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Höfn à Vík in Mýrdalur

Rédigé le 01/07/2008 - Lu 3639 fois
Höfn à Vík in Mýrdalur - Trek du Laugavegurinn
Journée 7 : de Höfn à Vík in Mýrdalur

Le lendemain, vendredi, réveil matinal sur Höfn : le "fly bus" pour l'ouest part à huit heures trente.

Après avoir plié la tente, mangé des broutilles, je me retrouve armé, sac à dos sur le dos, à huit heures et quart. Cela fait plus d'une semaine que je n'ai pas pris de douche chaude ... il me reste un quart d'heure, je tente. Dans la cabine, je glisse une première pièce de cinquante couronnes et le décompte commence. Le temps de me déshabiller, le décompte se termine. Dépité, je regarde le compteur d'un oeil noir. Je remets une pièce ... c'est délicieux et je m'attarde de pièce en pièce. Ainsi je rate le "fly bus". Ce sera donc du stop.

Sans lever le pouce, au bout de cinq minutes, une conductrice d'une cinquantaine d'années se propose de m'emmener vers l'ouest. Dès ma première phrase, mon fabuleux accent anglais l'incite à me parler français. Elle est donc une francaise qui doit traverser les 460 kilomètres de l'île pour être à l'aéroport en moins de cinq heures trente. Nous démarrons sur les chapeaux de roue. Nous nous trouvons des points de discussion variés entre botanique, mouton braisé, chimiothérapie et géothermie. Entre deux slaloms de moutons s'éternisant sur la route, nous ferons un arrêt photographie à la lagune de Jökulsárlón, passage obligé de la côte sud. Puisqu'il me reste deux jours, après avoir consulté le Lonely Planet, je décide de m'arrêter dans la petite ville de Vík in Mýrdalur. Je souhaite à ma conductrice un bon retour sur Paris et ses voitures brûlées. Il est à peu prés midi.

Aux abords de Vík in Mýrdalur, ce qui attire l'attention est l'église perchée au bas de la pente du mont Hatta. Je n'avais jusque-là pas saisi les couleurs rouges sang et blancs nuageux des petites églises islandaises, toutes du même acabit. Sous l'ombre du mont Hatta, celle de Vík in Mýrdalur est belle dans sa simplicité. La ville laisse indifférent en première impression. Mais on se prend en amour au fil des heures. Vík in Mýrdalur est la seconde ville la plus pluvieuse d'Islande. Le camping, malgré l'humidité régnante dans les locaux, est sympathique. Le supermarché est bien fourni. L'office du tourisme est joli, tout de bois décoré et d'hôtesses compétentes. Même les touristes ne semblent pas de vulgaires électrons : à Vík in Mýrdalur, chacun semble chez soi. Plus que la ville, l'environnement est un petit rêve de verdure sur bord de mer. Pris entre le haut plateau qui s'étend en falaises le long du bord de mer et le mont Hatta, la ville aux milles couleurs, de ces couleurs multiples dont se parent les habitations islandaises, semble se plaire dans cet écrin naturel.


Du haut du plateau, une achillée millefeuille a pignon sur rue sur Vík in Mýrdalur : cette plante aux divers usages porte d'innombrables surnoms de "l'herbe à dinde" à "l'herbe saigne-nez" en passant par "le sourcil de Vénus". Tout un programme ...

Après m'être installé au camping (douche chaude gratuite !!!), je m'engage sur le haut plateau. Il est immense entre les trois kilomètres longeant la rive atlantique et les autres kilomètres s'enfonçant perpendiculairement dans les terres. Au plus haut point, le GPS indique deux cent vingt mètres. A cette altitude, une station météorologique pointe son nez de ses deux immenses oreilles et de son mat de fer scrutant le ciel. Par intermittence des rafales de pluie viennent jouer du souffle et du froid. L'une de ces intermittences étant particulièrement violente, j'en profite pour m'abriter derrière la station pour me protéger du vent. Un groupe d'une trentaine de touristes allemands arrivent et font de même. Le vent souffle à presque cinquante km/heure. Il vaut mieux ne pas s'approcher du bord de la falaise pour l'instant. Lorsque le vent baisse d'intensité, je m'en approche.

Un millier de mouettes se pavanent dans les airs, acrobates sans filet, sous l'oeil de mon objectif. Sur les flancs de la falaise, les femelles attendent la ripaille. Je ne crois pas que ce soit la saison de couvaison. Les moutons parsément le plateau, toujours par groupe de deux ou trois. Je pensais au début que chaque groupe était constitué d'un mâle et de deux femelles mais il s'avère, après vérification, qu'il s'agit d'une femelle et de ses petits. Ce sont les animaux islandais les plus bêtes que j'ai pu voir. Les petits se positionnent derrière leur mère pour se protéger du loup que je suis. Elle me fixe de ses yeux clairs, son étiquette jaune accrochée à l'oreille droite. Il est impossible de les approcher à moins de huit mètres. Dès que je dépasse la limite, ils déguerpissent sur dix autres mètres et me regardent. Il m'est arrivé d'insister sur plusieurs dizaines de mètres en pure perte. Par contre, ils n'ont nul peur de traverser un pont tandis qu'une voiture s'engage à forte allure ou klaxonne pour dégager la voie. Un dicton islandais affirme qu'un conducteur peut tuer autant d'oiseau qu'il le souhaite, mais tuer un mouton est un drame national. Il existe plus de trente espèces en Islande et leur nombre est deux fois plus important que le nombre d'habitants. Comme quoi la quantité ne fait pas la qualité.

A la pointe du plateau coté falaise, la vue sur les cieux est superbe. Au loin, malgré les pluies maritimes, se profile la silhouette de Dyrhólaey, l'extrémité méridionale d'Islande. En bas de la falaise, les trois pointes de Reynisdrangar transpercent la mer. L'écume des vagues s'écrase sur les flancs de basalte, jalouse de ne pas être photographiée. A quelques kilomètres entre mer et cieux, un lourd nuage noir semble aspirer la surface des vagues en un brouillard dense, signe d'une nouvelle pluie à venir. Le vent pousse vers le nord les intempéries de l'atlantique sur les terres. Les pluies se meurent alors sur Vík in Mýrdalur. A quelques encablures de la falaise, un grand baraquement désaffecté me donne l'occasion de m'éclater en jeu de lumière dans ses intérieurs. Vitres cassées, fenêtres entravées de planches brisées, lits et meubles brisés, bois vermoulu et foule d'objets de fer, de papier, de tissus abandonnés décorent la quinzaine de pièces. Je sens une présence lumineuse et invisible. L'Islande est le pays des elfes. A la lecture de pages humides peignant le sol, ce devait être un bâtiment d'étude scientifique. Un royaume pour le photographe urbain que je suis. Je redescends ensuite sur Vík in Mýrdalur.



A l'extrémité du plateau, une bâtisse désaffectée a été oubliée. L'intérieur est incroyablement bordélique, empli d'ombres et de lumières de toute sorte.


L'Islande vue de l'intérieur.

Dans la salle commune du camping, il y a foule. Un peu trempé, je défais l'ensemble du barda me protégeant de la pluie. Parfois je me la joue un peu avec mon matériel anti-pluie mais c'est très utile lorsqu'elle s'éternise. Je m'étonne de retrouver le "special group" français. De fil en aiguille, au détour d'une discussion sur le poisson séché surprotéiné, j'en arrive à prendre l'apéritif et à partager mon repas avec eux. En deux semaines, ils ont fait le tour de l'île en camping, visitant les points névralgiques. Un guide les accompagne. Je tape la discussion avec pas mal d'entre eux. Certains auraient aimé tenter plus d'aventure, de marche entre autre, mais il est clair qu'il manque de préparation, d'équipement et pour certains, de motivation. Le guide me procure des informations précieuses. Des actualités : la tente des deux touristes allemands disparus depuis un mois au milieu d'un glacier vient d'être retrouvée, vide. Un conseil général : ne pas porter de bonnet en haute altitude est un non sens car un tiers de la chaleur du corps se tient sous nos chevelures. Un conseil local : une touriste s'est faite happée par une vague en empruntant le semblant de chemin bordant la falaise, puis s'est faite repêcher en vie par quatre jeunes qui ont failli aussi y laisser leur peau. Un avis politique : Ségolène n'était pas que nulle, son programme l'était tout autant et la gauche en général. Plein de choses intéressantes.

Dehors la tempête fait rage. La pluie assourdissante sur le toit de tôle rend les discussions parfois difficiles. Je profite d'une accalmie pour me glisser dehors, puis je continue de glisser jusque dans la moiteur de mon sac de couchage et de glisser toujours plus loin dans les rêves du dormir.

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Baltar

Sébastien LANOE
Rédacteur
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