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Au sommet du Cotopaxi

Rédigé le 16/05/2011 - Lu 2537 fois
Ascension du Cotopaxi : le jour J

Nous nous équipons de toutes les couches que nous possédons. Les sacs sont prêts. Peu avant 1 heure nous sortons. Le temps est toujours au beau. Le ciel dégagé laisse des millions d'étoiles étinceler au dessus de nos têtes. Il annonce un bon présage. Durant trois quarts d'heure environ, nous marchons sur un chemin de terre. La langue du glacier nous invite bientôt à chausser les crampons. Au dessus de nous, nous apercevons des lumières de frontales, que nous dépassons au fur et à mesure de la progression. Nicolas est resté au refuge. Nous disposons donc, Vincent et moi, d'un guide chacun. Assez rapidement nous nous séparons. Je suis Alexandre dans les pentes glaciaires. Les pentes douces deviennent progressivement des versants abruptes dont nous réalisons que modérément l'inclinaison à la lueur de nos lampes. Mes pas s'enchaînent dans ceux d'Alexandre dans un rythme bien cadencé. Pied gauche, pied droit. Nous sommes maintenant réglés tel un balancier de métronome. Nous nous hissons ainsi jusqu'à la barre rocheuse que j'avais repérée sur la carte. A ce moment de l'ascension, après de longs efforts continus, je suis en hypoglycémie. L'enthousiasme que j'avais jusqu'à présent dans cette nuit froide a absorbé une bonne part de l'énergie que j'avais engrangée.

Nous stoppons quelques minutes. Le temps de manger une barre chocolatée et de boire quelques gorgées de boissons énergétiques, et il nous faut déjà repartir. L'endroit est exposé au vent et au froid, et nous nous refroidissons rapidement. L'aurore commence à pointer. Il est cinq heures du matin. La lumière montante du soleil dessine une enveloppe orangée sur les montagnes. Les Illinizas apparaissent sur l'ouest avec comme compagnon matinal l'ombre pyramidale du Cotopaxi. Le fantôme du sommet me guette. Pourrais-je l'atteindre ? A cet instant je n'en ai jamais douté. Nous longeons des cathédrales de glace, puis rejoignons un flanc où le vent souffle d'une violence extraordinaire. A ce moment, sous les rafales que nous peinons à contrer, l'heure qui avance et le regard d'Alexandre qui semble chercher un passage dans cet univers inconnu de ma personne, la pensée me traverse que peut être je n'attendrai pas le sommet. Il faut lutter pour ne pas se faire déporter par les assauts continus du vent. Sans relâche, il faut planter les crampons, tantôt dans une couche tendre de neige, tantôt dans la glace. Il nous faut longer des à pics, enjamber les crevasses. Nous remontons une échelle, au dessus d'une grande crevasse, qu'il faut poursuivre par un étroit couloir très pentu. La moindre erreur, un crampons mal encré, et se pourrait être la chute. L'arrivée semble ne pas en finir. Je pensais apercevoir le sommet depuis déjà un bon moment, mais il ne se laisse toujours pas dompter.

Enfin il reste 200 mètres de versant très abruptes, avant de se hisser au sommet. De nouveau, mes forces sont là et nous avons repris un pas bien cadencé que l'approche accentue encore. Sur cette dernière ligne droite, je suis envahi par une forte émotion à la sensation de toucher ce que nous projetions depuis des mois. Les larmes coulent sur mes joues. Des jours de préparation, une nuit blanche et des heures d'effort pour atteindre un but sans consécration. Mais ce que je ressens est bien plus que de la consécration. C'est l'aboutissement d'une vision, pour un moment de communion et d'extase avec le plus haut volcan du monde. Il faut encore quelques efforts avant de nous affaler dans la neige, fatigués par une ascension longue et difficile. Je prends Alexandre dans les bras. Nous nous roulons sur le manteau neigeux, hurlant notre joie. C'est un moment intense de congratulation. Je le remercie de m'avoir amené jusqu'en haut. Nous sommes les premiers au pied du cratère. L'espace est vierge. Lorsque j'ai repris mes esprits je m'enivre encore de la vue grandiose et étendue que j'embrasse. Le vent balaye les nuages qui alernativement occultent puis laissent libre le cratère vivant du Cotopaxi. La carte postale est sous mes yeux. C'est alors qu'arrive une seconde cordée en duo. Alors que nous nous apprêtons à redescendre et que je pense que Vincent n'arrivera plus, le voilà qui termine lui aussi son ascension dans les pas de son guide. Il est fatigué, et n'a pas mangé. Il a eu peur par endroit au point de vouloir à plusieurs reprises abandonner. Il ne s'est plus ce qui l'a poussé à atteindre l'inatteignable. Mais il est là, au sommet du Cotopaxi, à 5697 mètres d'altitude, poussé par la passion et les images qui se bousculent. Déjà son guide souhaite redescendre car l'heure est bien avancée, et les conditions sur le glacier risquent de se dégrader dangereusement.. La descente est longue et difficile pour les muscles et l'organisme qui demandent du repos. A 10h15, vacillants sur nos jambes, nous retrouvons Nicolas au refuge. A peine le temps de souffler et de refaire les sacs, que nous devons redescendre au parking, 300 mètres plus bas, avec un vent fou qui soulève les poussières de terre.

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Thierry Callewaert
Rédacteur
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Enseignant en sciences physiques, je profite de mon temps libre pour m'envoler vers de nouvelles destinations...Amoureux de voyages, passionnés par les rencontres, mon sac à dos n'est jamais bien loin...  ...
Non pas d'autres ascensions...le Chimborazo, seulement monté un peu au dessus du refuge...
Bonjour, as tu fait des autres ascensions dans les andes? J'ai vraiment aimé le Cotopaxi, mais il était assez difficile à cause de l'altitude de plus de 5000m... :)
Bonjour Rebecca,
merci pour le texte. Si tu as besoin de renseignements que je puisse te fournir, n'hesite pas....
Bonjour, j'aime beaucoup ce texte sur l'ascension Cotopaxi.
J'ai fait le même tour pendant 5 jours. Car je n'avais aucune d'éxperience en montagne, je suis allé avec une agence de voyage ( equateurvoyages.com ). moi, je pense que le paysage de andes equatoriennes sont les plus beaux du monde.....
Bonjour,
je ne pourrai pas te donner l'adresse car je ne l'ai pas mais c'est je crois à Latacunga.Je n'ai plus
non plus les prix en tete...peut etre autour de 120 euros (dans cet ordre là)Par contre ils fournissent le materiel (choisi en tout cas une agence qui fournit).Tu peux jeter un oeil sur mon site (destinationsvoyages.free.fr). Il faut compter une bonne semaine d'acclimatation, à marcher un peu en altitude aussi(le plus est le mieux car on se leve en plus a minuit et la fatigue rend les choses plus difficiles, surtout sans dormir car on est au refuge a 5100m!!
Thierry
Bonjour, je suis actuellement en Argentine. Je suis ici avec un copain Belge. Nous allons rejoindre 4 amis belges le 14 juillet. Nous aimerions bien faire l'ascension du Cotopaxi. Pourriez vous nous donnez l'adresse de votre guide et de l'agence avec laquelle vous l'avez faites. Est ce que ils fournissent tout le matériel? Quel prix avez vous payé? si nous faisons comme volcan que le Cotopaxi, combien de temps d'acclimatation faudra t-il faire avant la montée? Merci d'avance Léopold


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