd'hui j'atteindrai la dernière étape du trek : Landmannalaugar. Le site est situé à douze kilomètres tout au plus. Puisque la distance est moindre, je mange rapidement une barre énergétique au chocolat. Mécaniquement, mon sac est rangé. Dehors c'est la galère. La bruine, le vent et le froid font du démontage de la tente un enfer. La toile se promène à gauche, à droite, traînant la poussière boueuse. Le froid agace mes doigts qui n'en finissent plus de bourrer les sacs de rangement pour que rentrent les toiles, les arceaux et les sardines, complètement mouillés et agglutinés de terre. De mauvaise humeur, je file en douce pour ne pas me faire intercepter par le gardien du refuge dont je n'ai pas apprécié la prestation de la veille.

Le temps se calme et bien que la pluie ne cesse de tomber, la marche devient plaisante : il fait frais et le vent turbulent m'accompagne froidement de ses petits coups de fouet. Le paysage est identique aux petites collines de sulfure et de sources chaudes de la veille, bien que la couleur soit d'un noir plus prononcé. Le tracé des reliefs est plus tendre, relief que la végétation tente de coloniser en toute discrétion. Dès la première grosse descente, une pierre tombale se dresse tel un avertissement. Un jeune trekkeur est décédé trois ans auparavant. Non équipé, n'ayant pas écouté les conseils et n'ayant averti personne de ses points de passage, il a raté de peu le refuge et pris par le blizzard, n'a pu évité de mourir de froid avant que les secours n'arrivent. Je repense au couple vu la veille en train de s'enfoncer dans la presque nuit en direction de l'étape suivante ... de l'inconscience. Je regrette encore plus de ne pas les avoir retenus.

Le paysage est beau mais sans réelle nouveauté. En fait, les paysages volcaniques, bien qu'extraordinaires, me rendent moins heureux que les paysages mélangeant matière morte et vivante, quand cohabitent le minéral, le végétal et l'animal. Ici, je me sens un peu l'étranger. En quête de courant électrique, je vais vite, doublant pour la première fois plusieurs groupes de trekkeurs. La tête reste levée sur l'horizon pour profiter de l'immensité et respirer cet air pur que je regretterai de retour sur Paris. D'une colline à l'autre, les trekkeurs sont de plus en plus nombreux et de moins en moins trekkeurs. A la taille de leur sac, leur embonpoint, leur faux rythme de marche et leur équipement de moindre facture, je reconnais les touristes dont la voiture est garée non loin. J'en déduis que le site du Landmannalaugar est accessible par la route. Ces fins de parcours m'agacent. Je me dépêche de termine le trek. Il est temps.

La descente vers la vallée se fait plus forte à mi-parcours. J'arrive au point d'orgue de cette partie du trek. Une coulée de basalte (de la lave refroidie) et des solfatares défigurent la vallée comme une peau traversée d'une cicatrice, de boursouflures et de purulences vaporeuses. Pour être "cru", cette coulée ressemble à une merde qu'un dieu aurait déposée dans la vallée. Ceci dit, cela reste beau et impressionnant. Le refroidissement brutal de la lave a donné au détail de la roche basaltique des formes fuyantes, sur cinq cents mètres de long et quarante mètres de hauteur dans son volume total. La beauté est inatendue mais trop touristique à mon goût car facile d'accès. Seuls les paysages auxquels on ne peut accéder en une journée ont la saveur onirique de ses propres rêves.

Le chemin descend en lacet autour des jets de fumée puis traverse le basalte noir et coupant, figé dans son éclatement au ciel. C'est une succession de petits virages, découpés suivant les dispositions de la lave refroidie, parfois couverte de mousse. Le site de Landmannalaugar apparaît subitement en contrebas à quelques dizaines de mètres. Mon trek s'achève.

Le temps est redevenu maussade, la pluie de plus en plus persistante. Une soixantaine de tentes, une trentaine de jeeps, une dizaine de bus, un complexe de toilettes et deux refuges occupent la plaine de Landmannalaugar. Ainsi qu'un saisissant bus vert faisant office d'épicerie. J'y fais mon quartier général, je m'y ravitaille en denrées et je prends un café. Avec les biscuits allemands, ô combien délicieux est ce café, grandement apprécié après ces quatre jours de marche! Tout en me réconfortant à l'abri de la pluie battante, je réfléchis à la suite de mes vacances. Deux bus partent de Landmannalaugar d'ici une heure : l'un vers l'est, l'autre vers l'ouest, et il me reste 5 jours. Après avoir vérifié le Lonely Plant, je choisis l'est, à l'opposé de la touristique capitale Reykjavik, pour rejoindre la côte sud, jusqu'au parc de Skaftafell. A priori, de belles balades sont possibles par là-bas.

Dans le bus me menant à Skaftafell, sous une pluie assourdissante, j'échange longuement avec un couple de belge. Ils ont fait une partie du trek en étant peu équipé mais en ayant choisi la formule réservation de refuge. Me rappelant mes premières randonnées, je trouve qu'ils ont fait une belle performance, avec leur jeans et leur chemises en coton. Je leur prodigue quelques conseils pour randonner en toute sérénité.

Le trajet dure quatre heures et malgré le cahot incessant je m'endors quelques temps. Le camping de Skaftafell est un peu mieux que celui de Skógar. Mais surtout, enfin, des prises électriques sont disponibles! La pluie est maintenant incessante, puissante. J'apprends qu'elle ne cessera pas avant plusieurs jours, et surtout pas demain. Il n'est plus sûr que mon appareil photographique me serve encore.

Durant une accalmie, je monte ma tente au plus vite. Puis je m'installe pour manger mes achats du jour. Un sandwich au fameux "caviar" islandais qui s'avère être des oeufs de lompe, une soupe de champignon avec les éternelles pâtes, puis une tisane avec les fameux biscuits allemands. Sur les côtes islandaises sud, les températures sont particulièrement douces du fait du Gulf Stream. La nuit sera sans problème, bercée par les gouttes d'eau. Pour m'endormir, je visionne les photographies des deux derniers jours ... le rêve perdure. Il est minuit déjà. Déjà, je pense au café chaud que je pourrai prendre demain à la cafétéria du camping.

Bonne nuit.

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Baltar

Sébastien LANOE
Rédacteur
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