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Début de l'ascension

Rédigé le 16/10/2008 - Lu 5094 fois
Début de l'ascension - Ascension de l'Everest

J47 Mardi 20.05.08 - C3 (7150m) C4 (7960m) et début de l'ascension jusqu'à minuit...

Etait-ce bien raisonnable ? Et contrairement à une pensée gaullienne les chemins escarpés ne sont pas toujours les moins fréquentés.

Nous avions prévu de partir à 5h finalement nous partons à 6h. Je suis réveillé depuis 3h30, mais j'ai laissé dormir la petite marmotte qui est à mes côtés, et les préparatifs sont longs. Pour notre deuxième nuit au-dessus de 7000m ça ne se passe pas trop mal... Toujours cette angoisse d'entrer dans la « dead zone » (c'est plus impressionnant en anglais), mais finalement nous n'utilisons pas l'oxygène qui était prévue pendant la nuit.
Par contre à l'effort au delà des 7200m, c'est une autre paire de manches. J'ai parlé avant du poisson hors du bocal dans la zone des 5/6000, ici c'est le supplicié à qui l'on fourre un mouchoir dans la bouche tandis qu'on lui pince le nez ! La sensation d'étouffement et d'une respiration haletante qui ne suffit plus aux besoins arrive immédiatement comme une détresse.

Au début seule AG porte le masque (il faut porter la bouteille qui pèse 4kg dans son sac) et je grimpe sans, puis très vite je comprends que je ne suis pas venu faire un Everest sans oxygène et que tant qu'à porter une bouteille autant l'utiliser. Et l'Everest sans oxygène c'est une chose à prendre très au sérieux d'ailleurs tous les sherpas l'utilisent à partir du col sud, et même la nuit. Au début, le réglage du débit nous a posé quelque problèmes : il faut donner assez de débit pendant l'effort sinon on a envie d'arracher le masque pour reprendre sa respiration (il y a 4 niveaux avec les intermédiaires, 2 à 3 pendant l'effort c'est un bon compromis)
On démarre, il y a un monde fou, on est en plein paradoxe : un des endroits au monde dans les plus difficiles, les plus sauvages, les plus violents, les plus dangereux et les plus chers, avoir comme ça des représentants du monde entier à la queue leu leu sur les cordes fixes dans cette raide face du Lhotse, il y a de quoi se poser des questions sur la nature humaine. Difficulté et affrontement nous attirent, ici on arrive vite au moment où la moindre force s'échappe de votre corps on s'assied au milieu du chemin et l'on s'endort; est-ce cet accès au corps simplifié que l'on vient chercher ici ?

On est là avec nos groins et il ne fait pourtant pas un temps de cochon, à marcher vers le même but, le fameux col sud. La pente soutenue (35/40°) est en glace vive ce qui rend difficile la pose des pieds nous oppose une forte résistance et plus l'air s'allège plus le corps s'alourdit. Je vois encore cette étrange caravane de bibendums multicolores méconnaissables et silencieux, dont émane de temps à autre quelques souffles rauques de yaks à travers le masque, s'étirer lentement, pendue à son fil d'Ariane en contre jour sur les arêtes aplaties du Lhotse. A gauche peut-être un peu de répit, la traversée du grand couloir au bout de laquelle on aborde la bande de rochers ocre.
Pendant cette montée, pris de remords, je me dis que je ne dirai presque (restons prudent) plus jamais de mal des sherpas de l'Everest. Eux n'utilise l'oxygène qu'à partir de 8000, et portent le matériel collectif, tentes, réchauds, vivres, oxygène, des sacs de 30kg dans l'oxygène rare, chapeau ! En ce sens notre "exploit" est subordonné à la présence de ces "hommes de bât" je ne l'oublie pas... Et les grands himalayistes s'étendent assez peu sur le sujet : la part d'autonomie. Il est certain que s'il n'y avait pas cet énorme service : fil d'Ariane du camp de base au sommet, camp de base avancé avec cuisine, portage, oxygène etc. nous n'en serions pas à 3000 ascensions et 300 de plus chaque année. Cela dit, même dans ces conditions optimales, cela reste à la limite des possibilités physiques d'un sportif de bon niveau.

Nos deux sherpas nous ont doublé juste après le départ du C3 et nous attendent au C4. Nous continuons notre progression lente et régulière, nous sommes partis un peu tard ce qui nous laissera peu de repos au C4. Après la bande de rochers jaunes particulièrement essouflante avec les crampons, une nouvelle bande de neige bien raide sous le dernier camp du Lhotse et traversée de l'Eperon des Genevois et un replat le tout dans la caillasse mènent au camp que nous atteignons à 18h.

Nos sherpas Nima et Ang Tsering ont tout préparé eau chaude, soupes, etc... Il nous reste 3h avant de partir pour le sommet, 1h est consacrée à se réhydrater et à se restaurer, les 2 autres à dormir sous oxygène. Bien qu'étant à 8000, ça a été un moment très agréable, l'oxygène en effort c'est indispensable et au repos c'est régénérateur, cela provoque un sommeil léger peuplé de doux rêves.
Nous sommes tous les 4 pèle-mêle dans la tente, nous tenant chaud, bienheureux, l'air naturel manquant, de respirer notre air en bouteilles. Merci à nos sherpas d'avoir porté 14 bouteilles à 8000m. Moment agréable et trop court... à 21h encore à mes rêves je saute sur mes crampons dans un état second toujours le masque sur le nez, le ciel est clair, la lune est pleine et il ne fait pas très froid. Et c'est à nouveau la longue caravane de lucioles muettes qui, groin sur le nez et poignée branchée, remonte dans la nuit claire et douce les cordes qui mènent au sommet, tout d'abord dans la raide face sud plutôt caillouteuse cette année. Ensuite, par une traversée ascendante à droite, on rejoint la superbe et aérienne arête sud a l'endroit nommé "Balcony" par les sherpas.

Je marche, plutôt endormi, dans les pas d'Anne Garance que nous avons "coincée "entre Ang Tsering et moi. Un peu avant nous avons regardé au manomètre et avons considéré que ma réserve devait être suffisante mais peu avant le Balcony j'éprouve soudain une immense difficulté à suivre. La source est tarie, la bouteille est vide, c'est l'étouffement insupportable, plus de jambes. C'est le propre du précieux gaz quand on le respire au-delà de 8000m, rien ne paraît luxueux, mais si l'on en est tout à coup privé il faut cesser tout effort au risque de le payer cher. Heureusement, la "station service" du Balcony arrive, les sherpas sortent de leurs sacs des bouteilles pleines et nous les échangent. Et ce n'est que" pfuuiit"t qui fusent dans la nuit claire et douce et nous ramènent aux réalités, nous sommes bien sur l'arête sud de l'Everest à 8250m et il est minuit et la fête continue...

  • Tps : 11h53 pour le C4 et 3h avant minuit pour le "Balcony"
  • M : 847m-120m/h sous o2

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Terdav
everest (8850 m) - 69j.
 
59500.00
 

petraud

Daniel Pétraud
Rédacteur
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Summits année : 0 | Summits mois : 0 | Summits total : 230
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Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trou...
Merci pour ce récit, qui le temps d une soirée m a transporté avec vous la haut. Très belle plume que la vôtre, transmettant avec beaucoup de justesse, ce qu on peut vivre et penser, dans ce type d entreprise sérieuse. Alors merci de m avoir fait rêver, et bravo à vous pour cette prouesse et cette aventure humaine.
Voila bonjours à tous j\\'ai 23 ans ma passion est la rando depuis l\\'age de 14 ans , j\\'ai fait les championats de france d\\'escalade je pratique la cascade l\\'alpinisme aussi, pour tout ceux qui ne peuvent pas pas grimper des sommet de plus de 7000 jvoulais vous dire que l\\'Everest c\\'est franchement devenue une atraction a touriste pareil quand j\\'était sur le mont blanc et quand je vois sa sa me dégoute, les camps de base pire que des dépots Bref , en gros pour ceux qui aime les 4000 ou les 3000 vous pouvez trouver de bonne course trés technique qui franchement necesite plus de technique que de monté l\\'everest , déja il a quelque 7000 et le k2 aussi qui sont bien plus difficile ,pareil comme le mont blanc trop de monde et pourtant l\\'eiger propose aussi des moment de frayeur comme .je dit les personnes qui rève sur leur canapé et qui paye 70000 pour faire leverest en soutient de 3 sherpa juste pour dire quil on fait leverest et quil on laisser 7 bouteille d02 et trois sac poubelle franchement fo pas que je les croisent. { une montagne ne s\\'achete pas }
Bonjour a qui veut bien me lire.Cherche coequipier(e)(s) pour cotoyer les abords de l'éverest,(camp base)ou ,voir plus ou un sommet avoisinant(du genre 7000).il va de soi que pas serieux s'abtenir. BB
Merci beaucoup bb, en effet vous semblez bien renseigné !
Quant à moi pour l'instant je n'en suis qu'au stade de la documentation et de la réflexion...Ca se cogite...
Avec mes meilleures salutations,
LENA
Bonjour LENA,de la part de bb.
Personnellement, l'éverest et moi on ne se connait pas,mais j'ai quelques info assez serieuse .
la taxe ( ecologie) existe pour l'ascension du toit de l'everest que l'on arrive a l' atteindre ou pas,en resumé de l'instant qu'on le tente. Par contre, le camp de base(5500 m)ne demande pas de taxe en particulier, sauf bien sur visa et taxe d'entree dans le parc environ 60 dollars au derniere info.Sauf nouveau tarif le permis individuel pour le toit de l'éverest est de 25000 dollars et ou de 70000 dollars pour un groupe de 10 personnes .le gouvernement Népalais avait envisagé de faire des réductions pour les mois deseptembre à novembre allant de 50 a75 % ,mais inutile d'envisager d'atteindre le sommet a cette epoque de l'année sauf peut-etre pour de vrai pro et encore.Daniel PETRAUD ET Anne GARRANCE ne si sont pas trompé.
Attention a la haute altitude, le recit de Daniel est plus facile a lire que de vivre une telle ascension.
Bonne reflextion et ....
Re-bonjour !
J'ai lu quelque part que pour gravir l'Everest il faut s'acquitter d'un droit de passage de 10 000 euros !
(taxe écologie)
Est-ce exact ?
Si l'on s'arrête au camp de base, est-ce aussi valable ?
Merci
Merci beaucoup pour le tuyau bb !
;-)
De la part de bb,en reponse a LENA SI JE PEUT ME PERMETRE:Daniel.Aparament et sans preuve a l'appuit,il semble q 'avec 3000 euros c'est possible,mais un peu plus ou moins selon l'itineraire et la duree,vol aller-retour comprit.Mais possible a partir de 2000 euros.Et aussi des photos de trekking sur le camp de base de l'éverest sur le site internet;(trekking du camp de base de l'éverest par Pierre Chappaz).
Fantastique !Dommage qu'il n'y ait pas plus de photos !
Quel budget faudrait-il prévoir pour monter seulement ... au camp de base...?
... dans un premier temps
Ca me semble plus raisonnable
Merci pour la reponse,Daniel. bb .
Merci pour vos commentaires encourageants.
Pour répondre à quelques questions : Anne Garance a été prise en charge financièrement par son entreprise elle a 36 ans et avait fait quelques trekkings et un 7000 le Lakpa Ri. Elle à une très bonne capacité d'adaptation à l'altitude ce qui est capital dans ce genre d'entreprise.
Et surtout, continuez à rêver !
Daniel Petraud
Oui,tres bien raconté.Certe ça fait rever,mais pas donné a tout le monde.ça me rapelle des souvenirs de 6000 m.J'aimerai bien participer a une telle expedition,mais,helas trop cher pour mon seul porte-monaie.A 43 ans, je ne perd pas espoir.MERCI quand meme pour le recit.Au faite Daniel,quel etait l'experience d'Anne GARRANCE sur les hauts sommets.
Merci pour ce merveilleux récit très bien raconté. Ça me fais rêver, j'aurais tellement voulu réaliser un rêve pareil mais voilà passé 50 ans, jamais fait de 4'000 juste quelques 3'000 lol. Alors mille MERCI pour ce récit !


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