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Quoi déjà arrivé !

Rédigé le 25/03/2009 - Lu 1773 fois
Quoi déjà arrivé ! - Trek entre Kerlingarfjöll et Dreki

Nuit du 02/07 au 03/07

Je rentre à la tente après cest instants de grâce et de félicité. Une petite heure dans le désert. Lumière, sable, rochers, basalte, herbes folles courageuses de ci de là.

Repos extrêmement mérité après cette journée herculéenne, il me semble. J'ai marché une trentaine de kilomètres sous le déluge et le brouillard. A travers sables mouvants et champs de lave. Ereinté ce soir.

Dommage que le vent se lève en ce début de soirée, je ne pourrai pas rester dehors pour manger et profiter du coucher de soleil. Je n'aurai pas vu le soleil de minuit une seule fois cette année.

Pasta milanese-muesli fruits rouges. Un signe? Tout est prêt sous l'auvent de la tente. Réchaud monté sur la cartouche de gaz. Casserole pleine d'eau, sachets lyophilisés ouverts. Je tourne la molette du réchaud et à ce moment là, une rafale incroyable de vent. Le sable passe sous l'auvent. Aveuglé, j'ai le reflexe de fermer le gaz avant de me rejeter en arrière. Une fois que j'ai réussi à retrouver la vue, je regarde l'étendue des dégats. La casserole pleine de sable, les sachets renversés. Hors de question de jeter nourriture et eau. D'ailleurs, l'eau va devenir un problème. Je n'ai pas pensé à refaire le plein au gué. S'il le faut, je devrai faire un crochet vers la Jokulsa à Fjollum demain pour me ravitailler.

Repli stratégique dans l'abside de la tente. J'y fais ma popote. Les rafales sont de plus en plus rapprochées. Croquent sous la dents, mes pâtes et mon muesli. J'ai soif, le fond de ma gourde est rempli de gravier, mais celui là vient de Kistufell. L'eau qui coulait là haut n'était donc pas si claire que ça. Je bois en serrant les dents pour ne pas avaler les graviers.

On va tenter de dormir maintenant, mais je suis bien angoissé par ce vent de plus en plus fort. Ma tente a un peu la bougeotte.

Impossible de fermer l'oeil. Pourtant, j'en ai besoin. Je suis cuit. Le vent est devenu fou. Heureusement que j'ai une tente de grande qualité. Je l'observe qui travaille sous les assauts du vent, qui se plie au-delà de la raison. J'entends les arceaux grincer. J'attends le moment où elle va se déchirer. Je fais mon sac pour le moment où elle va lacher. Je n'aurai que le duvet à rouler. L'opération ira assez vite.

3h00 du mat. Les yeux grand-ouverts. je ne peux plus attendre le moment où tout va casser. Sur le point de devenir fou. Je m'habille chaudement, et mets les grosses lunettes étanches pour parer au sable dans les yeux.

Sortie, c'est pire que ce que je pouvais imaginer. La tente est couverte de sable sur l'auvent. Je ne vois plus la couleur originelle. Le pliage se fait en enlevant les sardines une à unes au fur et à mesure que je la roule. Le ciel est d'une noirceur incroyable. Le sable aussi sous les quelques gouttes qui tombent. Je suis dans le noir et je dois marcher dans le sandur pendant 9km en ligne droite pour rejoindre l'intersection nord des deux f910 d'après mon gps.

Ligne droite absolue. vent de face à je ne sais quelle force. Le sable claque contre mon pantalon. Le visage épargné, le sable ne décolle pas. Heureusement qu'il est mouillé et très lourd. Très dur pour le moral, sans parler de la fatigue d'hier et de la nuit sans sommeil. Vite soif avec ce vent et je dois me rationner. Pas envie de faire le crochet vers la Jokulsa pour me ravitailler. C'est pas cool de marcher dans ces conditions. Je devrais tenir jusqu'au lac de Dyngjuvatn, une bonne vingtaine de kilomètres. Un bon nouveau test pour éprouver ma résistance aux conditions difficiles.

Arrivée à l'intersection, pile poil à l'endroit indiqué par mon gps. Pas besoin d'ailleurs de l'utiliser. La visibilité est bonne et les balises facilement repérables. Panneau: Askja à 22km. Je finirai aujourd'hui.

Mais sans poursuivre sur la piste qui part beaucoup trop vers l'est à mon goût. Pas envie de faire ce crochet. J'irai tout droit à travers le désert. Mélange de lave et de sable. Les couleurs variées grâce au degré d'humidité du sable séché par le vent. C'est relativement plat. Pas plus difficile que de marcher sur la piste sableuse. Le problème maintenant est que le sable est en train de sécher sous le vent et commence à me fouetter beaucoup plus haut, notamment dans la figure. A celà le froid de cette matinée, je suis vite destroy, sans parler de la soif. Je me rationne et finis la gourde à 3 km de Dyngjuvatn. Une petite heure à tenir avant de refaire le plein et perdre le goût des graviers de Kistufell.

c'est long,une heure quand on est nase et que l'on a soif.

A chaque colline, j'ai l'espoir de voir le lac. jamais. Il est coincé entre les volcans Askja et Vaðalda. Enfin, je l'aperçois au bout d'une longue et interminable plaine, bleu ciel et immense. Plus je m'approche, moins l'eau m'inspire. Beaucoup de saloperies me semblent flotter sur le lac.

Rassuré, ce sont des pierres ponces jaunes qui se promènent dans les vagues du lac. Je rince la gourde, refais le plein, bois presque une gourde et refais une deuxième fois le plein en ajoutant un sachet de vitamines et sels minéraux pour me régénérer. Plus une bonne plaque de chocolat. Ici, plus de vent de sable, protégé par le lac.

Je décide de passer par l'ouest, alors que la piste passe à l'est pour gagner encore un km ou deux, en espérant que le passage n'est pas fermé par un petit volcan au bout. Non, ça passe, même si c'est assez mou, en marchant sur les pierres ponces échouées sur les rives.

Il faut franchir la rivière qui alimente le lac, issue certainement des fameuses gorges de Drekagil, celles qui surplombent le refuge de Dreki, mon objectif. Ca sent l'écurie, le moral remonte au beau fixe même s'il reste une dizaine de kilomètres à faire. Passage à gué simple, sauf que j'ai mal jugé la profondeur. Plus que prévu. J'ai roulé le pantalon jusqu'aux genoux. L'eau est à un peu plus haute, donc les fonds de pantalon trempés, mais je m'en fous royalement.

Les contreforts de l'Askja me distraient. des gorges, des failles, des petits cratères et je longe l'eau qui tombe maintenant en une succession de petites cascades. Un tout petit peu de verdure a fait son apparition aussi. La première fois depuis Gaesavötn.

Arrivée à Dreki. Un type me voit arriver et se dirige vers moi. Curieux, il me demande d'où je viens. Kerlingarfjöll? c'est où?

Présentation auprès de la gardienne. Discussion. Renseignements sur les horaires de bus. Réservation d'une nuit ici puisque le bus part demain comme prévu.

Un couple de hollandais me propose de m'amener à Viti avec leur 4*4. J'hésite un peu. Je suis au bout du rouleau. Je connais déjà et je sais que la traversée vers le lac n'est pas forcément facile en début de saison à cause de la neige.

Mais bon, j'ai les jours à venir pour me reposer entre bus et avion et je suis curieux de voir ce fameux Viti sous un temps plus clément que l'année dernière. Effectivement, beaucoup de neige dans la caldeira. J'ai du mal à avancer après mes 30 km du jour.

Beaucoup de vent aussi. Très dur d'avancer de face. La neige est toujours aussi molle que l'an passé. Je comprends pourquoi j'avais eu tellement de difficultés à progresser avec mon sac à dos chargé à bloc. Je reconnais Jonskarð au loin. Souvenirs, souvenirs. Mes "hôtes" n'ont pas l'intention de descendre dans Viti, et à fortiori de s'y baigner. Donc pour la deuxième année consécutive, je suis devant le lac et n'y plonge pas. Grrr...

Ils dorment le soir dans le même bâtiment que moi et avec Lucas, l'allemand qui m'a vu en arrivant et qui est monté avec nous aux lacs. Lui voyage en islande au gré des gens qui le prennent en stop. il a déjà pas mal sillonné le pays et il lui reste encore quelques semaines.

J'ai une de ces faims. Jamais tenaillé par celle-ci durant ma marche, j'ai réussi à me réguler malgré mes demi rations. La sensation de faim ne m'a jamais tourmenté.

Maintenant que je suis arrivé, je mangerais un diplodocus. Donc en plus de mes rations quotidiennes, je profite de la générosité des autres. 1/2 chili con carne, assiette complète de spaguettis, confiture de pêche à la petite cuillère.

Une douche aux sanitaires du refuge et un gros dodo. J'avais envie de me mêler à un groupe de joyeux islandais venus faire la bringue dans le bâtiment d'à côté, mais leur fête a tourné court. A 22h00, ils sont tous au lit.

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siagne

david abadie
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