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Pérou - La Unión à Ayacucho

Rédigé le 17/07/2013 - Lu 1053 fois
Troisième mois de marche de l'aventure, à travers le Pérou, de La Unión à Ayacucho.

25 jours - 580 km - +15.700/-16.600m

Sur les hauteurs de La Union, perché à 3650 mètres d’altitude, se trouve le plateau de 200 hectares de Huánuco Pampa, un lieu que les Incas avaient choisi pour bâtir Huánuco Viejo. Cette citadelle était l’un des plus grands édifices de Tahuantisuyu, et la capitale de Chinchaysuyo l’une des quatre régions de l’empire. Divisée en quartiers destinés à la noblesse, aux prêtres, aux peuples et aux esclaves, elle s’étale autour d’un Ushnu central. Six portes monumentales taillées finement dans la pierre et ornées d’animaux sacrés, permettaient d’entrer à l’intérieur du palais. C’est par la porte Ouest que nous sortons de cette cité aujourd’hui abandonnée…

Le chemin Inca nous replonge une nouvelle fois à des altitudes à plus 4000 mètres durant plusieurs jours. Il traverse pampas, cols et vallées où seul le Qhapaq Ñan, dans un état de conservation exceptionnel, rallie les hameaux entre eux. En chemin, nous croisons régulièrement des caravanes, où le mulet a remplacé le lama comme animal de bât. Ils transportent, aux villages perchés, des sacs de nourriture, du foin ou encore du bois pour la cuisine. Sur ces hauteurs, il n’y a rien d’autre qu’une herbe rase. Il faut tout apporter. Lors des bivouacs sur ces plateaux, notre réchaud à bois est d’ailleurs devenu inutile. Heureusement, nous en possédons un deuxième qui fonctionne à l’alcool. Les soirées offrent encore et toujours des paysages sur des montagnes enneigées qui percent le ciel. Après la Blanca, c’est la Cordillère Huayhuash que nous longeons.
Il faut imaginer la scène : une petite tente installée au bord d’une lagune au milieu d’une immense pampa verdâtre (celle de Tambococha par exemple, qui signifie en Quechua « lac de l’auberge ») près d’un Tambo, en ruine aujourd’hui, qui se trouve juste à coté. En arrière-plan, une chaîne de montagnes qui a la réputation d’être l’une des plus belles du monde. Le tout est recouvert d’une fine pellicule blanche issue du givre matinal…

Il y a 20 jours, nous découvrions les ruines de Marcahuamachuco, un site pré-Inca qui nous avait fortement marqués par son ampleur et son retranchement. Aujourd’hui, deux petites filles adorables, venues à notre rencontre, nous guident sur un promontoire au-dessus de la vallée de Yanahuanca. A 3800 mètres d’altitude, au bord du vide, se trouve la cité d’Ichugan. Nous sommes éblouis par ces ruines fondées par la civilisation Yaro. Elles datent de l’an 800 et semblent, de part leur isolement, oubliées de tous, même du temps. Pour nous, ces deux vieilles cités font partie des plus beaux joyaux que compte l’histoire du Pérou.

Quelques centaines de mètres plus haut, Junín s’étend devant nous. A 4100 mètres d’altitude, cet immense plateau démesuré se dresse sur près de 100 kilomètres de long. La partie Nord est une prairie qui s’étale à perte de vue, entrecoupée de centaines de fils de barbelés où pâturent, en toute quiétude, lamas et alpagas. Tout autour, se trouvent des zones minières dont l’une fait partie des plus grandes mines du monde. Dans la partie Sud, nous longeons le lac Junín d’une superficie de 530 kilomètres carrés. Ce deuxième plus grand lac du pays abrite de nombreuses colonies d’oiseaux. Nommé Chinchaycocha, en Quechua, les Incas avaient bâti sur ses rives le site de Pumpu, un centre administratif et cérémonial qui était d’une grande importance à l’époque. Par la suite, les conquistadors y ont construit, tout du long, des petites églises coloniales, qui sont toujours présentes et bien conservées.
Sur cette portion, nous réalisons l’un de nos plus beaux bivouacs, mais aussi l’un des plus froids avec -10 à -15 degrés durant la nuit. Au réveil, le givre et la brume ont envahi les lieux. Lorsqu’elle se dissipe, elle laisse filtrer les rayons du soleil qui viennent réchauffer les nombreux flamants roses. L’éleveur d’alpagas du coin nous invite à prendre un café dans sa chaumière en adobe. C’est à côté du poêle, alimenté au crottin, que nos mains se ravivent… Aves sa femme, ils nous accueillent simplement, partageant pain et beurre. A-peine curieux de voir deux étrangers chez eux, ils nous parlent de leur maison en argile qu’il faut entretenir tous les cinq ans, de leurs jeunes bétails qui souffrent du froid, de leurs enfants qui effectuent leurs études en ville… Une rencontre chaleureuse dont nous garderons un bon souvenir.
Nous quittons le plateau par le monument de Chacamarca, un mémorial érigé en souvenir de la bataille conduite par Simón Bolívar qui marqua définitivement l’indépendance du Pérou face à la couronne d’Espagne en 1924.

Nous nous mettons maintenant à jouer les détectives. En vue de notre participation au projet « Inventaire géo-photographique du Qhapaq Ñan », nous partons à la recherche du chemin Inca qui reste méconnu sur les deux jours de marche suivants. Récoltant indices et témoignages, nous parcourons les montagnes et trouvons des traces de chemins précolombiens. Même si nous ne sommes pas sûrs qu’il s’agisse du Qhapaq Ñan, les rencontres chaleureuses et instructives nous permettent de découvrir un bel itinéraire montagneux qui nous change du plat de la pampa de Junín.
Ici, nous retrouvons des grosses chaleurs et notre marche se poursuit en passant le village de Tarmatambo surplombé par ses Colcas, la vallée de Huaricolca abritant la grotte Mama Huari couverte de peintures rupestres et la ville de Jauja que nous désignons comme la ville ayant la meilleure boulangerie de tout le Pérou !

Nous quittons les montagnes pour atterrir dans la gigantesque vallée du Río Mantaro, un fleuve qui s’écoule du lac Junín. L’itinéraire aurait pu s’appeler le « Qhapaq Ñan Express », car ici il a été englouti par des rails que nous devons suivre sur des kilomètres interminables. A l’approche de Huancayo, la circulation dense sur la deux fois deux voies nous refroidit et nous incite à prendre un bus… Cette ville est la plus grande de notre itinéraire. Nous débarquons dans un Pérou beaucoup plus moderne. Les commerces, les banques, les loisirs sont plus florissants. A l’intérieur de son grand centre commercial, nous oublions que nous sommes en plein cœur des Andes.

Nous retrouvons la vallée Mantaro, mais cette fois-ci, elle est étroite et profonde. Il y a peu de place. Nous poursuivons sur les rails, attentifs au train du matin qui doit passer. Mais avec une marche monotone, par des pas de 40 centimètres, la largeur entre deux plots de bétons, nous tombons dans nos pensées… D’un coup, retentit un TUUUUUUUU… Le Qhapaq Ñan Express nous arrive droit dessus ! Nous avons juste le temps de sauter sur le bas côté… Au bout de la ligne, nous arrivons à la petite gare d’Izcuchaca, un village comme tant d’autres qui pourrait se confondre facilement si l’un des plus beaux ponts colonial du Pérou ne se trouvait pas ici.

Après avoir touché le fond des vallées et être descendu sous la barre des 3000 mètres d’altitude, nous reprenons de la hauteur jusqu’à 4520 mètres, notre nouveau record. Le yo-yo avec l’altitude continue son plein, jusqu’au village de Marcas. Là, nous nous retrouvons face à notre première impasse sur le chemin Inca, des montagnes escarpées et fragiles, des canyons désorganisés… Celles-ci ne nous laissent pas passer et c’est par un long détour sur une route en serpentin que nous replongeons pour la troisième fois dans la vallée Mantaro, à 2200 mètres d’altitude.
Nous avions perdu l’habitude de descendre si bas. L’ambiance est désertique et aride. Il fait si chaud, même la nuit, que nous dormons uniquement avec nos draps de soie. Nous retrouvons aussi notre pire cauchemar, les moucherons ! Lorsque l’un d’eux vous pique, cela démange pendant au moins trois jours… Nos jambes sont en feu !
Nous effectuons un petit détour afin de visiter le site archéologique de Huari. Ce grand peuple pré-Inca qui s’étendait à travers les Andes Péruviennes avait établit sa capitale en ce lieu. Le site est immense, mais malheureusement usé par le temps. Il est difficile de se faire une idée de ce qu’avait pu être cette cité impériale. Une civilisation qui a été, avec celle de Tiahuanaco implantée sur le haut plateau Bolivien, celle qui a le plus influencé la culture Inca qui vit le jour 200 ans plus tard.

Afin d’éviter la route des brigands, ainsi que la banlieue, nous prenons le bus pour rejoindre Ayacucho. Une seconde ville importante par sa taille, mais contrairement à Huancayo, elle est l’une des plus belles de notre itinéraire jusqu’à présent. Nous sommes dans une région qui a connu une des pages les plus noires du Pérou. Marquée par une guérilla entre le « Sentier Lumineux » et l’armée pendant les années 1980 à 2000, les barbaries meurtrières ont été nombreuses. Riche en émotions, le musée de la mémoire d’Ayacucho, consacré aux victimes du conflit, permet de se rendre compte de l’ampleur de ces atrocités.

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Simon Dubuis
Rédacteur
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