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Viveli – Stavali - camping de Kinsarvik

Rédigé le 25/10/2010 - Lu 2607 fois
Viveli – Stavali - camping de Kinsarvik - Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge

Viveli – Stavali

  • 5h20 - 15km - D+ 420m ; D- 300m

Dans la nuit il m’a semblé distinguer beaucoup de clarté…la lune ? Et puis vers 3-4 heure un presque frisson. Au lever à 6h, le thermomètre indique -8°C. C’est froid et d’ailleurs la tente est toute givrée et l’eau a gelé en partie dans ma gourde.

Pas un nuage, ciel totalement bleu. Quelle belle journée s’annonce. Le paysage est beaucoup plus ouvert, il y a des sentiers partout utilisés par les pêcheurs et chasseurs, je perds vite les marques, mais pas la direction. Je croise 3 norvégiens qui se couvrent alors qu’un vent glacial se lève du sud et j’arrive très tôt à la cabane Stavali, l’une des plus fréquentées de la région à en croire les habitués et les revues de randonnées.

Un hélicoptère évacue d’énormes sacs de déchets. Et je suis seule encore à 19h, ce qui veut dire que personne ne viendra plus. Incroyable, la salle à manger peut recevoir au moins 30 personnes et il y a plus de lits encore. Mais je me suis installée dans l’annexe, plus petite, plus facile à chauffer et plus près des toilettes.

Je refais encore mon itinéraire à partir de Kinsarvik pour les 15 prochains jours. Je décide de ne pas aller à Lofthus, l’une des limites de mon cercle.

Le ciel reste lumineux et changeant avec de beaux nuages gris très hauts. Vent d’ouest de 30-40 km/h.

Ai ouvert un livre qui semble mettre en image l’histoire de la Norvège avec des tableaux anciens on passe des grandes batailles avec le Danemark à la découvertes des paysages par Christian Dahls, celui qui fit voir au monde les Vøringsfossen et la vallé de Måbø où je marchais il y a deux jours. Et Peter Balke j’aime beaucoup une forme d’abstraction au milieu du 19ème siècle, et Katrine Kølle qui partit à pied d’Ulvik jusqu’en Italie deux fois ! J’aimerai bien trouver le journal qu’elle écrivit.

Non vraiment personne n’a fait et ne fera ce chemin que je traverse à pas craintifs mais obstinés. Le Hardanger luit ce soir comme une huître qui se souviendrait de sa mer antique. Dans plusieurs milliers d’années, ce paysage sera peut-être à nouveau sous l’eau. Qu’en sera-il de tous ces pas ?

Stavali – camping de Kinsarvik

  • 6h30 - 14km - D- 1075m ; D+ 40m

Lever dans le brouillard. Bien rangé la cabane, remis du bois et de l’eau pour les prochains rescapés qui ouvriront cette porte pour y passer une nuit sûre.

Légèrement déprimée par une nouvelle journée de chagrine.

Ne rien voir qu’une succession de cairns et viser les touffes d’herbes pour ne pas trop s’embourber, j’en ai marre et re-marre !

Contrairement à la traversée des Pays-Bas où je me suis dissoute dans le paysage, ici j’ai la sensation que chaque pas arrache une part de moi-même et, me renvoie une parcelle de pierre, d’eau, de terreur. Un dépouillement douloureux et incompréhensible.

Je croise un garçon qui semble perdu, l’œil rivé sur son GPS, la carte en main, il est ahuri de me voir avancer vers lui comme si un être humain était ici aussi incongru qu’une mimosa en fleur (voyez la comparaison, moi en mimosa …pfff). Il me dit que c’est très glissant là d’où il vient et où je vais, la pente est très raide, il vient d’arriver d’Angleterre, il est sonné par sa première matinée. Je le quitte en me disant qu’il est vraiment un bleu et qu’il va vite apprendre mais en amorçant la descente de 1000m vers Kinsarvik je ris beaucoup moins car je n’ai encore jamais vu ça. Le brouillard est dense, la pluie fine, et des dalles infinies tombent de 30 – 40 degré droit devant. Heureusement, elles sont faites d’un grossier granit qui limite la glissade. A moitié accroupie pour abaisser mon centre de gravité, pas d’autre choix que d’avancer à l’aveugle en cherchant les cairns bien attentivement, j’entends une cascade sur ma gauche. A petits pas jambes bien écartées, je ne pense à rien, je dois avoir l’allure d’une cigogne à la patinoire. 2 heures de concentration, pas un dérapage, je suis fière.

Et puis le brouillard désépaissit avec la perte d’altitude, je peux suivre la voie sans me retrouver au bord de la falaise. Une succession de 4 cascades, puis une petite forêt bien verte qui sent le pin (enfin des odeurs autres que mes muscs et autres pétroles) et où les trolls font semblant de ne pas bouger, mais je sais bien qu’ils sont là sous cette souche moussue, derrière ce rocher barbu.

Je sens que j’arrive en ville parce que je croise des marcheurs à la journée qui vont jusqu’aux cascades. Je ne sais pourquoi et je m’en débarrasse très vite, mais à l’instant où j’aperçois la mer et ces écrans de montagnes bleues me vient l’air de la mort de Didon de Purcell et les larmes avec.

Je traverse une sorte de lotissement sur les hauteurs de la ville, des enfants rentrent de l’école avec des sacs plastiques « spar ». Chouette à manger c’est par là. Des femmes magrébines toutes voilées ouvrent les portes de leur maisonnette si scandinave. Je croise même des noirs ! Il y a une usine ici, ou un centre de déchets pétroliers pour qu’il y ait autant de pauvres ?

Je prends de l’argent à la banque, trop la flemme de la braquer pour cette fois, une connexion Internet et à manger au fameux spar. Sur le front de mer des magasins de souvenirs. Une station touristique ?

Je m’installe à 5 m des vagues cadrées de toutes part, y compris par un plafond de nuages clairs. Un minuscule îlot abrite 4 cannes et 1 mouette.

Des allemands partout. Une averse se glisse entre deux versants, pas le mien. Si je pouvais repartir à sec demain, ce serait bien.

Demain, je suis le fjord par la route et je prends le ferry à Indre Brimnes, de l’autre côt é, je monterai jusqu’à Granvin. Le ciel se dégage de nouveau, pardon pour ces multiples évocations météorologiques, elles sont ma préoccupation majeure avec la nourriture. Je vous passe les remises en question qui me retournent comme un gant.

Je vais d’ailleurs manger et retourner sous mon oie. Les cheveux lavés au savon de Marseille ne sèchent pas et ne sont pas forcément lavés.

Après mon banquet de ce soir composé d’une boîte de maquereaux au poivre entre deux wasa et un morceau de fromage brun et 2 biscuits, je me suis lancée à la recherche de contact humain. Aux les propriétaires allemands des 2 campings cars qui se sont presque garés sur ma tente, je n’attribue rien d’humain, un bar, peut-être ?

Rien, nada, walloo, macache, bezef, queudale. Je passe la porte d’entrée d’un luxueux hôtel en front de mer, je mont l’escalier en suivant le fléchage « bar » et je trouve une salle déserte où arrivent un à un des retraités norvégiens. Je ne vais quand même pas me servir un chocolat en libre service sous leur nez, même si j’en meure d’envie, je continue mon exploration du lieu. J’entre dans la piscine surchauffée et vide, dans le hammam éteint … J’ai envie de voir des gens se parler et s’échauffer après quelques verres dans une ambiance chaleureuse pas le salon de thé d’un sanatorium !

Je ressors et constate que le rendez-vous c’est devant le spar, qui partage son entrée avec celle de la bibliothèque, étrange d’associer culture et consommation.

Dépitée, je vais me coucher. Il a chagriné pendant mon escapade.

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Sandrine CNUDDE
Rédacteur
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