Rechercher  |   Forum  |   Annuaire  |   Newsletter  |   Plan du site  |

Isolés au milieu du fleuve

Rédigé le 18/04/2009 - Lu 1895 fois
Changement de programme pour Jesús Calleja et ses compagnons de route, stoppés nets dans leur élan vers la Vallée du Zanskar. Le fleuve capricieux fait des siennes et les oblige à prendre un chemin alternatif vers des horizons encore plus lointains et secrets de l’Himalaya.

Toujours dans le lointain Himalaya, Jesús Calleja poursuit son aventure. Mais les difficultés se font de plus en plus nombreuses jusqu'à ce que la progression devienne impossible à cause des températures "élevées" qui n'ont pas permis au fleuve de geler dans sa totalité. Malgré tout, le petit groupe ne se démonte pas et choisit de prendre un autre chemin qui "s'offre" à lui.
Tant que la motivation et la soif d'aventure sont là, rien n'est complètement perdu…

« Bonjour à tous !!

Je vous écris depuis ce qui est probablement l’endroit le plus lointain où j’ai jamais été. Je vous rappelle que j’essaie d’arriver, en progressant sur un fleuve gelé, à la vallée perdue du Zanskar au milieu de la cordillère de l’Himalaya, à cheval sur l’Inde, le Pakistan et le Tibet. Voici la troisième chronique de mon aventure.

Nous poursuivons notre marche sur le fleuve gelé où les pièges sont de plus en plus nombreux. L’adrénaline a atteint un niveau critique lorsque nous avons dû esquiver des passages très délicats et fouler les fragiles planches de glace qui craquaient à chaque pas, menaçant de se fendre et de nous attraper dans les eaux obscures et gelées du fleuve Zanskar. Le pire c’est qu’il n’a pas arrêté de neiger et que la glace est complètement couverte de neige (30 à 40 cm). Il est donc difficile de voir l’état de la glace où nous devons avancer, nous obligeant à nous assurer avec la corde sur de nombreux tronçons pour ne pas faire de faux pas. Nous sommes aussi soumis à la rigueur hivernale de l’Himalaya : un froid intense et des chutes de neige. Malgré tous ces éléments, nous continuons notre marche jusqu’à ce que le cinquième jour nous soyons stoppés net par un obstacle insurmontable. Sur un tronçon déterminé, le fleuve n’est pas gelé et il est impossible de passer sur les côtés car ce sont des murs verticaux de rocher enneigé et glissant. Affligés après avoir tout essayé, dans un froid intense, nous faisons demi-tour, pensant que l’aventure -de même que mon illusion d’atteindre la Vallée perdue du Zanskar où vit probablement le peuple le plus isolé de la cordillère de l’Himalaya- se termine là.

Mais un porteur affirme qu’en remontant par un versant proche du fatidique point sans glace nous arriverions -après avoir beaucoup marché et presque escaladé les vertigineux versants- à un hameau appelé Nierak. Nous sommes si abattus que nous décidons de le prendre au mot et de suivre ses instructions vu qu’il croit que cela peut nous aider en quelque chose.

Et, comme dans un roman, alors que nous avions perdu presque tout espoir que ce hameau existe vraiment, épuisés par l’escalade d’interminables pentes enneigées sans que n’apparaisse aucun signe de vie, coup de théâtre !! Là, caché dans les profondeurs de la chaîne de montagnes, se trouve un petit village qui a l’air d’une crèche de Noël !!

Les habitants sortent de chez eux pour nous accueillir comme si nous étions des extraterrestres. Ça n’a rien d’étrange, ils vivent dans un isolement absolu et complet du monde extérieur durant de nombreux mois en raison des très hauts passages de montagne qui sont fermés par les chutes de neige.

Emilio, les porteurs, Phuntsog et moi sommes là, bouche bée, face à la beauté du lieu et devant des gens qui vivent comme au XVème siècle.

Ils sont très aimables avec nous : ils nous offrent un toit pour dormir dans leurs jolies maisons tibétaines, nous buvons de leur “CHANG” -une boisson alcoolisée qui nous animent tous-, nous mangeons de leur “STAMPA” -farine d’orge grillée-, nous nous réchauffons au feu de leurs poêles alimentées par des excréments de Yak et nous jouons avec les progénitures de notre hôte qui doit, les longs hivers, avoir comme hobby de faire des enfants. Il en sort de toute part,vêtus de leurs charmantes “CHUBAS”, une sorte de veste très longue confectionnée en laine de yak qui donne une chaleur incroyable. Y compris les bottes faites en peau de Yak et avec la laine du même animal nous révèlent que notre civilisation occidentale n’est pas arrivée jusque-là. Rien n’a changé ; la vie est la même qu’au Moyen Age.

Maintenant notre objectif est différent. Je ne peux plus arriver dans les vallées basses du Zanskar mais il y a du bon dans tout malheur : les gens de ce petit village me disent que je pourrais atteindre les villages du Haut Zanskar et surtout sa “disons” capitale, Lingset, en remontant les hauts passages montagneux (qui sont soit dit en passant encore plus dangereux après les fortes chutes de neige). Deux des hommes les plus forts sont partis aujourd’hui, 12 janvier, pour nous ouvrir le chemin jusqu’au village de Skiumpata. Avant de l’atteindre, ils devront traverser un haut col où les chutes de neige continuent et le vent et le froid sont presque insupportables. Nous partirons demain avec la bénédiction de notre hôte Taxi Anchuk. Nous suivrons les traces laissées par ces deux hommes et chacun priera son Dieu ou son Bouddha pour arriver sain et sauf à ce lointain petit village. Là-bas, nous ne serons plus seuls pour grimper le lendemain le dernier col avant de descendre à Lingset.

Nous savons que demain nous attend un parcours très difficile, dur, terriblement gelé, chargé de neige et qui n’apparaît sur aucune carte de même que ce hameau duquel et d'où je vous parle. Mais je sais aussi par expérience que l’on a beau passer un moment délicat, il ne faut jamais oublier la phrase sacrée « Oni-mane-padme-hom » qui signifie que la fleur la plus belle naît seulement dans les eaux les plus pourries et boueuses. Cela revient à dire que l’on a beau passer un mauvais quart d'heure, la fleur la plus belle émergera et l’on atteindra le calme et la paix lorsque nous parviendrons à ce petit village. Et le lendemain, si la chance nous sourit de nouveau, nous atteindrons les terres hautes du Zanskar et notre aventure aura été encore plus grande que ce que nous avions imaginé. Le fleuve Zanskar ne nous a pas laissé continuer mais nous a invité à découvrir ses passages montagneux élevés, ses peuples les plus secrets de vie ancestrale, la solidarité de peuples si différents des nôtres et si la chance nous sourit à atteindre les villages les plus lointains de la cordillère du Zanskar.

Restez attentifs à la prochaine chronique et sachez que même si nous atteignons notre objectif, à l’heure actuelle, nous n'en menons pas large, pris par l’incertitude et la peur -pourquoi le nier ?- tout en ressentant une grande émotion pour ce qui peut se passer…

Jesús Calleja et Emilio Valdes, sans aucun doute depuis les endroits les plus secrets de l’Himalaya. »

Cet article t'a plu ? Partage le sur tes réseaux sociaux

Inde : nos suggestions de randonnées et trekkings
Allibert
le fleuve gele - 24j.
 
3590.00
 

barrabes

bar rabes
Rédacteur
Envoyer un mail
Summits année : 0 | Summits mois : 0 | Summits total : 0
     > Classement des I-Trekkeurs


Page principale de l'article

Le fleuve gelé
Jésus Calleja nous entraine au cœur d'une aventure dans l'Himalaya indien, à la recherche d'une vallée perdue dans les entrailles de la montagne. Il nous régale...

Articles de l'univers Voyage

Sanctuaire des Annapurnas
Carnet d’un trekking de 7 jours menant au Camp de base de l’Annapurna au cœur du sanctuaire des Annapurnas, véritables chapelets de sommets enneigés de 6000 à 8...

Trekking de l'Helambu et du Langtang
Carnet d'un trekking au Népal d’une quinzaine de jours dans la région de l’Hélambu et du Langtang, riche en cultures en terrasse et en villages d'ethnies différ...

Traversée du Zanskar
Carnet d'un trekking en autonomie réalisé en août 2004 au Ladakh entre Lamayuru et Padum. Les montagnes du Zanskar offrent un paysage surprenant où le désert d'...

Mustang : à pied au royaume interdit
Carnet d’un trekking de 15 jours au Mustang dans le nord du Népal à la frontière du Tibet. Longtemps interdit aux étrangers, le Mustang s’ouvre peu à peu aux vo...

Camp de base de l'Everest
Fin mars 2004, je suis parti à destination du Népal pour un mois, afin d'y effectuer mon trek. J'ai fait l'ascension de l'Everest jusqu'à son Camp de Base à 538...

Tour du Manaslu
Trekking de 13 jours chez l’habitant et en lodge sur le Tour du Manaslu, incontestablement l’un des plus beaux treks du Népal. Depuis le village de Baluwa, nous...

Langtang, Gosainkund et Helambu
Carnet d'un trekking de deux semaines dans les régions du Langtang et d'Helambu que nous joignons par les lacs sacrés de Gosainkund, lieu de pèlerinage hindou. ...

Ascension du Baruntse
Esthétique et varié, austère et froid, le Baruntse (7168 m) dans la région du Khumbu au Népal demande un engagement physique et psychologique important et ne pe...

Trekking du Rupshu au Spiti
Une caravane de chevaux et cinq locaux constituent notre équipe pour découvrir la région isolée du Spiti au départ du lac Tso Kar dans le Rupshhu (sud est du La...

Trekking humanitaire dans l'est du Népal
Trekking de trois semaines avec l'association Namaste dans les vallées de Sabha et de l'Arun sur la route du Makalu (8463 m) au profit des enfants népalais. De ...

Photos de l'univers Voyage