Rechercher  |   Forum  |   Annuaire  |   Newsletter  |   Plan du site  |

Du glacier Sydbreen au lac Andervatnet

Rédigé le 13/03/2011 - Lu 1985 fois
Du glacier Sydbreen au lac Andervatnet - Traversée des Alpes de Lyngen

  • Départ : 10h10 - Arrivée : 21h15 | +590/-885m - 18km - 10h50

Le ciel est un peu gris, dommage pour la vue sur les glaciers au petit matin. En tout cas, il ne fait pas chaud, nous ne tardons pas à replier le camp une fois levé.
Heureusement nos affaires principales sont sèches, nous n’aurons pas à les transporter mouillées.
Une fois que nous avons tourné le dos au Bálggesváhjiehkki et au Sydbreen, nous pénétrons dans la vallée Bálggesvággi. Une longue vallée en serpentin qui va nous faire rejoindre la côte Ouest de la péninsule. Le premier lac que nous longeons, le Forstevatnet, est paisible et reposant. D’une eau transparente et calme sans remous, entouré de verdure où des oiseaux viennent s’y poser. Cela nous change de la bousculade d’hier au pied des glaciers.
Mais la vallée est très étroite et nous nous retrouvons vite dans les éboulis issus des sommets voisins hauts perchés. J’ai l’impression de remonter une longue gorge, dans laquelle nous alternons entre les champs de pierres et les névés. La neige est bien présente et des petits glaciers sur les pentes de la vallée commencent à faire leur apparition. Nous sommes de plus en plus pessimistes sur la météo des prochaines heures, nous préférons donc ne pas nous arrêter pour manger et ainsi tenter de passer le col avant que le ciel ne se dégrade d’avantage. Nous contournons les lacs Bálggesvátnet et Veidalsvatnet où a chaque fois l’espace entre l’eau et les parois de la gorge se rétrécit.

Une fois passé un petit pas culminant à 790 mètres d’altitude dans des conditions météo qui deviennent hivernales, nous débouchons face au lac Nàllangavatnet. A l’instant même où je pose les yeux dessus, je sens qu’il va devenir notre nouveau cauchemar !

Je m’assois sur un rocher, accablé par ce panorama à la fois magnifique et angoissant, afin de souffler un coup avant d’évoquer un possible demi-tour à Célia. Mais nous venons de si loin… Il nous faudrait retourner jusqu’au village de Furuflaten à l’entrée de la vallée Lyngsdalen pour contourner ce massif.

Le lac a un peu l’apparence d’une tête vue de profil, avec un nez de sorcière où nous serions situés sur son bout. Plongé dans un ciel bien gris, le décor est parfaitement planté. Sur sa rive Sud, son cou, un glacier infranchissable vient se jeter à l’eau. Sur sa rive Nord, son crâne, c’est un dévers bien raide de 500 mètres de long qu’il nous faudrait traverser. Un dévers tout en éboulis sur le quel se trouvent des névés et une petite cascade ! Quant au col que nous devions rejoindre, il se trouverait au niveau de la nuque.

Observer un passage au loin peut être souvent trompeur en montagne. Il peut tout aussi bien apparaitre comme plus difficile, comme plus facile. Nous décidons donc d’y aller étape par étape et de commencer par s’approcher du devers pour voir ce qu’il en est.
De près, il est toujours aussi pentu que de loin, mais il semble traversable, notamment sur la partie en éboulis. Nous allons donc avancer au moins jusqu’au premier névé. Si la marche en dévers sur un éboulis ne me pose aucun souci, même avec un lac en contre bas, ce n’est pas trop le cas de Célia. Les pierres qui roulent sous ses pieds ne la rassurent pas trop. Nous marchons l’un à côté de l’autre pour que je puisse l’assurer en la tenant par le sac-à-dos, lentement, un pied à la fois afin de bien l’ancrer. Arrivés au premier névé, nous avons deux langues de neiges à passer de cinq et dix mètres. Heureusement la neige est bonne, il n’y a pas de plaque de glace. Nous creusons des marches à chacun de nos pas, les bâtons sont bien plantés à chaque fois afin de prévenir d’un éventuel faux pas.

Car j’ai toujours cette image en tête d’un incident survenu lorsque j’étais petit. Pendant d’une randonnée en famille dans les Alpes, nous avions eu un névé à traverser. Un ami qui nous accompagnait a glissé et s’est retrouvé à luger jusqu’en bas du névé pour finir sa course sous un énorme rocher. Une glissade sans gravité.
Ici, il n’y a pas de rocher pour nous stopper en contre bas, c’est un lac qui nous attend. Un lac recouvert d’une plaque de glace sur ses bords qui nous ferait continuer notre glissage jusqu’en son milieu avant de nous couler !
Les deux langues passées, nous continuons dans les éboulis jusqu’au prochain obstacle, la petite cascade. Heureusement, celle là était plus impressionnante de loin que de prés, ce n’est qu’un petit cours d’eau à enjamber.
Nous poursuivons notre traversée périlleuse sur une bonne longueur d’éboulis, nous arrêtant de temps en temps afin d’admirer le panorama. Car en dehors de la difficulté, il faut avouer que nous sommes dans un cadre splendide. Encore une fois le paysage est à la hauteur de la difficulté. Ces petites pauses nous permettent également de souffler un peu, car toute cette longueur nous demande une concentration épuisante à chacun de nos pas.
Maintenant, il nous reste plus qu’à franchir un long névé qui nous mènera jusqu’au col. Nous prenons une nouvelle fois toutes les précautions pour avancer prudemment et ainsi atteindre l’autre extrémité. Nous débouchons après de deux heures de prudence, sur le col culminant à 810 mètres d’altitude dans un brouillard gris. Il n’est pas celui que j’avais repéré depuis l’autre rive, mais il nous évite d’avoir à continuer à longer d’avantage le lac. J’espère juste qu’il ne nous réservera pas de nouvelle surprise.

Sur l’autre versant, nous avons à présent 330 mètres de dénivelé à descendre dans un pierrier pour rejoindre les lacs Rundvatnet. Deux beaux lacs, un turquoise et un bleu foncé, qui marquent la fin des épreuves. Car de là, nous apercevons le fjord Moskavuotna qui se trouve au fond de la vallée Goverdalen que nous venons de rejoindre. Mais ce n’est pas pour tout de suite, nous ne sommes pas encore arrivés.
Une longue route lente à parcourir. Après les nombreux éboulis de pierres que nous avons traversés dans ce massif, c’est maintenant dans un éboulis de blocs rocheux pouvant atteindre les quatre mètres de haut, que nous devons slalomer. Où il parfois plus facile de passer sous les rochers que de les contourner.

Après dix heures de marche, dont une bonne majorité dans les éboulis et à tailler des marches dans la neige, mon genou commence à me faire souffrir à cause des hématomes qu’il s’est pris hier. Un anti-douleur me permettra de tenir le coup afin de terminer notre dernière longueur. La traversée d’une forêt dense et parfois marécageuse pour rejoindre le lac Andervatnet où de là nous retrouvons un sentier.

Nous installons près du lac notre campement du soir, offrant un panorama sur le fjord Moskavuotna, après une longue étape qui nous a pris deux à trois fois plus de temps que ce que nous avions estimé…

Cet article t'a plu ? Partage le sur tes réseaux sociaux

simon

Simon Dubuis
Rédacteur
Envoyer un mail
Summits année : 665 | Summits mois : 25 | Summits total : 1978
     > Classement des I-Trekkeurs
Voici quelques années, je me suis échappé d'une vie qu'il faut souvent suivre au pas... Aujourd'hui je déborde d'énergie que je dépense dans la marche afin de parcourir des milliers de kilomètres pour découvrir les mer...
Magnifique ! Je m'en vais dans ce coin en septembre. À quel époque y étiez-vous ?
Merci pour toutes ces infos !
Merci Simon d'avoir partagé tes aventures en Norvège. J'ai beaucoup aimé les rebondissements :)


Page principale de l'article

Traversée des Alpes de Lyngen
Randonnée en Norvège au cœur de la péninsule de Lyngen, les Alpes de l'Arctique, au delà du cercle polaire. Un itinéraire spectaculaire et engagé entre montagn...

Articles de l'univers Voyage

Guide Randonnée Norvège
Fiche Pays de la Norvège : Carte d’identité - Formalités - Transports - Santé - Sécurité - Climat - Zones de trekking - Liens internes - Contacts. Des informat...

Laponie : Trek sur les hauts plateaux du Finnmark
Trek de 3 jours en Laponie norvégienne sur les hauts plateaux du Finnmark, encore appelés Finnmarksvidda. En autonomie, presque seuls, nous n’avons pas été épar...

66°Nord
66° Nord est une agence de voyage spécialiste des terres polaires. Avec 66° Nord découvrez le Grand Nord en petits groupes accompagnés ou en individuel et sur m...

Les Lofoten du nord au sud
Carnet d'une randonnée dans l'archipel des Lofoten en Norvège. Situé au nord du cercle polaire, l'archipel des Lofoten est un écrin de montagne se jetant dans l...

Randonnée sur le plateau d'Hardangervidda
Le plateau d'Hardangervidda se situe en Norvège à mi-chemin entre Bergen et Oslo. C'est le plus grand plateau européen intégralement situé au-delà de la limite ...

Les Alpes de Lyngen à ski de randonnée
Les Alpes de Lyngen, péninsule norvégienne longue de 80 km, formée de montagnes avec une altitude de 1833 m, vous ouvrent leurs fjords immenses où viennent se d...

Spitzberg : Raid à ski avec pulka
Carnet de voyage à ski au Spitzberg entre Sassendalen et la côte Est. Un raid nordique de 12 jours avec pulka à travers des territoires quasi vierges de monde. ...

Ulvik, sur les pas du poète Olav Håkonson Hauge
Un poète, Olav H. Hauge, jardinier comme je le fus plus jeune, vécut toute sa vie dans un petit village de Norvège au fond d’un fjord du Hardanger : Ulvik. Tou...

Randonnée en Norvège : Les fjords vus d’en haut
Randonnée en Norvège dans la région des fjords du sud-ouest. Sauvages et indomptés, les fjords vu d’en haut impressionnent. Récit d’une semaine de randonnée ent...

Spitzberg : randonnées autour de Longyearbyen
Randonnées autour de Longyearbyen au Spitzberg sur l’archipel du Svalbard. Pendant une semaine, je me balade sur le territoire de l’ours blanc et découvre les p...

Photos de l'univers Voyage