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Un hiver au Zanskar...

Rédigé le 01/04/2007 - Lu 2542 fois
"Notre imagination se peuple d’avalanches, de glissements de terrain et de plaques de glace infranchissables. Le soleil fait semblant d’apparaître en agitant un étendard de ciel bleu, aussitôt reconquit par le brouillard." - Récit d'un trekking hivernal au Zanskar au coeur de la chaîne himalayenne de l'Inde.

Un jour laiteux se lève, la neige a tapissé les sentiers durant la nuit. Faisant la sourde oreille aux mises en garde de Dolma qui appréhende éboulements et avalanches, nous nous mettons en route. Nous éloignant de Padum, la vallée devant nous se resserre et notre gorge avec : le brouillard a gommé l’horizon, nulle emprunte de pas pour nous guider. Il nous semble marcher depuis des heures, la goncha imprégnée de la neige qui ne finit pas de tomber. Notre imagination se peuple d’avalanches, de glissements de terrain et de plaques de glace infranchissables. Le soleil fait semblant d’apparaître en agitant un étendard de ciel bleu, aussitôt reconquit par le brouillard. La silhouette grave d’un monastère se dresse au loin sur son promontoire. La gompa est entourée de murs qui semblent la protéger des éléments extérieurs. Un ensemble de chortens, puissamment érigés vers le ciel, à la base solidement encrée dans la terre, nous incite à gravir l’étroit sentier qui serpente le long de ses murailles. Un long corridor supporté par des poutres en bois permet d’accéder au coeur de l’édifice : une cour intérieur abritant e lourdes portes rouges aux serrures usées par le temps et, dont les murs, truffés de fenêtres, sont orientées vers la lumière. Des moinillons nous accueillent. Isolées dans une vaste pièce où la froideur commence à s’installer, notre soulagement est grand lorsqu’ils nous proposent de les rejoindre dans la cuisine où ronronne un foyer.

Plus loin dans la vallée, lorsque le chemin carrossable devient sentier, il nous semble plus que jamais voyager hors du temps. Le fin saupoudrage de neige qui tapisse les vallées se densifie jusqu’au blanc absolu sur les plus hautes cimes ; le ciel lui-même en est baigné. On ne distingue que la roche et sa caligraphie minérale dont la neige souligne la moindre irisure.

Nous marchons dans ce défilé que la modeste dimension du sentier rend encore plus grandiose. Les rencontres providentielles, notre seule chance de ne pas nous égarer sur les sentiers empruntés par les troupeaux de chèvres.

La chaddar après le village de Raru est de nouveau praticable. Un épais carcan de glace masque les eaux tumultueuses qui apparaissent parfois au détour d’une vallée plus ensoleillée. Nous calquons consciencieusement nos pas aux empruntes de ceux qui nous ont précédé. Dans le défilé, la succession de pans de montagne a des allures de collages. Chacun a son caractère, sa facture, sa couleur propre et toujours au plus loin, au plus haut, une cime diaphane fusionne avec le ciel.

Tout au long de celle-ci, des chapelets d’hommes et de femmes acheminent des troncs d’arbre vers les villages riverains en amont du fleuve. Ces poutres, principales charpentes destinées à la construction des maisons, auront attendues l’opportunité de l’hiver et son pouvoir de métamorphoser les fleuves fougueux en paisibles voies piétonnes pour rejoindre leur destination définitive.

Tirés à dos d’hommes à l’aide d’un savant laçage, ces troncs qui ont été transporté au Zanskar par les camions qui relient les zanscarpas au monde extérieur durant l’été, proviennent de la province Jammu-Cachemire, terre des plus fertiles, véritable grenier à grains de l’Inde.

Lorsque la brise se lève, lorsque le froid se fait intense nous recherchons la douceur d’un foyer : un instant de vie partagé, une tasse de thé chaleureuse. Les zanskarpas, hélés sur leurs toits, nous accueillent avec le sourire. L’entrée dans leurs maisons est toujours labyrinthique : la porte s’ouvre sur une obscurité totale. Apparaît souvent un enfant pour nous guider à l’intérieur à travers de sombres et étroits passages où l’on marche courbées. Nous avançons à tâtons, frôlant l’haleine d’invisibles animaux dissimulés dans le noir absolu. Un escalier de guingois en pierres pour nous guider au premier étage. Nous nous cognons immanquablement la tête avant de pousser finalement une dernière porte qui s’ouvre sur l’unique pièce habitée.

Nous progressons dans la vallée, cheminant de villages en villages. Parfois des grappes de maisons serrées les une contre les autres et dominées par la gompa dont elles dépendent ou une ou deux maisons isolées, entourées de champs d’orge qui n’attendent que le dégel de la terre pour être de nouveau travaillés. Chaque soir, une petite appréhension lorsque vient le moment de se coucher car les foyers disposant d’une pièce où nous loger ne sont pas nombreux et, c’est bien souvent, qui avec les femmes dans la cuisine, les enfants dans une pièce vide ou un grand-père psalmodiant des prières toute la nuit que nous dormons. Et c’est toujours sous les yeux ébahis que nous installons notre matériel de couchage. La notion de vie privée, d’intimité, chez eux, qui dorment tous dans le même espace, n’existe pas.

Bientôt une semaine depuis notre départ de Pipiting. Nous avons hâtes d’arriver à Phuktal et d’y faire halte. Une certaine effervescence règne autour des préparatifs du gustor, fête religieuse qui se déroule une fois par an. Le village de Surle cette année prépare le spectacle qui se tient traditionnellement le soir, en marge du monastère. Autour des répétitions le chang coule à flot. Les femmes se coiffent de leur pérac, parure ornée de turquoises et de cornaline qu’elles ont réalisées pour leur mariage. Sous les effets de l’alcool, elles se bousculent les une les autres afin que je les prenne en photo dans un joyeux brouhaha.


Texte & Photos : Marie-Laure VAREILLES ; Esquisses : Ansatu Schlumberger

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Marie-Laure vareilles
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