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Argentine - Chilecito à Aconcagua

Rédigé le 17/07/2013 - Lu 1279 fois
30 jours à travers l'Argentine de Chilecito à Aconcagua...

30 jours - 760 km - +9.700/-8.300m

Nous quittons Chilecito avec une information d’une grande importance : la rivière Miranda ne serait pas asséchée. Il serait même possible de s’y baigner ! Nous avons du mal à le croire, après un mois sans avoir vu le moindre filet d’eau. Nous croisons les doigts. Mais à notre entrée dans la Cuesta de Miranda, le 18 décembre, c’est Noël avant l’heure. Un cadeau de rêve nous attend, une belle rivière dans un cadre somptueux. Nous passons l’après midi dans l’eau, avant d’aller bivouaquer sur les hauteurs de la Cuesta, face à un panorama de montagnes rouges et vertes. Le lendemain, nous recevons un deuxième cadeau. Une voiture qui nous avait aperçus au matin nous a acheté une grande bouteille de boisson fraîche... Elle est la bienvenue sous ce cagnard de 60 degrés en plein soleil.

C’est au terme de quatre jours que nous arrivons dans la toute petite ville de Villa Union. Il n’y a rien à faire ici, mais nous décidons d’y rester pour se reposer et passer les fêtes de Noël. Pour cela nous prévoyons : siestes pour se ressourcer, piscine pour se rafraîchir, séances de bronzage pour rattraper les marques, barbecue pour goûter la bonne viande d’Argentine... Sans oublier les glaces ! Pour le réveillon, nous passons une soirée simple autour d’un barbecue dans notre petit camping où nous sommes seuls. Pour le menu, nous avons concocté :
Mise en bouche : Roulé de jambon aux 4 fromages, olives du pays
Entée : Brochette de melon vert et jambon cru
Plat : Grillade de pavé de bœuf aux épices, émincé de tomates provençales
Dessert : Poire sur crème glacée, coulis de chocolat, noix confites
Boisson : Demi-sec pétillant Argentin

 

Au petit matin du 25 décembre, nous laissons derrière nous la ville endormie de Villa Union. La Ruta 40 nous attend avec une portion de 100 kilomètres et pour unique point d’eau, une station-service au nom significatif pour nous : El Oasis. Nous y faisons le plein, 12 litres ! Durant trois jours, même si des sommets colorés embellissent le panorama au loin, c’est sur une route rectiligne, interminable et monotone, sans un point d’ombre, que nous avançons. Heureusement, la température commence à devenir un peu plus supportable grâce à un léger voile dans le ciel et à une petite brise. Au bout de ces infernaux kilomètres, nous atteignons deux nouvelles magnifiques Cuestas.

La petite de Huaco en premier, que nous grimpons à la fraîcheur du matin est l’une des plus belles que nous avons traversées jusqu’ici, avec ses couleurs chatoyantes, contrastées et ses roches découpées. Sa piste, quant à elle, serpente au bord du précipice et conduit à la petite ville de San José de Jáchal. C’est l’occasion pour nous, de nous poser à l’ombre des palmiers pour entretenir nos chaussures qui nécessitent déjà un ressemelage maison aux talons.

Petit à petit, nous approchons du centre de la Cordillère des Andes. Des hauts sommets enneigés apparaissent au loin et des rivières qui en découlent, commencent à apparaitre, comme le Rio Jáchal. Nous le remontons pendant plus d’une journée et nous en profitons bien. A la pause du midi, au bivouac le soir, les baignades sont de la partie. Dans la Cuesta del Viento, plus imposante et spectaculaire, où comme son nom l’indique, le vent y souffle fort, nous traversons des zones lunaires. Un fond marin composé de roches volcaniques blanches et friables se dresse ici, rappelant ainsi que les Andes sont nées dans l’Océan Pacifique.
Trop fatigués pour patienter jusqu’à minuit, c’est à l’heure Française que nous crions « bonne année » au petit camping de Rodeo, accompagnés d’une bouteille de vin rouge de la région.

Nous longeons maintenant les hauts sommets des Andes que nous avons quittés il y a bien longtemps. Dès les premiers jours en Argentine, nous avions chuté des 4000 mètres pour rester à une altitude comprise entre 1000 et 2000 mètres. Nous reprenons petit à petit de la hauteur. Nous avançons d’un bon pas et commençons à sentir la fin du voyage. Au bout, nous arrivons à la vallée de Calingasta. Plus verte et plus habitée, elle contraste fortement avec ces derniers temps. De l’autre côté de la vallée, à Barreal, nous prenons quelques jours de repos. La fatigue se fait de plus en plus sentir. Ces immenses étendues, sous le cagnard, nous épuisent. Elles nous obligent à tenir un rythme de marche soutenu.
Nous ne sommes plus qu’à une semaine de la fin de notre traversée mais une dernière zone désertique de 113 kilomètres reste à franchir. Même avec notre charrette, ce n’est pas réalisable ! Nous ne nous laissons pas abattre par cet ultime obstacle et un deuxième caddie arrive en renfort. Avec 22 litres d’eau en plus des sacs à dos et avec un rythme journalier de 38 kilomètres, nous devrions arriver en trois jours.
Finalement, dans ce paysage aride, ce n’est pas la chaleur qui nous accompagne. Chaque après-midi, le ciel se couvre, laissant place à de violents orages. Dans cette ambiance de ténèbres, il n’y a ni pylône électrique, ni panneau bordant la piste, ni même un arbre, nous sommes les seuls paratonnerres à des kilomètres à la ronde ! Lorsque les éclairs grondent tout près de nous, que ce soit en journée ou la nuit, nous en tremblons.

A l’approche d’Uspallata, nous passons devant la ruine Inca de Tambillos. Nous découvrons alors que, depuis Barreal et peut être même avant, nous étions sur le Qhapaq Ñan. Mais celui-ci ayant quasiment disparu, nous n’en avons trouvé aucune trace.

Pour notre dernière dizaine de kilomètres, nous remontons la vallée du Rio Mendoza où nous trouvons également des traces historiques : deux autres Tambos et un petit pont colonial. Dans cette vallée au passé culturel riche, le chemin Inca s’est effacé avec le temps suite à la construction successive de pistes, de routes et de la route internationale entre l’Argentine et le Chili. Afin d’éviter la forte circulation, notamment de camions, nous empruntons la ligne de chemin de fer désaffectée parsemée de ponts vertigineux. Au calme, nous pouvons apprécier paisiblement le paysage de haute montagne dans lequel nous replongeons.

Au bout de ce chemin de 4740 kilomètres, nous atteignons, au pied de l’Aconcagua, le plus haut sommet des Andes, le célèbre Puente del Inca : un pont naturel que les Incas s’étaient appropriés. Ce site magnifique marque la fin de notre marche à travers l’Empire Tahuantinsuyu. Fiers d’avoir accompli une telle aventure, nous nous posons au snack pour fêter cela autour d’un hamburger-bière… Le site est aujourd’hui un lieu touristique composé de stands à souvenirs, d’hôtels, de snacks-resto… Nous rêvions d’une plus belle fin…
Nous rechaussons nos chaussures et partons pour deux jours vers une fin plus haute, plus isolée, plus panoramique, plus à l’image de notre voyage ! Nous entrons dans le parc du Tupungato à quatre kilomètres du pont, en direction du Cerro Penitentes culminant à 4352 mètres d’altitude. Avec Peni, un chien qui nous suit depuis ce matin, nous prenons de la hauteur dans la vallée étroite de Vargas, accompagnés par le vol d’une quinzaine de condors. Nous passons la nuit dans un petit abri qui sert de refuge. Le lendemain, Peni, impatient d’attaquer le sommet, vient nous réveiller. Nous effectuons nos dernières enjambées de cette longue traversée sur une crête où la brume qui se lève doucement laisse apparaître les montagnes. C’est finalement, suite à une petite erreur d’orientation, au sommet du Cerro Guimon que nous laissons éclater notre joie. Un panorama exceptionnel se dessine autour de nous. D’un coté, s’étend un panel de roches colorées, changeant en fonction des rayons du soleil, de l’autre un paysage lunaire de couleur ocre contrastant avec le géant des Andes, l’imposant Aconcagua. Sur ce bout de rocher, à 4238 mètres d’altitude, nous contemplons ce paysage qui marque la fin de notre extraordinaire aventure.

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Simon Dubuis
Rédacteur
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