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Skaftafell à Höfn en passant par la lagune de Jökulsárlón

Rédigé le 01/07/2008 - Lu 3955 fois
Skaftafell à Höfn en passant par la lagune de Jökulsárlón - Trek du Laugavegurinn
Journée 6 : de Skaftafell à Höfn en passant par la lagune de Jökulsárlón

Quel jour sommes-nous ... jeudi?

Le programme d'aujourd'hui est d'atteindre la lagune de Jökulsárlón, un des diamants touristiques d'Islande. La veille au soir, un couple d'italiens m'indiquait un bus partant à neuf heures. Je me lève à sept heures et quart, me prépare hygiéniquement puis trimballe mon regard sur une fiche horaire indiquant non pas neuf heures mais huit heures trente. Au petit trot, je démonte la tente en minimisant le déversement des gouttes de pluie à l'intérieur. C'est la course au sourire avec mes voisines qui démontent la leur. Dans le bus, un "special group" de français occupe presque toutes les places. Le bus nous emmène à la lagune.

Le "special group" descend sur le bord de la route, à quelques kilomètres de Jökulsárlón. Je me demande s'ils vont en faire le tour. Le bus me dépose au point touristique de la cafétéria. La lagune est un immense lac parsemé de blocs de glace de toutes tailles, certains ayant la dimension d'icebergs. Le glacier plonge et se déchire au nord pour alimenter la lagune qui se déverse dans la mer, au sud. Trois bateaux amphibies, garés près de la cafétéria, transportent les hordes de touristes aux cheveux blancs. Ils s'emmitouflent d'un gilet de sauvetage d'un bel orange démocratique. Serrés les uns contre les autres et contre les barres extérieures des bateaux, ils me font penser aux sardines à la tomate que je porte dans mon sac à dos. Quand ils ne sont pas entassés, ils entrent et sortent de la cafétéria pour faire le plein de souvenirs. Certains tentent même de s'approcher du bord pour prendre des photos, voire toucher de l'eau. Je n'aime pas les touristes bien que j'en sois un. Ceci dit l'attraction est belle pour les personnes à mobilité réduite, n'ayant pas le choix de faire l'effort de marcher. Assis sur le rebord de la terrasse de la cafétéria, je vois un connard - excusez du peu - qui attend de descendre du bus pour balancer son journal au vent. Voilà pourquoi je fuis ces foules qui ne comprennent pour la plupart quasiment rien à la nature. Sans mot dire, sans même regard porté, je vais rattraper le journal pour le mettre dans la poubelle.


La cafétéria et les bateaux amphibies.

J'en profite pour décrire la procédure pour faire ses sels en respect de la nature :
- s'éloigner de toute source d'eau à plus de cent mètres
- creuser un trou d'au moins dix centimètres
- y faire ses selles
- refermer le trou - garder le PQ usagé avec soi (dans des pochettes prévues à cet effet)

Le "special group" semblait faire le tour de la lagune. Ayant toutes mes jambes, je le tente aussi dans le sens inverse ... et sans carte. Les promeneurs sont rares, la solitude commence à me faire apprécier l'endroit. Les plus petits blocs de glace, poussés par la brise, se heurtent sur la rive. Coté terrestre, je longe des collines artificielles formant un labyrinthe de digues sur des distances variables. Entre deux chaînes de montagne, le glacier se dépeint au loin en couches de glace et de basalte.

Longeant la rive, j'admire les formes écharpées.


Un abri pour les amoureux souhaitant observer les oiseaux. Le glacier est au loin. Les nuages n'ont pas le monopole de la beauté du blanc.

Les morceaux de nuages se confondent dans le miroitement de l'eau avec les reflets des sculptures de glace façonnées par le dégel. L'horizon des massifs se reflète sur la rive opposée : ils prêtent à la lagune ses seules couleurs de terre car le bleu et le blanc dans toutes leurs nuances sont omniprésents. Les ombres des nuages et des glaces se prolongent sur les vagues. Le bleu sombre de l'eau éclaire l'intérieur des cavités d'un autre bleu, de lumière et d'azur. Les crêtes de verglas m'éblouissent sous l'oeil du soleil moqueur. Il dispense ses diamants comme le rivage se pare d'un collier d'écume. Parfois un bruit s'écroule au loin. Mais ce bruit sourd, si fort et si lointain soit-il, semble déjà un funeste fantôme tant la lagune ne répond qu'à la caresse du vent. Il est vain d'imaginer, il est vain de chercher le plus beau des bijoux posés à fleur de peau sur l'eau. Il est vain de trouver, vain de sortir "un" plus beau d'entre tous ces bijoux. Tout est changeant et parfait dans l'instant même, en douceur froide. Parfois un bloc de terre reste suspendu à quelques mètres au dessus de la surface, dans l'attente d'échoir : il traîne sur la lagune au gré du ballottement des vagues.


La terre n'est pas en reste et se revêt de lumière islandaise.

Longeant toujours la rive, je réveille à quelques mètres un groupe de canards quittant la terre pour s'ébruiter dans les éclaboussures d'eau. Ces formidables volatiles, plus ingénieux que des bateaux amphibies, jouent bientôt au sous-marin plongeant un à un dans les tréfonds de la lagune. La zone alentour est très surveillée pour la protection des nombreuses espèces d'oiseaux. L'Islande est reconnu pour l'observation des "seabirds", les oiseaux de mer. Dans mes avancées, j'entends puis je vois tournoyant autour des icebergs une chorégraphie de mouettes criardes traçant de leur plumage bleu gris un ballet conciliant ciel et eau. Sur terre, je reconnais sur le haut d'une colline un imposant volatile s'apparentant à un corbeau. Un petit oiseau glisse dans les courants d'air, d'une silhouette si fine qu'il semble sorti d'une sarbacane. Au bout de deux heures de marche, je passe devant les plus hauts icebergs, fraîchement découpés du glacier en strates verticales. Le soleil ne s'est pas encore donné le temps d'adoucir leurs traits. Leur hauteur atteint au moins quatre maisons, toit y compris.

Le glacier s'ouvre un peu plus sur mon visuel et se précise dans ses détails, bien que je l'estime encore à plusieurs kilomètres de distance. Les parties rocheuses semblent de plus en plus abruptes et la hauteur de glace plongeant dans l'eau paraît mesurer plus de dix mètres. La réalité est bien pire car l'éloignement cache les difficultés et l'imagination tend à les simplifier. Je décide de poser mon sac et d'ouvrir ma boîte de sardines pour communier avec le chant des mouettes. Le soleil est magnifique. Le moment est superbe. Personne ne vient ici. Pour le rendre plus agréable, je bois un petit flacon de jus de raisin énergisant que je réservais à ce genre de moment, pour le porter encore plus haut. Debout, les yeux sur l'horizon, comblé de sensations visuelles, olfactives, tactiles, auditives et gustatives, je suis heureux. Il est temps de rentrer.

Sur le retour, le vent se déchaîne sur la surface du lac, créant des vagues de vingt à trente centimètres. Les petits blocs de glace se retrouvent entassés sur la rive. Sur les terres, les oiseaux font du surplace dans les airs. J'avance péniblement, deux fois moins vite, tout au plaisir de sentir la puissance du vent battre mon coupe-vent. Puis je prends le bus pour Höfn.

Selon les critères islandais, Höfn est une ville importante (2500 habitants) et un port imposant. Le camping offre un service méritant pour une fois les sept cents couronnes. Le supermarché est grand. Je me ravitaille en conséquence, tentant de me faire un petit repas typiquement islandais : du fromage islandais, du lait fraise islandais, du caviar islandais (des oeufs de lompe islandais), de la salade à tartiner islandaise (aux crevettes), de la bière islandaise, du poisson séché surprotéiné (83% de protéine) pour les randonnées islandaises et des biscuits au chocolat islandais pour le réconfort. En dessert, des bananes : j'apprendrai à mon retour que les bananes sont aussi islandaises car la géothermie permet de les cultiver en masse. Fort de ces réserves à l'indéniable réconfort du soir, je fais un tour dans le port. Il n'est pas si grand mais d'un certain charme. L'immensité du mont Vatnajökull, le plus grand glacier d'Islande s'impose à toute vue. Mais une chape de nuages d'un gris inquiétant recouvre les cimes ce soir. Certains chalutiers aux vitres cassées et aux peintures écaillées sont abandonnés sur l'eau. Une dizaine de petits bateaux s'alignent à quai. Les bâtiments de pêche et d'industrie métallurgique s'abîment dans le paysage maritime.


Le port de Höfn et son bateau échoué sur le quai.

Un petit sentier passe derrière le port pour longer la côte, en travers des hautes herbes. La faune volatile n'est pas inintéressante d'autant que le soleil au bas de la mer donne aux ombres toutes leur dimensions. Sur l'étendue verte de la lande islandaise, une pléiade de lichen blanc brille tel de la neige souffrant de la lumière. En contre-jour, je m'évertue inutilement à saisir l'effet sur une photographie. De retour vers la ville, dans la semi-obscurité d'un minuit approchant, je parviens à réussir quelques prises du port.

Puisqu'il est tard, je me dépêche de rentrer au camping et de manger sous abri en compagnie d'un groupe de cyclistes espagnols qui n'en finit plus de parler tard dans la nuit au détriment des couche-tôt. Dans la tente, je m'habitue à ne plus penser au futile. Seul l'aspect pratique du voyage ou la résurgence d'un beau souvenir rythme le flux des pensées. Je m'endors toujours aussi facilement dans un glissement de nuit. Je m'endors dans la nuit ...

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Baltar

Sébastien LANOE
Rédacteur
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