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La Vallée perdue du Zanskar

Rédigé le 18/04/2009 - Lu 1831 fois
L’aventure continue pour Jesús et ses compagnons d’expédition et les difficultés se multiplient. L’accès à la lointaine Vallée du Zankar n’est pas donné à tout le monde. Résistance, persévérance, prudence et une part de chance sont des éléments essentiels pour atteindre leur objectif…

« Bonjour les amis,

Avant de vous dire d’où je vous écris, je préfère vous raconter de manière chronologique ce qui est arrivé depuis ma dernière chronique…

Comme vous le savez, quand nous sommes arrivés à Lingset, j’ai eu la sensation d’avoir découvert un monde perdu, d’une beauté inimaginable, au milieu de la cordillère de l’Himalaya. Mais mon objectif premier était d’arriver à la Vallée du Zanskar ou mieux dit aux terres basses du Zanskar. Cet esprit aventurier -qui m’accompagne depuis toujours- m’a poussé à continuer ma route et à essayer d’atteindre mon objectif malgré les difficultés susceptibles de se mettre en travers de mon chemin.

C’est ainsi que le 17 janvier, nous avons entrepris la descente depuis les vallées hautes du Zanskar au fleuve Zanskar de nouveau. Cette fois, par une vallée sinueuse et étroite en “V”, très fermée, où il n’y avait parfois que cinq mètres de large. J’ai eu très peur et je n’ai pas profité de la beauté de l’endroit où il y avait eu de récentes avalanches, non pas une ni deux mais de nombreuses avalanches sur tout le trajet. Heureusement qu’elles s’étaient produites la veille lorsque le soleil s’était montré dans toute sa splendeur ! Il n’empêche qu’il est très délicat de marcher dans une zone qui a un niveau 5 (niveau maximal) de risque d’avalanches. Au bout de quelques heures, nous avons de nouveau atteint la gorge gelée du fleuve Zanskar. Quel bonheur de revoir un « vieil ami », l’unique voie qui donne accès à la Vallée du Zanskar quand il gèle l’hiver !

Nous avons suivi la voie sur le fleuve gelé en amont, dans l’espoir d’atteindre notre objectif d’ici deux jours. Rien ne présageait que dans l’après-midi, le fleuve nous offrirait son visage le plus féroce et nous bloquerait de nouveau ! Il n’y avait pas de glace sur une surface d’environ 200 mètres ! Encore !

C’est à contrecœur que nous faisions demi-tour à la recherche d’une grotte quand quelqu’un a suggéré de dormir près de l’obstacle, sur une petit plage de sable vraiment très petite et inclinée. Si on m’avait dit que j’allais y passer la nuit, je n’y aurais pas cru. Il faisait un froid épouvantable et nous avons mis presque quatre heures pour arranger notre très petite plage de sable jusqu’à obtenir une superficie d’environ 5 mètres carrés où nous nous sommes tous les onze serrés. Certains grattaient le sable gelé, d’autres cherchaient du bois. “Arguiñano”, notre cuisinier nous a préparé du thé pour nous réchauffer et, petit à petit, nous avons fait un minuscule mais presque confortable campement. Nous avons d’abord fait un feu pour nous réchauffer, sécher les vêtements et les bottes où la glace s'était accumulée. Puis nous avons dîné littéralement collés au feu car nous étions à la belle étoile et pour nous animer nous avons chanté des chansons qui, selon les zanskaris, sont très anciennes et racontent des histoires tristes. Nous étions mélancoliques, nous avions l’impression que le fleuve avait de nouveau gagné. Le bois s’est terminé et l’intense froid nous a obligé à nous glisser dans les sacs de couchage et à nous serrer les uns contre les autres pour essayer de dormir dans ces conditions plus que très mauvaises. Je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit. J’ai pu entendre la glace se fendiller, le bruit de l’eau sous la glace et le vent étrange qui souffle à la tombée de la nuit dans cette gorge. Je ne sentais rien : le froid brutal gelait l’odorat. J’ai aussi vu la lune, avec une grande auréole donc mauvais présage.

A 7 heures du matin, nous étions debout et le plus âgé -et expert- des zanskaris a affirmé que le froid intense de la nuit nous laisserait passer car si le tronçon de la veille était une soupe de glace, aujourd’hui c’était un passage fragile mais solide. Nous avons donc pris un petit-déjeuner très rapide -pas grand-chose d’autre que du thé- afin de profiter des conditions de froid pour traverser le tronçon qui n’était pas gelé la veille.

Nous étions en route… nous avons passé le premier tronçon sur la pointe des pieds. Alors que la très fine couche de glace formée cette nuit craquait et se lézardait, encore un pas. Eh ! Ça cède ! Quel bruit ! Quelle frayeur ! C’est bon je suis passé, nous sommes tous passés…

Mais de nouveau un autre tronçon sans glace s’est mis en travers de notre chemin et sur la paroi verticale il y a avait une sorte de barres de fer mises à pression dans les fissures de la roche. Elles s’élevaient jusqu’à 15 mètres pour disparaître -à un endroit où on ne voyait que la roche lisse- puis réapparaître 20 mètres plus haut. Discussions, regards croisés, silence, doutes, visages effrayés, et maintenant ? Qui s’élance le premier ? Qui enlève l’abondante neige de la paroi? Comment va-t-on surmonter ces 20 mètres qui tombent verticalement dans les eaux gelés du Zanskar et qui n’ont pas de barres de fer coincées. J’ai décidé d’y aller et d’ouvrir la voie. Après tout, je n’étais pas aussi chargé que les porteurs, j’avais des bottes meilleures et des connaissances en escalade. J’ai commencé à grimper les échelles de barres de fer. Les choses se sont compliquées lorsque j’ai atteint les 20 mètres sans rien mais j’avais une corde et la pointe de mes bâtons. J’ai donc grimpé petit à petit par les très fines fissures et ressauts de la roche, en enlevant la neige et la glace pour pouvoir mettre les mains et les pieds. Une activité vraiment très dangereuse. J’aurais pu glisser à tout moment. Mes pulsations étaient de 200 et les zanskaris gesticulaient à chacun de mes mouvements. Je ne sais pas très bien comment mais j’ai réussi à atteindre l’autre partie des barres de fer et j’ai entamé la descente. J’ai réussi à passer. Phuntsog venait derrière moi en assurant tout le pan avec la corde et nous avons réussi à faire une voie sûre pour les porteurs qui sont tous parvenus à passer, certains avec plus de peur au ventre que d’autres. Et puis chapeau à Emilio qui s’est perché à un endroit difficile pour graver toute la séquence. Ça c’est un caméraman, de ceux qui estiment que le risque vaut la peine d’être couru pour une bonne séquence. Merci Emilio !

Exultants, nous avons continué la randonnée sur la voie gelée mais la neige qui avait commencé à tomber petit à petit et à laquelle nous n’avions pas donné d’importance est devenue très virulente. L’auréole de la lune de la nuit passée nous avait prévenu. L’important était maintenant d’arriver au village de Pidmo le plus vite possible ou les choses se gâteraient pour nous.

Nous avons marché pendant six heures. La visibilité était presque nulle, la tempête redoublait de fureur et personne ne parlait. Il fallait survivre à la fureur de la tempête de neige. Emilio et moi étions en tête pour ouvrir le chemin. Et sans nous en rendre compte -notre excès de zèle peut-être- nous avons pris peu à peu de l’avance sur le reste du groupe (jusqu’à une heure d’avance). Nous avons pu voir où le chemin se divisait en deux et avons pris le bon sentier qui menait à Pidmo, premier village à la sortie de la terrible gorge du Zanskar. Nous étions d’ailleurs les premiers de la saison à réaliser la voie du fleuve gelé. Les porteurs ont vu notre trace et l’ont suivi mais mon ami Phuntsog et “Arguiñano” -Dorge c’est son nom- ont continué tout droit alors que la nuit commençait à tomber. Ils se sont perdus…

Les porteurs sont arrivés et nous nous sommes réunis dans l’une des maisons des habitants de Pidmo, le premier village de la vallée du Zanskar mais Phuntsog et Dorge ? Quel ennui, quelle désolation, quelle angoisse ! Il faisait nuit noire, il neigeait beaucoup et on ne voyait presque rien. Il fallait organiser les secours. Les deux meilleurs cavaliers ont rapidement été mis à notre disposition ; ils sont partis à leur recherche sur des chevaux forts, équipés de nos meilleurs vêtements techniques et quatre lanternes.

Emilio, les porteurs et moi attendions angoissés dans la cuisine de notre hôte qui nous aidait en tout. Mais mes nerfs m’ont trahis et j’ai demandé à un zanskari de m’accompagner. Il fallait que je fasse quelque chose. Standup et moi avons donc affronté la nuit obscure, armés de lanternes et sous la neige qui tombait toujours fort. Nous avions peur de perdre la trace du chemin pour le retour mais nous continuions, sans parler, luttant contre le froid et la tempête aveuglante. Puis, soudain, nous avons vu de la lumière, il n’y avait pas que deux cavaliers… on se demandait qui ça pouvait bien être. Nous nous sommes mis à courir vers la lumière pour découvrir qu’il s’agissait d’une caravane de zanskaris qui venait de Zangla pour effectuer la route qui nous avait conduit jusque-là. Ils avaient, de toute évidence, renoncé à leur objectif dans l’attente de meilleures conditions climatiques pour pouvoir se remettre sur la voie gelée.

Et surprise ! Dans le groupe se trouvaient les deux cavaliers ainsi que Phuntsog et “Arguiñano”. J’en pleurais presque d’émotions. Ceux de la caravane les avaient rencontré, ce qui les avait probablement sauvé d’une mort certaine. Nous sommes revenus tous ensemble à Pidmo. Il faisait un froid atroce et nos vêtements étaient trempés mais nous étions tous sains et saufs. Il était maintenant temps de dîner, de dormir et de profiter le lendemain du fait d’être arrivés à ce qui était probablement l’endroit le plus lointain de l’Himalaya en hiver.

D’autres surprises et aventures m’attendent sûrement mais je suis sûr que la plus grande de toutes sera comment sortir d’ici si le temps ne s’améliore pas.

Aujourd’hui, 17 janvier, il n’a pas arrêté de neiger une seule fois et la neige arrive à la taille. Je dois trouver le moyen d’arriver à Zangla. Nous avons essayé aujourd’hui mais la très forte tempête et la grande quantité de neige nous a obligé à renoncer au moment du départ. Demain, nous essaierons à cheval. Je dois trouver de la nourriture et du combustible car il sera difficile de trouver du bois avec les fortes chutes de neige pour le retour par la voie gelée et puis je veux connaître le roi qui vit là-bas.

La suite de mes aventures dans ma prochaine chronique, depuis cet endroit si perdu… Je ne sais pas quand ce sera, ça va dépendre de quand apparaîtra le soleil car mon ordinateur et matériel satellite n’a presque plus de batterie.

Mais je suis sûr que la tempête va passer et que tout redeviendra tranquille même si pour le moment les forces de la nature au grand complet se déchaînent, s’efforçant de nous empêcher de connaître les mystères et les beautés de cette incroyable et lointaine région du monde. Pour le moment je suis au chaud auprès du feu, dans une jolie maison zanskarie, au milieu d’une grande famille rieuse. Nous nous réunissons dans la petite cuisine pour raconter des histories et parler de nos cultures.

A très vite, de puis cet endroit d’isolement forcé dans l’Himalaya le plus lointain."

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