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Kiber

Rédigé le 15/11/2012 - Lu 1351 fois
Journées de repos à Kiber avant de rentrer sur Manali.

C’est une journée de repos le plus total qui s’annonce. Nous changeons de chambre pour une autre située à l’étage, avec salle de bain. Il y a une terrasse dont la vue embrasse le village. C’est un agréable lieu de détente.

Farniente, repos, écriture et même essai de croquis sont au programme du jour. Dans le village règne une atmosphère paisible. En fin d’après midi le bus local stoppe près de l’hôtel. De nombreux villageois en descendent. Certainement qu’il reviennent de Kazaa d’où ils ont fait quelques achats, ou vendu le produit de leur labeur. Kiber est un village authentique qui s’anime en cette heure tardive de l’après-midi. Il est intéressant d’apprendre que l’ouverture des routes ne date que de la guerre indo pakistanaise. L’armée a alors développé les accès afin de mieux contrôler la région.

La route qu’empruntent quotidiennement ces gens est le cordon ombilical qui les relie à la vie extérieure. Il l’est tout au moins durant la belle saison. Dès le mois d’octobre, le froid, la neige et a glace les coupent totalement du reste du pays. Les habitants vivent alors cette période rigoureuse de l’année, fermés dans leur village, totalement hermétiques à l’extérieur. Les plus jeunes fuient vers les villes comme Daramsalha pour devenir moines, et échapper à cette vie aux conditions extrêmes. Seules les personnes âgées restent fidèles à leur vie et leur domicile. L’armée fait porter de l’eau. Le village est aidé par le gouvernement, sans lequel les habitants ne pourraient subsister. Dans les rues de terre, les enfants courent et s’amusent. J’échange quelques mots ou quelques gestes.

Les plus grands jouent au criquet sur le terrain de l’école. Quatre mois durant, c’est ainsi que s’écoule paisiblement la vie, loin de la pollution, du bruit, et du danger apparent d’une société bouleversée par les changements économiques. Parkash nous parle de la condition des habitants du Spiti. Devant les murs, les bouses de yaks sèchent, préparant le futur combustible de l’hiver. Sur les toits, les peaux des mêmes animaux sont étendues. Ils serviront de matières premières pour confectionner des tapis par exemple. Durand le repas, c’est l’occasion qui nous est donnée de découvrir le tchang, la fameuse boisson locale.

Pour nous cette bière régionale s’apparente à un mauvais vin coupé à l’eau. Cette boisson est pourtant un breuvage très répandu. L’hiver, lorsque la nourriture est essentiellement constituée de tsampa, les villageois mêlent le tchang à cette farine d’orge pour en faire des galettes.

Encore un jour à Kiber

Cette dernière journée est encore une nouvelle journée que nous passerons au village. Nous attendons toujours la jeep qui doit nous désenclaver de la région. Peut-être arrivera-t-elle ce soir, mais des grosses pluies tombées sur Manali pourraient entraîner du retard. En réalité nous sommes septiques quant à cette version.

Le retour était initialement prévu pour dans deux jours, mais l’annulation de l’ascension prévu à écourté la traversée de quelques jours. Nous pensons plus à une temporisation de la part de l’agence ou de nos guides afin de gagner du temps, et nous acheminer en temps réel vers Manali. Toujours est-il que ce matin, nous profitons de notre présence forcée pour nous balader au dessus du village. D’un point élevé, en sommet de falaise, nous dominons le gompa de Kye.

La vue surla vallée est formidable. Derrière nous, à quelques centaines de mètres, se trouve un minuscule village à peine constitué de quatre ou cinq maisons. L’orage menace à présent. Nous faisons demi-tour vers l’hôtel. Nous passerons l’après-midi à laisser passer les heures, contraints dans l’inactivité, jusqu’au soir où le breuvage maintenant rituel et les chants nous ramènent à l’exceptionnel.

Le temps se dégrade de plus en plus. La pluie persiste la journée durant. Stéphane et Vincent commencent à bouillir de l’intérieur, trouvant cette attente interminable. Quand à moi, j’use les heures à m’imprégner de ce qui rythme notre entourage. Le chauffeur de la jeep arrive dans la soirée…

Ce matin est enfin synonyme de nouveau départ. Nous chargeons le véhicule, et nous apprêtons à quitter notre domicile établi depuis maintenant quatre jours. Le voyage reprend et lorsque le 4*4 enlace les premiers kilomètres de piste, nous retrouvons un nouvel élan, un renouveau dans le mouvement qui nous ravit. Nous avons besoin d’avancer, de voir plus loin se qui se cache derrière un espace inconnu.

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Thierry Callewaert
Rédacteur
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