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Ascension finale de l'Everest

Rédigé le 16/10/2008 - Lu 17904 fois
Ascension finale de l'Everest - Ascension de l'Everest

J48 Mercredi 21.05.08 - Balcony (8250m) sommet (8848m) col sud (7960m)

Merci ô déesse de t'être laissée séduire et de nous avoir acceptés en ton mortel séjour sans déchaîner tes foudres pendant 36h.

Minuit... La marche reprend sur cette belle et raide arête, on pourrait se croire dans les Alpes si ce n'était notre accoutrement bibendique et cochonesque d'explorateurs de surface (de l’atmosphère).

Ca bouchonne. A chaque arrêt mon cerveau se perd dans des rêves subconscients qui doivent durer quelques fractions de secondes. Ca doit être ça dormir debout, et à tel point que ça commence à m'inquiéter, vais-je m'endormir vraiment ? Et puis le jour se lève et tout s'éclaire doucement, plateau tibétain à droite avec, à l'infini, brillance de lacs, de glaciers, de moraines, derrière nous l'arête plonge dans la nuit et nous indique le majestueux Makalu et à notre gauche, au delà de l'arête du Nuptse qui délimite la profonde combe ouest les sommets familiers du Kumbu : Ama Dablam, Thamserku, Kang Taiga, Mera Peak etc... Le tableau inversé de la vue sur l'Everest que je connais de certains de ces sommets.

L'arête se redresse, ressauts rocheux bardés de cordes sur lesquelles tout le monde se tire allègrement, les crampons crissent sur le rocher, les respirations raisonnent à travers les masques. Il y a la queue, ça permet d'admirer les changements provoqués par la montée du soleil et puis ces pauses forcées arrangent tout le monde finalement. Le sommet sud semble tout proche mais demande encore quelques efforts, nous sommes devenus patients, lents, mutants. Nous y sommes enfin, l'espoir gonfle, on voit le but : petite brèche d'où l'on peut voir au fond, dans l'ombre, les tentes du C2, puis ressaut Hillary et au bout de l'arête le sommet que l'on devine.

Petite pause, tout le monde a bien tenu le coup. On fait le point de l'oxygène avec les sherpas et on continue, célèbre ressaut Hillary qui ne laisse passer qu'une personne et cette arête qui n'en finit pas, mais quelle importance on sait désormais que la déesse nous accepte. Ca y est nous y sommes au point mythique et ultime de la planète. Jamais aucun de nos pas ne pourra nous porter plus haut. Il est 9h30, l'altimètre indique 8650m, il faudra revoir les altitudes ! Et le baromètre 280mb !

Étreintes, photos, coups de téléphone, larmes, offrandes, émotion, le temps passe à toute allure et quand nous décidons la descente il s'est écoulé 40mn sans que personne ne se sente pressé par le froid ni par le manque d'oxygène, à l'arrêt à 8848m le masque n'est plus indispensable. Conditions rares je suppose en cet endroit, j'apprendrai par la suite que ce jour là 70 personnes sont arrivées au sommet.

Les sherpas filent devant sans demander leur reste et je guide Anne Garance, nous croisons de nombreuses personnes dont une attire particulièrement mon attention, je le félicite et le questionne car il n'est pas sous oxygène, il est Suisse et à ma demande me donne son programme préparatoire. Il me semble rapide, il m'impressionne d'autant plus, mais je ne connais pas ce Suisse...

Nous arrivons au dessus du ressaut Hillary. Depuis le sommet sud, Ang Tsering me demande l'autorisation de descendre avec Nima... Accordée, le guide deviendrait-il utile ? Il laisse le thermos de 1/2 litre de AG d’ailleurs vide qu'il a porté au sommet sud. Le thermos ne semble pas être la solution pour ce genre de sommet, comme dans toute course un peu longue il faut minimum 1 litre et c'est lourd. La gourde avec enveloppe iso style "Sigg" semble bien adaptée. Boissons et vivres font partie du matériel de survie indissociable de l'alpiniste qui ne doit pas être sujet à une économie de poids. C’est la leçon à retenir.
Notre descente continue. Cette descente qui a tant noirci de papier : je ne sais pas où j'ai lu que monter à l'Everest était à la portée de beaucoup, mais que la difficulté était d'en descendre... Certes.
Un peu inquiet sur nos réserves d'O2, je passe un coup de radio à Ang Tsering qui nous a laissé tomber au moment délicat. Il me parle des bouteilles du Balcony dont certaines ne seraient pas vides...

Finalement ça va très vite cette arête est si raide et, vachés sur les cordes en main courante, assurant les pieds pour éviter les déséquilibres, grands consommateurs d'O2, nous progressons bien.Au début de la descente nous croisons le sultan d'Oman. Cela fait plusieurs fois que nous le voyons souvent pas très bien mais là il est carrément inerte, le vase d'expansion de son masque ne bouge plus et je vais jusqu’à lui prendre le pouls pour vérifier qu'il est encore vivant, il l'est. Impossible de le réveiller, endormissement profond ou perte de connaissance ? Son sherpa a une radio, nous le prévenons de la gravité de la situation et le laissons gérer.

Moi qui était anti-arrêt en montagne, j'ai découvert à l'Everest ce que j'appellerai la pause népalaise : on plante bien toutes les pointes dans la neige face à la pente et on pose les fesses tout contre les talons, puis le sac à dos qui libère les épaules... Deux minutes de ce traitement et le souffle revient... Au delà de 7000 le simple fait de charger un sac dépassent 10kg essouffle c'est aussi pour cette raison que les sherpas qui portent notre O2 (4kg/bouteille) doivent prendre de l'oxygène.

Et nous sommes assez vite au Balcony devant le cimetière de bouteilles. La première que je choisis contient encore 10l, de quoi descendre sans problème jusqu'au C4, Anne Garance en a suffisamment dans sa bouteille. Nous voici dans la face sud qui domine le col sud, elle est très sèche cet année et les raides éboulis de petites pierres donne quelques difficultés en crampons à tel point que Anne Garance dans un grand écart réussit à déchirer sa salopette en duvet à l'entre jambe. C'est à peu près à cet endroit, à quelques mètres du chemin que nous avons fait la rencontre macabre : un corps allongé là, qui était-ce ? Depuis quand ? Que lui était-il arrivé, il garde son histoire de mort momifié de l'Everest, et nous continuons notre route...

La pente s'élargit redevient neige quelques rappels et nous arrivons au col sud. Nos sherpas nous préparent de l'eau, quelques soupes, nous sommes déshydratés et nous nous installons pêle-mêle dans la tente, chacun sa bouteille d'oxygène réglée sur bas débit pour un sommeil sécurisant, heureux et réparateur. C'est vrai, nous avons du mal à réaliser nous l'avons fait et c'est bon de retrouver la conscience avec cette idée.

  • M/D: 900m
  • Du C4 au sommet 12h30
  • Du sommet au C4 6h

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Terdav
everest (8850 m) - 69j.
 
59500.00
 

petraud

Daniel Pétraud
Rédacteur
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Summits année : 0 | Summits mois : 0 | Summits total : 230
     > Classement des I-Trekkeurs
Guide de haute montagne, Vingt-cinq années d'itinérance dans les Alpes, l'Amérique du Sud et l'Himalaya en alpinisme, trekking, expéditions et l'émotion provoquée par  la fréquentation de paysages hors du commun ont trou...
Merci pour ce récit, qui le temps d une soirée m a transporté avec vous la haut. Très belle plume que la vôtre, transmettant avec beaucoup de justesse, ce qu on peut vivre et penser, dans ce type d entreprise sérieuse. Alors merci de m avoir fait rêver, et bravo à vous pour cette prouesse et cette aventure humaine.
Voila bonjours à tous j\\'ai 23 ans ma passion est la rando depuis l\\'age de 14 ans , j\\'ai fait les championats de france d\\'escalade je pratique la cascade l\\'alpinisme aussi, pour tout ceux qui ne peuvent pas pas grimper des sommet de plus de 7000 jvoulais vous dire que l\\'Everest c\\'est franchement devenue une atraction a touriste pareil quand j\\'était sur le mont blanc et quand je vois sa sa me dégoute, les camps de base pire que des dépots Bref , en gros pour ceux qui aime les 4000 ou les 3000 vous pouvez trouver de bonne course trés technique qui franchement necesite plus de technique que de monté l\\'everest , déja il a quelque 7000 et le k2 aussi qui sont bien plus difficile ,pareil comme le mont blanc trop de monde et pourtant l\\'eiger propose aussi des moment de frayeur comme .je dit les personnes qui rève sur leur canapé et qui paye 70000 pour faire leverest en soutient de 3 sherpa juste pour dire quil on fait leverest et quil on laisser 7 bouteille d02 et trois sac poubelle franchement fo pas que je les croisent. { une montagne ne s\\'achete pas }
Bonjour a qui veut bien me lire.Cherche coequipier(e)(s) pour cotoyer les abords de l'éverest,(camp base)ou ,voir plus ou un sommet avoisinant(du genre 7000).il va de soi que pas serieux s'abtenir. BB
Merci beaucoup bb, en effet vous semblez bien renseigné !
Quant à moi pour l'instant je n'en suis qu'au stade de la documentation et de la réflexion...Ca se cogite...
Avec mes meilleures salutations,
LENA
Bonjour LENA,de la part de bb.
Personnellement, l'éverest et moi on ne se connait pas,mais j'ai quelques info assez serieuse .
la taxe ( ecologie) existe pour l'ascension du toit de l'everest que l'on arrive a l' atteindre ou pas,en resumé de l'instant qu'on le tente. Par contre, le camp de base(5500 m)ne demande pas de taxe en particulier, sauf bien sur visa et taxe d'entree dans le parc environ 60 dollars au derniere info.Sauf nouveau tarif le permis individuel pour le toit de l'éverest est de 25000 dollars et ou de 70000 dollars pour un groupe de 10 personnes .le gouvernement Népalais avait envisagé de faire des réductions pour les mois deseptembre à novembre allant de 50 a75 % ,mais inutile d'envisager d'atteindre le sommet a cette epoque de l'année sauf peut-etre pour de vrai pro et encore.Daniel PETRAUD ET Anne GARRANCE ne si sont pas trompé.
Attention a la haute altitude, le recit de Daniel est plus facile a lire que de vivre une telle ascension.
Bonne reflextion et ....
Re-bonjour !
J'ai lu quelque part que pour gravir l'Everest il faut s'acquitter d'un droit de passage de 10 000 euros !
(taxe écologie)
Est-ce exact ?
Si l'on s'arrête au camp de base, est-ce aussi valable ?
Merci
Merci beaucoup pour le tuyau bb !
;-)
De la part de bb,en reponse a LENA SI JE PEUT ME PERMETRE:Daniel.Aparament et sans preuve a l'appuit,il semble q 'avec 3000 euros c'est possible,mais un peu plus ou moins selon l'itineraire et la duree,vol aller-retour comprit.Mais possible a partir de 2000 euros.Et aussi des photos de trekking sur le camp de base de l'éverest sur le site internet;(trekking du camp de base de l'éverest par Pierre Chappaz).
Fantastique !Dommage qu'il n'y ait pas plus de photos !
Quel budget faudrait-il prévoir pour monter seulement ... au camp de base...?
... dans un premier temps
Ca me semble plus raisonnable
Merci pour la reponse,Daniel. bb .
Merci pour vos commentaires encourageants.
Pour répondre à quelques questions : Anne Garance a été prise en charge financièrement par son entreprise elle a 36 ans et avait fait quelques trekkings et un 7000 le Lakpa Ri. Elle à une très bonne capacité d'adaptation à l'altitude ce qui est capital dans ce genre d'entreprise.
Et surtout, continuez à rêver !
Daniel Petraud
Oui,tres bien raconté.Certe ça fait rever,mais pas donné a tout le monde.ça me rapelle des souvenirs de 6000 m.J'aimerai bien participer a une telle expedition,mais,helas trop cher pour mon seul porte-monaie.A 43 ans, je ne perd pas espoir.MERCI quand meme pour le recit.Au faite Daniel,quel etait l'experience d'Anne GARRANCE sur les hauts sommets.
Merci pour ce merveilleux récit très bien raconté. Ça me fais rêver, j'aurais tellement voulu réaliser un rêve pareil mais voilà passé 50 ans, jamais fait de 4'000 juste quelques 3'000 lol. Alors mille MERCI pour ce récit !


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