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Garganta d'Escuaín

Rédigé le 29/10/2009 - Lu 5204 fois
Garganta d'Escuaín - Cirques et Canyons du Mont Perdu

Aux aurores, nous eûmes droit à un roulement de tonnerre dans le lointain. Le chant du coq retentit dans les mêmes intervalles, tandis que le ronflement incessant de l'un des dormeurs précipita notre réveil. Confectionné avant notre lever, le petit-déjeuner fut simple et englouti à la vitesse d'une goutte d'eau se brisant en milles morceaux au contact du sol. La certitude nous saigna le coeur, dès que la pluie se fit davantage bruyante à chaque seconde.

La très sauvage Garganta d'Escuaín est réputé pour son dépaysement garanti. Sa découverte s'amorce à partir d'Escuaín, village laissé à l'abandon à 1209 mètres d'altitude. Natura nous a entraîné dans le secteur le moins connu et le plus retiré de la zone inscrite du Parc National d'Ordesa et du Mont Perdu. "Autour de nous, gorges, cirques, torrents, résurgences et villages abandonnés rivalisent de beauté et d'originalité", selon le descriptif du jour.

Hélas, ce plaisir oculaire fut ôté de nos regards trempés par une météo peu clémente ! A défaut de lunettes de soleil et de vêtements légers, nous entamions une ascension enfouie dans un poncho ou un imperméable, dans une herbe pataugeuse. A cause à la fois de la brume envahissante et du manque de repères sur le sentier, le guide prit la décision de revenir en arrière, dix minutes après notre départ.

Une autre piste conduisant à des murailles, à une centaine de mètres de dénivelé, coupait à travers bois.

Bien que cet itinéraire en ligne droite nous permit de nous protéger en partie de la colère céleste, sous le couvert des arbres, il fut cependant le plus rude. Sa pente très raide nous pénalisait et nous épuisait dans notre grimpette. Nous étions sous vigilance constante lors des passages difficiles et boueux. Même les pierres glissantes étaient contre nous.

Quel contraste ! Au dernier jour de l'an 2006, en Alsace, nous étions aveuglé par le soleil pendant notre excursion au château de Haut-Koenigsbourg et ici, au contraire, nous étions inondé par le ciel !

A la sortie de la forêt, le déluge était interrompu. Occasion de nous rassasier en barre de céréales et de nous autoriser une halte. Depuis cette hauteur, nous découvrions un triste spectacle : les cimes environnantes persistaient à se noyer sous un lourd voile nuageux. C'était pesant et humide.

Derrière nous, s'élevaient des monticules rocheux, qui fuyaient lentement devant des ombres nébuleuses. Difficile de préciser si leurs contours dessinaient de hautes montagnes ou de simples pitons. Tout relief avait disparu.

Reprise de notre balade, en même temps que de nouvelles retombées pluvieuses. Désormais, nous évoluions en diagonale à travers la steppe. Notre accompagnateur ouvrait la marche dans ce dédale fumeux. Plus nous suivions un chemin incertain, plus nous nous enfoncions dans le poumon moite de ces nuées indésirables.

Tel un troupeau de moutons suivant fidèlement le berger, nous allions en file indienne et "en aveugle" sur ce terrain accidenté. Nul endroit où s'arrêter pour dresser une couverture et déjeuner. Impossible par ailleurs d'y songer sous ces trombes d'eau, en conséquence fallait-il serrer notre estomac avant d'aborder un coin où s'abriter.

Or nous ignorions où nos pas nous menaient. Seul Franck se repérait dans ces méandres brumeuses. Plus d'une fois, le groupe se disloquait, et des retardataires se faisaient vite distancer.

Finalement, un replat nous permit de surplomber la vallée d'Escuain, après le contour de collines supposées. La dégringolade pluvieuse connut une accalmie sérieuse et durable. La visibilité fut meilleure sans être encore complète.

Un chemin se distinguait une centaine de mètres plus bas. L'atteindre c'était traverser un plan incliné à 120°. Bienvenu les douleurs dorsales !

Nous y avons plongé, avec prudence ; l'herbe déversait encore sa teinture trempée. Arrivés en bas, nous prenions pied sur un sentier inondé et caillouteux. Graduellement, le ciel devenait moins menaçant, en dépit d'une présence persistante d'un voile nuageux et de possibles précipitations. Durant une dizaine de minutes, ce chemin fut suivi groupé, en silence.

Une terrasse herbeuse, derrière laquelle se hissaient des pins, fut découvert et déclaré convenable à notre déjeuner. Cet espace était distant d'une petite cabane d'une vingtaine de mètres. D'ordinaire elle accueille les randonneurs, ce jour-ci elle était fermée.

Sous les pins, nous avons étalé nos provisions et ôté nos manteaux pour espérer un "séchage rapide". Au regard des faibles haltes consenties par notre guide jusqu'ici, nous furent très content de savourer celle-ci. Toutefois, un regret : la baignade prévue dans le canyon d'Escuain fut évidemment compromise.

Notre départ au bout d'une heure fut célébré par le retour triomphant du soleil. Ses rayons illuminaient nos pas et sa chaleur nous contraignait à nous débarrasser enfin de nos vêtements de pluie. A Escuaín, la saveur d'un nouvel arrêt, sur un belvédère, fut prétexte à une flânerie et une contemplation des alentours qui s'ouvraient sur un ciel nouveau et resplendissant.

Notre prochain hébergement s'élevait à 1281 mètres d'altitude. Une heure de route au coeur du canyon d'Anisclo, sur une route étroite et sinueuse, nous permit de longer et admirer de belles façades granitiques. Notre première et sérieuse préoccupation, après avoir pris possession du dortoir, fut de nous attabler dehors avec une bière à la main. Le hameau de Nerín jouit d'une belle architecture traditionnelle, au sol dallé et cerné par un paysage époustouflant. Une église romane du 12è siècle attend vos visites. 16 habitants vivent toute l'année dans ce village de montagne qui, contrairement à sa haute et éloignée situation, est un important centre touristique. Deux artisans en bois se côtoient et vendent leurs produits faits main. De superbes résidences secondaires, rénovées, entretenues convenablement, valorisent Nerín.

Nous nous sommes descendu au gîte "El Turista". Le dîner y est copieux. Peu de monde en cette saison ; nous avons récupéré la salle de restaurant pour nous seuls dont le but caché était d'oublier la mauvaise condition météorologique et les merveilles non vues. Réunis dans le même dortoir, nous avons été submergé par un dodo autant salvateur qu'indispensable.

Fiche hébergement

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Philippe Manaël
Rédacteur
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Photographe passionné, je suis également auteur de romans d'aventures. Sensibilisé aux Reflex dès 2002, grâce à l'acquisition d'un Pentax MZ-50, j'ai vite évolué vers les Nikon, en octobre 2004. Le F80 est idéal pour ...


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