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Des débuts difficiles

Rédigé le 15/11/2012 - Lu 1237 fois
Avec l'altitude, il n'est pas facile de dormir et la marche bien que sans grande difficulté fatigue l'organisme. Nous comprenons les efforts que nous allons devoir produire les prochains jours...

Aucun mal de tête, ni essoufflement anormal ne sont à observer durant la nuit. Pour autant nous dormons mal, attribuant le sommeil tourmenté à la chaleur ainsi qu’à l’altitude. Serrés l’un contre l’autre, à trois dans la tente igloo, il se dégage une chaleur que la compression et le manque d’air rendent suffocantes.

A six heures trente, on nous réveille aux effluves de thé déposé devant l’entrée de la tente. Un long moment plus tard, un petit déjeuner royal nous est servi : porridge avec riz et banane, toast avec beurre et confiture, omelette, accompagnés de l’immanquable thé, dont la nature varie selon l’heure de la journée. Tout cela semble normal, et nous comprendrons bientôt le pourquoi de cette alimentation à grosse dose.

Il fallu du temps pour plier le camp, installer les bâts et hisser l’ensemble du matériel réparti sur les huit chevaux. Peu avant dix heures, nous quittons le bivouac, impatients de commencer à marcher. Parkash donne un rythme plus proche de celui d’un coureur de marche rapide que d’un randonneur.

Nous suivons la cadence, laissant loin derrière la caravane qui avance au pas des chevaux. Nous soupçonnons notre guide de nous tester pour cette première journée, courte en temps de marche. La cadence ralentit un peu sous la demande de Stef, et les râles répétés de Vincent.

Dos au Tso Kar qui disparaît bientôt dans l’horizon, nous faisons une halte face aux crêtes arrondies et aux sommets enneigés de l’espace grandiose et magnifique qui nous entoure. Parkash choisit ce moment pour nous compter ses mésaventures vécues lors de treks passés. Il y a deux ans, inconscient ou insouciant, un couple l’a suivi dans la vallée du Pin, au mois d’octobre. Le temps est devenu menaçant. Lorsqu’ils se sont levés le lendemain à l’aube, la neige avait recouvert le sol d’une épaisse couche infranchissable. Impossible pour eux de faire demi tour, tout autant que d’avancer. A Manali, les gens avaient admise l’idée de leur disparition. Les deux randonneurs ont laissé sur place tout le matériel, et Parkash les a guidés à travers la montagne, descendant tout un versant jusqu’à rejoindre la rivière, qu’ils suivirent trois jours durant, blottis en position de survie contre les arbres, lorsque la nuit les rattrapait.

Il nous raconte aussi la mort d’un sherpa, victime du mal des montagnes. A ses risques sont également exposés les animaux, et il n’est pas exceptionnel qu’une des bêtes de portage succombe au passage d’un col. Certainement que ces histoires, loin d’être rassurantes veulent nous faire prendre conscience de la réalité à laquelle nous sommes exposés. En altitude, chaque mal peut être un signal d’alarme qu’il faut absolument rapporter, de façon à prendre les mesures de sécurité qui s’imposent. Ces mêmes histoires nous montrent également que Parkash est notre guide, et que nous devons lui faire confiance. L’avenir nous montrera que peut-être son récit fut mêlé de fabulation. Peu importe, l’effet escompté s’est produit, et nous nous sentons pleinement concernés par les recommandations que ces aventures nous inspirent..

La caravane nous devance à présent. Nous la rejoignons après avoir franchi un col à 4900 mètres. Nous marchons ensemble dans une vallée large et verdoyante, parsemée de rivières. C’est au fond de cette vallée que nous montons le camp. Le soleil chauffe avec une intensité étonnante et inhabituelle. A cette altitude le rayonnement est très important, et nous protégeons chaque parcelle de notre corps. Nous venons de marcher seulement quatre heures, mais la fatigue ressentie est terrible. En montant la tente, chaque flexion appliquée est synonyme de vertige lorsque je me redresse sur les jambes. Pendant une demi heure, nous nous allongeons afin de reprendre nos esprits, dans le silence le plus total. Immobiles et immobilisés, nous gardons notre position horizontale, figée, et ce malgré la chaleur sous la tente, qui en d’autres circonstances aurait été étouffante. L’ombre que nous y trouvons est salvatrice. La tête martèle une musique métronomique. Le thé aux épices que l’on nous sert, supposé bon contre les maux de tête, et bon pour l’hydratation ainsi que la récupération, nous fait du bien. Nous retrouvons tranquillement toute la lucidité.

Des dzos, animaux d’altitude et parfait mélange de vache et de yack, approchent le camp. Deux changpas nomades arrivent au galop jusqu’aux tentes. Ils s’arrêtent un moment, discuter avec nos guides, puis repartent conduire leurs bêtes vers leur campement où l’herbe abonde. Cette première étape, courte en heures effectives de marche, a demandé de gros efforts auxquels nos organismes ne sont pas encore habitués. Nous constatons l’exigence que demande de telles conditions. L’engagement que cela requiert, dans l’isolement recherché, est une vraie donnée de la traversée qu’il va falloir gérer. Des interrogations surgissent, et nous discutons longuement sur la finalité du voyage. La réflexion qu’implique cette première journée laisse présager que les quinze jours à venir ne laisseront pas indifférent chacun d’entre nous.

Lorsque le soleil se fait moins agressif, et que nous avons retrouvé les forces nécessaires, nous sortons profiter de l’espace sauvage qui est notre domaine du soir. Allongé sur un tapis de sol, je joue quelques airs improvisés d’harmonica, reprenant fréquemment mon souffle. Notre équipe nous rejoint, et devient spectateur d’une partie de cartes. Le plus naturellement qu’il soit, chacun prend ses marques, et le contact commence à s’établir.

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Thierry Callewaert
Rédacteur
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Enseignant en sciences physiques, je profite de mon temps libre pour m'envoler vers de nouvelles destinations...Amoureux de voyages, passionnés par les rencontres, mon sac à dos n'est jamais bien loin...  ...


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