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Stokkel – Espeland – Ulvik

Rédigé le 25/10/2010 - Lu 1776 fois
Stokkel – Espeland – Ulvik - Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge

Stokkel – Espeland – Ulvik

  • 7h - 20km - D+ 340m ; D- 440m

Belle journée passée un peu sur la route, un peu sur les sentiers le long de grands lacs surtout celui d’Espeland au creux d’une vallée glaciaire en U typique. Bien inspirée de m’être arrêtée à Stokksel, le camping de Granvin est « Sorry, closed » .

Soleil. Moutons dans le ciel et dans les prés. Ai entendu passer un troupeau avec une bergère qui chantait avec des mots pour ses brebis. Grâce à leur passage, j’ai trouvé le hameau de Dale car le chemin pourtant très ancien (vieux pont) marqué sur la carte a disparu et n’existe que dans la mémoire de ces transhumants. Je crois bien que ce troupeau redescendait de l’estive pour passer l’hiver dans la vallée.

Ah ! Les petits grelots de réglisse égrenés sur la route, on en mangerait !

Me suis sentie désemparée de ne plus trouver la fonction enregistrement du son sur mon appareil photo, c’était tellement beau l’appel de cette bergère.

Ai mis du temps à trouver mon logis de ce soir. Dans cette moyenne montagne, les zones plates sont cultivées et près des maisons c’est impossible, elles sont toutes habitées. Restent les granges ou les cabanes dans les bois. Après Aurdal j’ai passé un ruisseau sur un pont en arche de pierre, tourné tout de suite à droite où sont marquées des cabanes sous le tremplin de saut à ski. Une barrière et des panneaux interdisent l’accès, je fais semblant de ne pas les voir. Je ne peux vraiment pas mettre la tente dans les tourbières partout, y compris dans les bois de bouleau où des mottes de 30cm de haute tordent les chevilles.

Impossible d’ouvrir la première cabane sur le bord du chemin. Seconde cabane, le cadenas est cassé et la porte verrouillée avec un long fil de fer qui ne résistera pas à mon entêtement à trouver un lieu pour dormir. Malgré le bruit que je fais, personne ne me tire dessus, un rapide coup d’œil à l’intérieur, c’est vide et propre.

Un petit escalier mène à 2 pièces lumineuses dont l’une ferme avec une porte et est isolée avec les planches. Une table et deux fauteuils, le luxe ! J’imagine un peu comme ça la cabane de Thoreau près de son étang Walden.

Souhaitons que son propriétaire n’ai pas l’idée d’y faire un tour pour feuilleter les pages du vieux magasine porno négligeament ouvert au rez-de-chaussée… Ah ! la magie d’un playboy à la bougie.

Sur ce plancher d’ailleurs, une planche manque, parfaites toilettes homme/femme, pas besoin de sortir, pissons debout comme un mec !

Vous réalisez comme moi que je suis de retour à Ulvik, que j’ai fais ce grand tour par l’Est toute seule, sous la pluie, le vent, le brouillard, de mauvaise humeur tout le temps dans les rochers glissant et les tourbières pédivores ?

D’ailleurs voici l’une des chansons idiotes inventée pour passer le temps :

« Jolie tourbière, jolie tourbière,

Tu ne mangeras pas ma chaussure

Et ma frimousse, et ma frimousse

Ne mangera pas ta mousse

Gentil caillou, gentil caillou,

Tu ne me rompras pas le cou

Car devant toi, car devant toi,

Je me mets à genou

Et toi le vent, et toi le vent,

Toi si fort, tout en passant

Portes mon chant, porte mon chant,

Près de mon amant. »

Quoi ? Tourbière ça peut rimer avec chaussure, je vous vois pinailler…les mots, eux aussi, parfois tombent à l’eau !

Camping d’Ulvik

  • 1h - 5km - D- 260m

Une bonne nuit passée dans cette cabane, sans attroupement féroce dans mon petit cerveau et je suis partie très tranquillement et très frileusement dans la pente serpentine vers le village d’Ulvik. La lumière, splendide sur le fjord et les prés en pente, un air de Suisse pelotonnée.

Envie de me réchauffer avec un café, suis allée au Brakanes Hôtel, un vaisseau aux airs de croisière vieillotte où un serveur écossais ayant travaillé en Chine pour pratiquer la langue me sert le café le plus cher après celui des Champs Elysées ! Que fait-il ici ? Du canoe et gagner assez pour se poser presque la moitié de l’année. Il me parle du village d’Osa que je m’étais presque résignée à visiter en car. Piquée dans ma fierté, je dois trouver un moyen d’y aller à pied mais 18km sur la route ne m’enchantent pas du tout.

Aller en canoe, ce serait génial, le temps s’y prête mais mon esprit d’aventure bloque là : je ne sais pas faire du canoe, et je ne m’y risquerai pas seule.

Des tas de choses à écrire sur l’ambiance de ces hôtels énormes, on entre par une réception vide, on ouvre une porte sur une piscine surchauffée, un bar. Personne. Je n’ai pas encore dormi dans le salon d’un hôtel, je devrais essayer. Et les femmes de chambre les yeux rivés sur la moquette qui absorbe leurs pensées et leurs rêves.

Pas pressée, je me suis installée dans un fauteuil pour lire un numéro de National Geographic d’août 1979 qui était sur le dessus d’une pile dans la bibliothèque d’un des salons. Un jeune homme y relate (avec des portraits superbes) sa traversée de l’Amérique entre 1974 et 1979 ! Parti de l’Etat de New-York pour se confronter à ce pays « décadent » il veut se donner le temps de décider s’il l’accepte ou s’il le rejette. D’abord seul avec son chien jusqu’à la Nouvelle-Orléans, il rencontre là bas Barbara qu’il épouse (sur un signe du Seigneur, parce que la chérie a eu des doutes quant à le suivre à pied jusqu’en Orégon) et les voilà partis pour une lune de miel jusqu’au Pacifique ! Des rencontres fabuleuses, des gens tout simples, généreux, un accident et un l’annonce d’un bébé à leur arrivée… 5 ans de marche à pied avec des interruptions pour travailler et gagner de quoi continuer la route, c’est une époque ou un état d’esprit ? Je suis touchée par cette histoire qui rappelle celle des Poussins qui ont marché 3 ans pour traverser l’Afrique avec la même sincérité ?

Bref, je suis retournée voir la dame de l’office de tourisme, Tone, vous vous rappelez, celle qui m’avait amener à Rossvoll. Bavardage féminin, internet, des courses pour le 4 prochains jours, une petite lessive à la main, lézardé au soleil du 60ème parallèle nord. Vers 16h, un petit tour en ville en passant par le cimetière que j’affectionne toujours et mon regard tombe sur une palette posée au sol avec une pierre livrée au nom d’Espen Eide…je m’immobilise, mon cerveau bouillonne : Espen, c’est mon seul contact à Ulvik, c’est le directeur du festival de poésie censé me loger chez lui dans 15 jours je l’ai appelé tout à l’heure et ai laissé un message, Espen EST MORT ?

On se calme, on réfléchit. En lisant bien le bon de commande sur l’emballage de cette pierre, c’est commandé par lui, pour lui. J’en déduis qu’il a acheté cette pierre qui vient d’être livrée…en prévoyance de l’inévitable clairière où il ira un jour. Enfin pas tout de suite, hein ? Je ne rappelle pas, je verrai bien dans 15 jours. Et puis Tone ne m’a parlé de rien.

A part cette poussée d’adrénaline, samedi dans un village de province, les jeunes qui font les idiots un peu partout, à la banque, sur le front de mer, en planche à roulotte, en squad, avec des rires bêtes. Des filles vautrées. Et puis LA scène de film : un petit groupe de garçons mâchoires pendantes, casquettes de travers BMX noué autour des genoux, les neurones en stand by devant une forme noire et plate avec des phares et des roues. En passant derrière, je vois écrit Corvette, pas une blatte une Corvette. Au moins un nom sur leur émoi. Un homme tout de n oir vêtu, lunettes noires, crâne rasé, s’approche, ouvre la portière, se tourne et là, je vous jure sur mon duvet que c’est vrai, il a tatoué sur sa nuque le même insigne que sa voiture ! Trop beau !

Après ce 3ème choc émotionnel en 1h, je me demande lequel de ces attributs il s’est offert en premier, la voiture ou le tatouage ?

Et pour finir en beauté, encore une chanson inspirée (sur un air de hard rock, svp) :

« Je suis une bonne marcheuse,

Je suis une bonne marcheuse,

Aux pieds j’ai des agrafeuses,

Pour tout ce qui se fait en marchant,

Moi je suis toujours partante. »

Olav, s’il te plait, insuffle moi ta poésie, pas tes troubles bipolaires !

Et voilà 5 petits français étudiants Erasmus qui plongent dans le fjord en riant :

Cinq dauphins blancs dans le fjord noir qui font pétiller les yeux de tous les bedonnants restés sur la rive, dont moi dans mon duvet !

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Sandrine CNUDDE
Rédacteur
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