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Dzonglha – Col Cho La – Dragnag – La moraine – Dragnag

Rédigé le 01/04/2007 - Lu 4377 fois
Dzonglha – Col Cho La – Dragnag – La moraine – Dragnag - Camp de base de l'Everest
10eme jour : vendredi 9 avril

Etape : Dzonglha – Col Cho La – Dragnag – La moraine – Dragnag

Départ : 7h30
Arrivée : 16h45
Temps de marche : 9h05

Dénivelé positif : 1090 m
Dénivelé négatif : 1130 m
Dénivelé absolu : 2220 m

Départ sept heures et demie, ça commence, Ralf fait appel à un guide/porteur (je ne comprends pas bien s'il est malade, blessé ou simplement fatigué). Werner prend la tête de la marche, suivi de Dany, de moi et puis loin derrière Ralf avec son guide. La marche commence à une allure très lente, nous stoppons constamment pour attendre Ralf, qui même avec ça, ne nous rattrapera jamais, il marche comme un grand-père. Je passe devant Dany, qui prend vraiment tout son temps pour marcher et qui stoppe souvent pour boire, régler sa musique… Je me dis qu'à cette vitesse, nous n'arriverons jamais à Gokyo aujourd'hui, en une demi-heure, nous n'avons toujours pas atteint le pied du col. Je décide donc de prendre la tête de la marche et d'accélérer le pas. Werner s'accroche derrière moi, Dany (qui je m'en aperçois, n'était qu'un beau parleur hier soir) est largué, quant à Ralf, il n'est même plus en vue (de toute façon, il a son guide).

Une fois la grimpette du col Cho La commencée, je ralentis le pas, comme je le pensais, il est enneigé et verglacé. La montée se fait sur des rochers emboîtés les un sur les autres, recouverts de neige, et par ce fait cachant les trous et crevasses. J'utilise mes bâtons pour sonder les trous, briser les petites plaques de verglas et pour m'appuyer lors de passage de gros rochers. Je me colle au plus près de la paroi pour laisser le vide le plus loin possible de ma droite. Le col Cho La est dangereux comme on me l'avait dit, mais il est tout à fait passable avec de la prudence et un pied sûr. "Un pied sûr", c'est plutôt indispensable, le moindre faux pas ici, et c'est la fin du voyage…

Arrivé en haut du col, nous nous retrouvons sur un grand plateau recouvert d'un épais manteau neigeux. Il nous faudra un moment pour le traverser, et là, bouuuuum. c'est la chute ! Heureusement que je ne suis plus sur le passage délicat, c'est sur le plat que je glisse comme un con. Je me retrouve avec le cul mouillé et avec de la neige qui me rentre par le bas de pantalon. Puis nous faisons une petite pause le temps de manger quelques barres énergétiques avant d'attaquer la descente.

De l'autre coté, ce n'est pas plus simple mais certes moins dangereux. La descente en zigzag et très pentue, recouverte d'une grosse couche de neige, je me retrouverai encore quelques fois avec le cul mouillé. Des crampons auraient été bien utiles ici, mais les porter pendant quinze jours pour deux heures de marche, ce n'est pas très rentable. Plus bas, il n'y a plus de neige, juste de gros blocs rocheux qu'il faut sauter un par un comme un funambule. Juste après ce passage, je laisse Werner qui souhaite attendre Ralf (il va pouvoir attendre longtemps).

A midi, je passe devant Dragnag, je suis à deux heures de Gokyo, je me dis que je mangerai une fois que j'y serai. Puis j'arrive face à la moraine qu'il faut traverser, c'est une immense étendue de pierres et de rochers formant des monts et des creux (renfermant parfois des petits lacs congelés) de plusieurs mètres. Elle s'étend sur cinq cents mètres de large et sur quatre kilomètres de long entre Dragnag et Gokyo (mais au total sur plus de dix kilomètres). Quand je suis dans la moraine, j'ai l'impression d'être une fourmi dans un bac à sable. Les pierres roulent sous mes pieds, je provoque de petits éboulis. Toutes les cinq minutes, j'entends le bruit de petits éboulements, rien n'est stable ici. Je ne trouve pas de chemin apparent sur mon guide, il est juste marqué qu'il faut la traverser. Je repère donc Gokyo sur ma carte, je me fixe un point de repère au loin, je prends la mesure à la boussole, et je me lance plein Nord-Ouest… Et c'est là que le cauchemar commence ! Je dois constamment monter, descendre, remonter, redescendre, contourner les lacs, faite attention aux éboulements sur ce sol en perpétuel mouvement. Il suffit qu'une grosse pierre me roule sur le pied, ou que je glisse dans un lac pour stopper ma journée. Je marche dans cette moraine pendant des heures de haut en bas, de droite à gauche sans trouver la moindre trace de chemin… Là je suis perdu ! Je n'arrive plus à me repérer, je continue en direction du point que je m'étais fixé, mais je suis à bout de force. Cette marche fastidieuse m'épuise, je glisse sur ces pierres, je marche à l'à pic des lacs (des pierres en tombent dedans). Le temps passe, je me dis que je vais finir la journée sous un tas de pierres ou au fond d'un lac. Je me dis qu'il faut que je sorte de cette moraine, je prends donc plein Ouest, puis je remonterai au Nord en la longeant sur son coté. Je devrais normalement tomber sur Gokyo. Arrivé au point que je m'étais fixé, RIEN, pas un village, pas une maison… Il est quinze heures, ce n'est pas bon signe. Je réexamine mon parcours et je me dis que Gokyo se trouve peut-être sur le flanc Est, je retraverse donc la moraine dans sa largeur. Mais je fatigue de plus en plus, j'en fais des chutes, je n'ai plus d'équilibre sur ce sol mobile. Une fois sur l'autre flanc, toujours rien ! Je ne comprends pas, d'après l'observation que je fais de ma carte et du paysage, Gokyo devrait être là, même mon altimètre me le confirme. Là je suis complètement perdu… J'ai beau crier, siffler, personne ne me répond, de toute façon cela fait plus de trois heures que je n'ai pas croisé âme qui vive. Je commence à me préparer psychologiquement à passer la nuit dehors, en espérant qu'il ne neigera pas. Maintenant que je suis perdu, j'ai le choix entre longer la moraine vers le Nord ou vers le Sud, comme sur ma carte le dernier village au Nord est Gokyo, je me dirigerai donc vers le Sud. Avec de la chance je retrouverai le chemin de Dragnag sinon, je finirai bien par tomber sur un autre village, mais pour ça, j'ai pas mal d'heures de marche. En la longeant, je suis obligé de marcher en dévers sur la paroi abrupte qui enferme la moraine, pour éviter de marcher trop près d'un lac. Je me dis que je devrais essayer d'escalader cette paroi, de l'autre côté ça ne peut être pire qu'ici. Je continue de marcher en diagonale afin de me rapprocher du sommet de cette paroi, jusqu'à ce que j'aperçoive une ouverture. Une partie un peu moins raide, qui, en l'escaladant à quatre pattes, me permettrait de passer de l'autre côté. Je décide de tenter ma chance, je grimpe sur cette pente faite de terre en poussière. La montée est délicate, car tout roule sous mes pieds et je pourrais très rapidement me retrouver en bas, dans le lac. Arrivé en vue du sommet, je lance mes bâtons de l'autre coté, puis je m'agrippe et bascule tout mon poids et celui de mon sac de l'autre coté, et là, miracle ! Je sais que je suis sauvé, je ne passerai pas la nuit dehors. Je vois une grande prairie (enfin ce n'est pas du genre la petite maison dans la prairie, toute verdoyante) avec plein de bouses de yacks et un ruisseau en contrebas. Si des yacks viennent brouter ici la journée, c'est qu'il y a un village pas loin, et la présence du ruisseau me confirme dans cette idée. Et vu le paysage, qui ressemble à celui de ce midi, je me dis que je vais certainement retomber sur Dragnag. Je me dirige toujours plein Sud en suivant cette fois un sentier.

Trente minutes de marche plus tard et après avoir passé quatre heures dans la moraine, je reviens à Dragnag. Là, je retrouve Werner, qui est seul (Ralf arrivera une heure après moi, il aura mis onze heures pour relier Dzonglha à Dragnag, plutôt courageux l'Allemand) et Dany (que je ne supporte vraiment pas) qui je le vois, se marre bien de me voir de retour après m’être perdu. Arrivé dans au lodge, le Tashi Fiendship, je m'écroule de fatigue sur la banquette, j'ai marché neuf heures non-stop aujourd'hui ! Et apparemment j'en ai perdu mon sens de l'orientation, je ne comprends pas comment j'ai pu me perdre à ce point. Enfin j'ai un toit pour la nuit et hormis quelques bleus et éraflures dûs aux chutes et un doigt de pied en sang, je m'en sors bien.

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Simon Dubuis
Rédacteur
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