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Pérou - Ayacucho à Cusco

Rédigé le 17/07/2013 - Lu 1238 fois
30 jours de marche à travers le Pérou d'Ayacucho à Cusco

30 jours - 520 km - +23.500/-23.300m

Notre halte à Ayacucho, une ville qui nous a séduits par son ambiance et son style colonial, marque une transition. Nous nous rapprochons du berceau de la civilisation Inca. Au bout de deux jours de marche, nous arrivons à la lagune Pomacocha. Sur ses rives se trouve le site d’Intihuatana. Ici, nous commençons à apercevoir le grand savoir-faire des Incas. La construction des bâtiments, composée de gros blocs de pierre parfaitement joints, est d’une grande finesse.
Une dernière grimpette bien raide, dans une campagne sèche où le soleil cogne toujours fort, nous amène à la petite ville de Vilcashuamán. Nous débouchons directement au niveau de l’impressionnant et imposant Ushnu de cinq niveaux, l’un des mieux conservés de tout l’empire. Nous restons sans voix. Les « Ushnus » étaient des autels pyramidaux à étage, où s’accomplissaient les rituels cérémoniaux. Nous nous dirigeons ensuite vers la « Plaza de Armas », et là, un « HOUAHOUUU » s’échappe de nous. La place est dominée par une belle église coloniale construite sur les fondations d’un ancien temple Inca dédié aux cultes du Soleil et de la Lune. Occupée d’abord par les Chavíns il y a plus de 2500 ans, puis par les Chankas, avant d’être prise par les Incas, cette ville provinciale située au centre de l’empire et qui comptait plus de 700 maisons, rivalisait par sa beauté avec Cusco. Aujourd’hui Vilcashuamán est une ville coloniale magnifique dressée sur des fondations Incas…

Au petit matin, nous quittons la cité l’esprit perturbé. Nous nous dirigeons vers l’obstacle qui occupe le plus de place dans nos pensées depuis la préparation de l’aventure : le Río Pampas. Sur ce fleuve, il n’y a pas de pont. Il faut le franchir à gué et certains se sont déjà faits emporter par le courant… Notre hantise est de ne pas trouver le passeur ou bien qu’il refuse de nous aider… Comment ferons-nous dans ce cas ? Demi-tour ? Nous frappons à la porte de sa maison au village de Puccas, et après quelques négociations, Philomeno accepte de nous faire traverser le jour même. Mais il nous faut faire vite, car il y a de la route et l’après-midi est déjà bien entamée. Nous dévalons les 1200 mètres de dénivelé à une allure de Chasqui. Les « Chasquis » étaient les coursiers sous l’empire Inca qui arpentaient le Qhapaq Ñan en courant afin de délivrer des messages. Si d’en haut, il nous semble calme et franchissable, une fois devant, nous changeons d’avis… Le Río Pampas fait 75 mètres de large en cette saison et c’est l’un après l’autre, accompagnés de Philomeno, que nous nous lançons dans une diagonale de 140 mètres avec de l’eau jusqu’au torse, au plus profond.
Abandonnés de notre passeur sur l’autre rive, nous remontons les 1800 mètres jusqu’aux ruines circulaires de Mollo Mollo. Durant les deux jours suivants, des cols aux ruisseaux, nous enchaînons des petits dénivelés dans des paysages paisibles afin de rejoindre Andahuaylas.
A la sortie de la ville, nous quittons pour un temps le tronçon principal du Qhapaq Ñan pour emprunter un chemin secondaire jusqu’au grand lac de Pachuca dominé par les ruines de Sondor. Perchée en haut d’une colline à 3250 mètres d’altitude, cette cité, construite aux portes de l’Amazonie, était une plateforme de contrôle des échanges commerciaux d’or, de feuilles de coca, de piments ou encore de plumes entre les Andes et l’Amazonie. Construits par le peuple Chanka, les ennemis jurés des Incas, les lieux furent repris par les Incas lorsqu’ils étendirent leur empire.

Dans ces dernières montagnes avant la grande jungle, notre parcours croise des vallées où les rivières qui s’écoulent, se jettent directement dans le Río Apurímac, la branche principale du plus grand fleuve du monde, l’Amazone. L’Amazonie est toute proche. Cela se voit au climat plus moite et nuageux, ainsi qu’aux oiseaux plus exotiques, comme les petits perroquets verts. Après ces profondeurs nous arrivons à 3610 mètres d’altitude, aux ruines perdues de Curamba. Cette cité prospère, dont il ne reste plus qu’un magnifique Ushnu, était habitée à l’époque par 3000 personnes. Elle était un site métallurgique important d’or, d’argent et de cuivre, mais ce soir, le site n’est habité que par deux personnes… Nous réalisons un splendide bivouac face à l’Ushnu resplendissant au coucher du soleil. C’est l’un des sites Incas qui nous marquera le plus durant ce voyage.
Quelques kilomètres avant Abancay, nous nous retrouvons bloqués, coincés au fond d’un canyon, sans trouver de chemin. Tombé malade pendant la nuit, les forces de Simon envolées, nous ne pouvons envisager d’errer à la recherche d’un passage. Nous rebroussons donc chemin jusqu’à la dernière route, afin de rejoindre la ville en bus.

Remis sur pied après avoir pris un peu de repos à Abancay, nous quittons désormais le Qhapaq Ñan, pour prendre la direction de la cordillère retranchée de Vilcabamba coincée entre deux grands fleuves sacrés : l’Apurímac et l’Urubamba.
La Cordillère Vilcabamba fut le dernier refuge de la rébellion Inca face aux Espagnols. Les légendes racontent qu’ils auraient rassemblé tous leurs joyaux des quatre coins de l’empire pour les cacher dans la cité secrète de Païtiti. Cette mystérieuse cité d’or a attisé la convoitise de nombreux conquistadors, aventuriers, archéologues partis à sa recherche durant les siècles qui ont suivi. Si elle n’a toujours pas été découverte, d’autres le furent et prises pour Païtiti… Mais ni celle du Choquequirao, de Corihuayrachina, d’Espirut Pampa et ni même celle du Machu Picchu ne renfermaient l’or sacré des Incas. Par contre, elles sont aujourd’hui, l’un des plus grands trésors qu’ils ont laissés.

Nous rejoignons le village de San Pedro de Cachora qui est devenu avec le temps le point de départ du trek d’une semaine du Choquequirao au Machu Picchu. Pour la première fois depuis le début du voyage, nous ne sommes plus les seuls randonneurs sur le sentier… Mais c’est un condor qui nous accueille, accomplissant un gracieux vol au dessus de nos têtes lors de notre entrée dans la vallée l’Apurímac. Une rivière que nous franchissons à l’aide d’une tyrolienne, le pont ayant était emporté par des éboulis l’an dernier. Après deux jours d’efforts, la deuxième plus grande cité Inca la mieux conservée du Pérou se montre, le Choquequirao, une magnifique cité construite sous le règne de l’empereur Pachacutec vers l’an 1480 et qui a peut être été le dernier lieu de repli du pouvoir Inca en 1535. Isolée et bien conservée, cette ruine, perchée à 3060 mètres d’altitude, se distingue notamment par ses innombrables terrasses suspendues à la paroi de la montagne.

Sur ce sentier touristique, nous avons maintenant tout à portée de main : petites épiceries, buvettes, restaurations, camping… Mais en contrepartie, les prix grimpent en flèche ! Nous avons changé de monde. Le temps où les Péruviens nous proposaient à manger, souvent des assiettes bien remplies lorsqu’ils nous voyaient passer devant chez eux, est bien loin derrière nous.
A la ferme de Maisal Alto, nous passons la nuit sur la petite aire de bivouac qu’ils ont aménagé. Sur les sommets qui la surplombent, perchée à environ 3600 mètres d’altitude, se trouve la grande cité de Corihuayrachina. Une ruine quasiment inconnue du public qui est malheureusement toujours ensevelie sous une végétation dense et très difficile d’accès. Nécessitant une journée de marche, avec un guide pour la trouver, nous nous contentons d’un petit circuit sur les hauteurs de la ferme, pour découvrir les petites ruines de Coralpata.
Pendant ce trek, nous enregistrons nos plus forts dénivelés de l’aventure. Le sentier alterne entre les profondeurs des vallées qui descendent jusqu’à 1800 mètres à la végétation verdoyante et les hauts cols qui grimpent à 4140 et 4630 mètres d’altitude. Cet itinéraire nous offre des panoramas sur les sommets enneigés de la Cordillère Vilcabamba.
Nous finissons ce parcours sur les hauteurs du Machu Picchu, le monument Inca le plus connu à travers le monde. Située sur un promontoire à 2400 mètres d’altitude, cette cité fondée également par l’empereur Pachacutec en 1450, tomba dans l’oubli total jusqu’à ce qu’elle soit découverte en 1911. Un haut lieu qui resta secret, réservé à la noblesse, aux prêtes et aux femmes choisies, ainsi qu’à la production d’une plante sacrée, la coca.
Nous quittons la mythique cité antique en remontant le Río Urubamba. Ce fleuve, issu des hauts plateaux, descendant jusqu’à Cusco, la capitale de l’empire, traversant la vallée sacrée, passant au pied du Machu Picchu avant de se jeter dans l’Amazone, était peut-être le plus vénéré.

Nous faisons notre entrée dans la vallée sacrée et dès le départ d’Aguas Calientes, même le long de la voie ferrée, qui a supplantée un ancien chemin Inca, les ruines sont très présentes. Durant six jours, chaque pas est marqué par de nouveaux vestiges Incas : aussi bien des sites oubliés et peu connus, que d’autres plus prestigieux comme la cité d’Ollantaytambo, les terrasses de Moray ou encore le palais de Chinchero. Malgré que nous soyons au cœur du tourisme au Pérou, nous arrivons à trouver de magnifiques chemins encore bien préservés et des montagnes isolées. Nous finissons notre marche par l’impressionnante forteresse de Sacsayhuaman. Édifiée sous la volonté l'empereur Pachacutec, à la suite de l'attaque de Cusco en 1438 par les Chankas, elle fut achevée par ses descendants 50 ans plus tard. Fortifiée par d’impressionnantes murailles en zigzags sur trois étages, elles-mêmes constituées de blocs de pierre pesant jusqu’à 300 tonnes, elle a nécessité la main d’œuvre de 20000 hommes.

Après trois mois de marche et plus de 1600 kilomètres au Pérou, nous arrivons à Cusco, capitale de l’Empire Inca Tahuantinsuyu. « Qusqu », de son nom original en Quechua, fut fondée au XIe siècle par le premier empereur Manco Cápac. Mais elle prit de l’ampleur surtout sous les règnes de Viracocha et Pachacutec, 200 ans plus tard avec la construction notamment de nombreux temples. Elle abritât jusqu’à 100000 habitants avant l’arrivée des conquistadors.
Aujourd’hui, Cusco est une ville splendide issue d’un étrange mélange d'architecture Inca et coloniale.

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Simon Dubuis
Rédacteur
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