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Sur le fleuve gelé

Rédigé le 18/04/2009 - Lu 3224 fois
Jésus Calleja et ses compagnons ont pris le départ de Ladakh en direction de la Vallée du Zanskar. Entre un fleuve capricieux qui n’est pas complètement gelé, la neige qui n’arrête pas de tomber, les parois verticales qui ne facilitent pas la progression et les nuits froides à la belle étoile qui ne permettent pas le meilleur des repos, le petit groupe avance petit à petit vers son objectif…

« Bonjour à tous !!!

Je vous écris depuis ce qui est probablement l’un des endroits les plus isolés de la planète. Je me trouve au milieu de la cordillère de l’Himalaya en plein hiver, soumis à des chutes de neige brutales et à des températures auxquelles il est impossible de s’adapter. Ce qui fait que cet endroit soit sans aucun doute l’un des plus reclus de la planète c’est que je me trouve au milieu d’un fleuve plein de pièges, dangereux et avec des températures qui peuvent, la nuit venue, osciller entre -30 et -40º C. De plus, il n’a pas cessé de neiger depuis que j’ai commencé à marcher par l’unique voie d’accès vers le peuple le plus éloigné de l’Himalaya hivernal, vers la Vallée du Zanskar. On dit qu’environ 2 000 personnes vivent là-bas et que durant de nombreux mois elles ne peuvent communiquer avec l’extérieur -et plus concrètement avec la vallée voisine du Ladakh- qu’à travers un fleuve très sauvage et au débit important, infranchissable l’été. L’hiver en revanche, il devient l’unique voie des zanskaries pour commercer son précieux beurre de yak (bovin caractéristique de l’Himalaya) avec la vallée du Ladakh. Pour entrer sur le fleuve, des petites caravanes de zanskaris experts sont organisées pour surmonter les dangers redoutés et constants qui se présentent sur le chemin.

Et cette année, le premier groupe qui s’aventure sur le fleuve est le nôtre. Il y a mon ami et caméraman Emilio Valdés, mon ami Phuntsog (de la Vallée du Ladakh) et huit porteurs. Nous pénétrons sur le fleuve le 5 janvier et jusqu’à aujourd’hui (9 janvier) je n’ai pu vous envoyer aucune chronique car le cours d’eau passe par une étroite gorge blindée de parois rocheuses verticales où les rayons du soleil n’entrent même pas. Donc encore moins les ondes du satellite. Aujourd’hui je suis au milieu du fleuve et comme la gorge s’est ouverte pour la première fois, aidé de la technologie moderne, j’en profite pour partager avec vous nos aventures…

Nous avons été les premiers à pénétrer sur le fleuve. Nous l’avons d’ailleurs fait contre toute logique car il n’était pas complètement gelé et les villageois nous déconseillaient d’entamer la traversée redoutée. Nous avons décidé d’entreprendre l’aventure car nous ne disposons que du mois de janvier et nous ne pouvions pas perdre davantage de temps. De plus les porteurs que j’ai engagés me disaient que chaque année quelqu’un doit bien être le premier. Nous nous sommes donc lancés dans l’aventure. Ce terme n’a jamais été mieux employé car nous avons souffert les jours où je n'ai pas pu écrire. Le fleuve n’était pas dans des conditions idéales et nous avons escaladé des falaises, nous nous sommes perchés aux versants verticaux du fleuve en y laissant les ongles pour éviter des paysages sans glace. Néanmoins, à mesure que nous avancions, le fleuve était de plus en plus gelé et nous offrait une plus grande sécurité malgré les nombreux pièges que nous devions tous les jours surmonter. Maintenant notre plus grand problème est la neige qui tombe depuis quatre jours. Nous devons ouvrir le chemin dans la neige qui s’accumule sur la glace. Nous voyons donc difficilement l’état de la glace et surtout nous arrivons exténués aux campements qui ne sont autres que des grottes à l’air libre où nous dormons à la belle étoile en faisant un feu qui nous permet de supporter tant bien que mal le froid plus qu’intense.

Nous sommes à mi-parcours, nous avons déjà traversé la moitié de la gorge gelée. Je prie tous les bouddhas pour qu’il cesse de neiger car sinon nous allons irrémédiablement rester isolés dans ce coin perdu de l’Himalaya profond qui n’apparaît sur aucune carte. Nous aurions besoin de trois jours supplémentaires et que les conditions climatiques s’améliorent énormément pour dire que nous sommes sauvés. Nous serions alors au cœur de la Vallée du Zanskar habitée par des gens d’origine tibétaine qui vivent complètement isolés, en marge du monde. Nous avons hâte d’arriver à bon port pour faire leur connaissance, visiter leurs mystérieux monastères avec des moines qui -à ce qu’il paraît- ont certains pouvoirs et découvrir des paysages uniques. Mais je veux surtout avoir la sensation de vivre une aventure incroyable en plein XXIème siècle.

Restez vigilants et vous serez informés des moindres détails…

Jesús Calleja et Emilio Valdés depuis l’un des recoins de l’Himalaya les plus secrets en hiver. »

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Le fleuve gelé
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