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balade sur Vík in Mýrdalur

Rédigé le 01/07/2008 - Lu 3683 fois
balade sur Vík in Mýrdalur - Trek du Laugavegurinn
Journée 8 : balade sur Vík in Mýrdalur

Au petit matin, à la seule vue de la lumière traversant la tente rouge et jaune, le temps s'annonce merveilleux. Les oiseaux chantent en guise d'une invitation au réveil mais les yeux restent clos déclinant cette musicale proposition en signe de grasse matinée. Vers dix heures je me lève, mange, me douche chaudement et apprête mon sac en laissant les pièces les plus lourdes et les moins importantes dans la tente. Le programme de ce samedi est d'emprunter le sentier autour du mont Hatta. Vík in Mýrdalur repose dessous. A la station service, je croise une dernière fois le "special group". Ils prennent le bus de midi trente pour être à Reykjavik ce soir : leur avion de la compagnie Icelandair part demain matin. Par chance et par Iceland Express, je partirai demain après-midi ce qui me permet de profiter encore d'une journée.

Suivant les conseils du guide, je débute le parcours par la route en suivant le plateau par l'ouest. En passant devant l'église surplombant la ville, je me sens obligé de m'en approcher. Debout et semblant de bois montée, elle semble avoir été déposée par une grue d'un seul trait. En m'approchant je me rends compte que les murs sont d'un ciment quelconque, mais d'un blanc impeccable. Les meubles de l'intérieur sont très beaux. Dans un style dépouillé, les boiseries sont aussi très belles. Allongé sur le sol pour faire une photographie, je me fais surprendre par deux touristes qui entrent au même moment. Sourires ...

Plus tard, j'apprendrai que les églises islandaises (hors Reikyavik) sont à l'identique : simples, de même dimension, murs blancs coiffés d'un chapeau rouge. Dans le genre "petite maison dans la prairie" et pour les plus anciennes, de bois debout.


Rejoignant la route : une vue sur les trois aiguilles Reynisdrangar, sur les falaises du Reynisfjall, sur Vík in Mýrdalur et sur son église. La plage est une des dix plus belles du monde (esthétiquement parlant). On ne peut que se sentir bien dans un tel cadre.

Le ciel est magnifique, ponctué de gros et de petits nuages de coton, que le vent déchire, que le soleil dilue. La lumière est toujours aussi changeante et radieuse, tout à la fois glacée et chaude, lisse et pénétrante. Je n'ai de cesse d'être émerveillé par ses effets. A peine ai-je quitté l'asphalte de la route que je perçois une tâche blanche au bord de la rivière. Une mouette est assise entre les pierres et, bien que visiblement vivante par sa respiration, ne bouge pas. Sortant précautionneusement l'appareil photographique, j'avance à pas de loup tout en la ciblant. Quelque chose cloche dans sa manière d'être : sont-ce des pattes brisées ou des ailes défectueuses, je ne saurais dire. Mais cruellement, l'occasion est belle de faire des gros plans. De toute manière je ne peux rien pour elle. Une ombre plane au dessus de nous, une ombre de prédateur surveillant la séance photographique. La mouette au regard noir, de ces regards suintant à l'approche de la mort, prend peur dès que je m'approche de plus de dix centimètres. Les photographies ne seront pas réussies car un oiseau blessé n'exprime plus la liberté de l'oiseau libre de voler. Serais-je encore un homme aux portes de la mort? Au seuil fatidique, je me rappellerai le regard noir d'une mouette.

La ballade s'annonce très belle. Contournant le mont Hatta, le chemin sillonne entre méplats de terre boueuse et versants tapis d'herbes humides. De nombreux ruisselets serpentent entre les pentes en petites crues nécessitant parfois d'être contournées. Les éternels moutons paissent toujours par deux ou trois, champignons gris plantés dans le vert lumineux. Certains moutons d'un noir anthracite se déguisent en rocher pour mieux se dissimuler. Le balisage des poteaux est incertain ce qui n'est pas un déplaisir pour mon âme d'aventurier du dimanche, bien que nous soyons samedi.

Le chemin se détourne de la rivière en se retournant vers le mont Hatta. La végétation s'assèche, le vent rend sa violence au balancement des hautes herbes. La vue sur le plateau s'étend depuis l'extrémité sud, des brumes maritimes, jusqu'à l'extrémité nord, aux reliefs de plaine. Sa silhouette se découpe sur toute la largeur de l'horizon, tel un rideau de théâtre en contre-jour d'une lampe soleil. La luminosité est belle alentour.

Parfois je me sens pris d'un saisissement, d'une impression que je sens pouvoir changer en flash de beauté. M'arrêtant de marcher pour une meilleure introspection, je pressens ce qui ne peut être signifié. Sur quelques mètres, le vent du nord plie de longs épis aux couleurs dorées. Leurs mouvements sont incertains. Les tiges se croisent et de décroisent en oscillant autour de la terre : elles me rappellent un jeu de mikado posé sur un plateau long de plusieurs kilomètres. En plan rapproché, je numérise les reflets d'or des épis espérant du vent une composition parfaite. La beauté est souvent fruit du hasard. Elle se plait aussi à la dissimulation. Les poteaux de balisage me servent bien en hasard et en dissimulation. Mais je ne les aime pas pour autant. Poteaux absents ou étendus dans l'herbage, je suis certaines portions du parcours au jugé.


Les épis captent la lumière dorée du soleil. Derrière : le long plateau du Reynisfjall.

Sur l'étage supérieur du mont Hatta, la poussière et la caillasse, les mousses dures et les lichens refont surface. Un champ de boue séchée est percé d'une multitude de traces de mouton : au froid approchant de l'hiver, ce lieu est un point de ralliement. La douceur de l'été laisse les troupeaux sans surveillance plusieurs mois de l'année. Dans le soubassement d'un décrochement rocheux, m'écartant du chemin, j'atteins une terrasse herbeuse surplombant une large plaine. D'une hauteur de quelques cent mètres, je m'assieds au bord pour apprécier l'étendue bleu.

L'eau est d'un bleu profond et vaporeux. Elle s'entoure d'une collerette d'un vert prairie ponctuée de graines d'habitation, des lainages des moutons et des bottes de foin couvertes d'un plastique blanc. Des filets de rivière à l'aveuglante brillance argentée prolongent les veinules de pierre s'étirant depuis les versants. Ce sont autant d'accrocs et de bouloches sur la collerette surmontant le chandail des scories dont se revêt la montagne. Trois chaînes, aux arrêtes coupées de trois vallées, délimitent en dépression le triangle harmonique de la plaine. Le lac est immense et les mouettes flottent entre les cieux et les eaux. Surpris, de derrière, l'une d'elles bat les courants d'une telle force que la violence semble frôler mes oreilles. Certaines s'élancent de la terrasse pour atteindre la rive opposée. Mais la rive, si lointaine est-elle, qu'elles disparaissent dans le bleu des Bermudes.

Les courbes larges du lac lui confèrent un air pulmonaire dont les vagues pulsées par le vent seraient autant d'alvéoles. Ses larges courbes dessinent les coeurs d'un homme et d'une femme enlacés, se vouant l'un à l'autre dans cette éternelle dualité de la terre et du ciel, réconciliée en eau. Les ombres des crêtes se projettent aux abords de la rive comme une seconde peau.

Difficile de rendre l'immensité du lac sans objectif à ouverture large. Par dépit et colère mêlée, je menace de lancer un rocher de plus d'une tonne dans le lac.

Fort de ces impressions je remonte et poursuis le sentier en direction du mont Hatta. Le sentier disparaît peu à peu mais quelques poteaux subsistent. Le dénivelé est faible. Sans chemin, barré de rochers, le pic ne semble pas atteignable cinquante mètres plus haut. Il est tard. L'aspect désertique du paysage ne s'impose pas autant que les parties volcaniques du trek Laugavegurinn des jours précédents. Impression de déjà vu, en moindres dimensions, et sensation de fatigue : je décide d'entamer la descente sur Vík in Mýrdalur.

Je réalise pleinement la beauté du ciel islandais ce dernier soir. J'ouvre grand les yeux pour m'abreuver une dernière fois, sur le chemin pentu, du vent relevant l'écume jaune des hautes herbes. La vue sur Vík in Mýrdalur est baignée de lumière du soir. En traversant un dernier mur de buisson, je trébuche et tombe nez à nez avec ma fleur préférée : un lupin, qui plus est, est violet mauve. Enfant, j'aimais semer ses graines un peu partout, et en particulier dans le potager de mon père. C'est un lourd souvenir que je traîne depuis longtemps. Ultime rencontre florale de mon voyage, je le prends en photographie pour demander pardon, puis je rentre au camping.


Il est temps de redescendre sur Vík in Mýrdalur en passant par le chemin est.

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Baltar

Sébastien LANOE
Rédacteur
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