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Slovaquie - Pologne (Tatras)

Rédigé le 12/06/2012 - Lu 2039 fois
Finie la forêt, place à un paysage plus minéral avec le passage du massif des Tatras entre la Pologne et la Slovaquie. Une étape en solitaire avec des conditions météorologiques désastreuses : le poncho local est de rigueur !
  • 12 jours - 160 km - +13.000/-13.000m

C’est avec un sac-à-dos chargé pour six jours de nourriture que je m’engage dans la première grimpette de 900 mètres de dénivelé afin d’atteindre la crête. Je ne sais pas encore comment, mais j’aimerai me faire la traversée de ce fabuleux massif uniquement par les hauteurs. Mais encore une fois, la météo n’est pas de mon côté. Il fait un temps horrible en haut. Le brouillard, la pluie et le froid m’accompagnent. Fini les forêts. Ici c’est la roche qui domine avec plusieurs passages équipés de chaînes. Tout est détrempé, la situation devient dangereuse et je suis seul à crapahuter sur ces rochers. Je grimpe tout de même jusqu’au sommet du Sivý Vrch à 1805 mètres d’altitude. Je ne peux continuer comme cela, pas de prise de risque inutile. Je bifurque pour redescendre par un autre versant en direction d’un refuge. Pendant la descente, j’en ai gros sur la patate… Je me revois dans les Alpes, où les conditions météorologiques avaient été désastreuses durant quasiment un mois consécutif… Si cela se reproduit, je ne pourrai pas traverser les Tatras, LE massif des Carpates !
Lorsque j’arrive au refuge, complètement trempé et frigorifié, je trouve porte close. La saison ne commence que dans deux jours… J’ai besoin de chaleur, je ne peux pas bivouaquer ici. Je poursuis la descente vers le village de Bobrovec en fond de vallée. Il me faut encore marcher durant trois heures pour l’atteindre. Heureusement, ma journée est récompensée par une charmante chambre d’hôte où je peux profiter d’une douche brûlante.

Le lendemain, je remonte sur la crête à 2000 mètres d’altitude, profitant d’une petite fenêtre météo. Le ciel n’est certes pas bleu, mais je suis aux anges. Je domine enfin le massif ! Les montagnes sont grandioses, je me fais plaisir toute la journée et les randonneurs sont de retour sur les hauteurs. Au soir, je découvre l’un des refuges du massif.

Salatín 2048, Spálená 2083, Baníkov 2178, Rakon 1879, Volovec 2063, Temniak 2090, Kresanica 2122, Kondracka 2005, les sommets s’enchaînent… J’arriverai à faire de même les jours suivants. J’adapte à chaque fois mon itinéraire en fonction des conditions, jusqu’à ce que j’aille m’abriter à la ville de Zakopane en Pologne. Elle est un peu la Chamonix des Tatras. Je patiente pendant deux jours, en espérant que la dépression s’envole. Je profite de ma halte pour reprendre des forces en me prenant des repas copieux dans les restaurants du centre-ville. Ainsi que pour retrouver Eric, un français expatrié. Eric est un fin connaisseur des Carpates. C’est lui qui a tracé en Slovaquie et Pologne, ce sentier imaginaire qu’est la Transcarpate. Il m’a été également d’une bonne aide lors des préparatifs.

Lorsque la météo annonce du ciel bleu et du soleil pour les quatre prochains jours, je saute sur l’occasion ! C’est juste le temps qu’il me faut pour traverser le cœur des Tatras et repasser coté Slovaque. C’est le passage le plus somptueux qui m’attend.
Une fois de retour sur la crête, il n’y a ni ciel bleu, ni soleil. J’ai la tête dans les nuages et les pieds dans la neige… La dépression des derniers jours a laissé un manteau neigeux. Les montagnes sont toutes blanches. Même si le panorama manque un peu de relief, il est magnifique et c’est un véritable plaisir de longer cette crête splendide. De parcourir ces vallées au cœur des hauts massifs parsemés de nombreux lacs et de quelques refuges m’amène au pied du Rysy. Un sommet perché à 2499 mètres d’altitude, qui marque la frontière avec la Slovaquie et qui est également le point culminant de la Pologne.

La montagne est toute givrée et verglacée. Sans gants, j’ai les mains gelées pendant l’ascension. C’est une torture que de s’agripper aux chaînes qui bordent la voie. Dans le brouillard, l’itinéraire n’est pas des plus simples à suivre. Pourtant je m’éclate. Cette ascension sera un merveilleux souvenir. Passer les Tatras dans ces conditions est un vrai petit challenge qui me plait… Même si j’aurai bien aimé avoir un peu plus de soleil…
Au sommet, le brouillard ne laisse aucune visibilité. Malgré la météo désastreuse, je ne suis pas seul. Quelques Slovaques et Polonais de tous horizons sont là. Encore une fois, je suis impressionné par leur volonté, mais aussi effrayé par les risques que certains prennent. Descendre un sommet fesses à terre n’a jamais été une technique d’alpiniste…
Arrivé côté Slovaque, je vais me réfugier pour la soirée au Chata Pod Rysmi, le plus haut refuge des Tatras et des Carpates, perché à 2250 mètres d’altitude. Le vent est tellement déchaîné à l’extérieur que j’ai la sensation qu’il va décrocher le refuge de la paroi. Quant aux toilettes qui sont à 100 mètres de là sur un petit à-pic, c’est une véritable expédition que d’essayer de les rejoindre… Mais une fois atteintes, il faut avouer qu’elles offrent une belle vue à travers la fenêtre. Le Chata Pod Rysmi fait aussi partie des derniers refuges d’Europe à être toujours ravitaillé à dos d’homme. Pas d’hélicoptère, ce sont les porteurs qui amènent tout ici, avec des charges pouvant dépasser les 100 kilogrammes.

Le vent et la pluie deviennent démentiels ; la marche devient un vrai calvaire ; je suis trempé et la prochaine vallée que je dois rejoindre en est du coup apparemment fermée. Je quitte une nouvelle fois le massif pour m’abriter durant deux jours à la petite ville de Vysoke Tatry au pied du Gerlachovský Štít.
A 2665 mètres d’altitude, il est le point culminant des Tatras, mais aussi de toutes les Carpates. Je souhaitais en faire son ascension, il devait être le bonus de cette traversée. Mais cela n’aurait aucun sens avec la météo actuelle, surtout à 170 euros la course, un guide étant obligatoire pour y grimper. En plus, j’ai déjà eu mon quota de froid au sommet du Rysy…

Je finis par adopter la tenue locale, le poncho à deux euros, disponible dans toutes les couleurs. Il a un succès fou, tout le monde en à un. Le déluge ne s’arrête plus, les sentiers sont inondés et les rivières se sont transformées en torrent… Lorsque j’atteins le bout du massif, à l’approche du dernier col, le Široké culminant 1825 mètres d’altitude, c’est une tempête de neige qui m’accueille.

Il a neigé toute la nuit et je suis parti le premier du refuge, je me retrouve à ouvrir le passage. Le balisage a quasiment disparu et je cherche mon chemin dans ce blanc universel. Je crains de rater la bifurcation. Le vent souffle si fort que mon poncho valdingue dans tous les sens et commence à s’arracher. Les flocons viennent me fouetter avec violence le visage et les jambes. C’est que je suis en short, je n’ai pas d’autre protection. C’est censé être l’été... Encore une fois, je suis gelé et je ne sais trop dans quoi je vais me retrouver. J’hésite à faire demi-tour… Quand j’aperçois le col ! Ce n’est pas grand beau de l’autre côté, mais au moins c’est vert. Fini la neige ! Il ne me reste plus qu’une longue descente jusqu’au village de Zidar, et j’aurai traversé les Tatras.

Au village, je retrouve Rémi, un ami randonneur avec qui je marche souvent en France. Il vient me rejoindre pour les deux prochains mois, nous devons traverser ensemble la Pologne, l’Ukraine et une partie de la Roumanie. 

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Simon Dubuis
Rédacteur
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