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Casteljaloux -> Allons - 25 km

Rédigé le 01/05/2007 - Lu 3894 fois
Circuit pédestre, plus de 210 kms, 3 départements parcourus, une quinzaine de villages traversés
Première nuit agréable. Sans encombre sonore extérieur, loin des agitations matinales venant de la route ou des voisins. Un réveil simplement filtré en douceur par une incroyable sérénité, avec en sourdine le chant des oiseaux.Déjà, l'été s'annonçait radieux, avec son cortège de parfum frais et de couleurs flamboyantes, sous un voile azuréen. Ici, durant deux semaines, je connus la première vague de chaleur, en prévision de celle qui traversa la France entière en juillet 2006.

Une douche m'a vite permis de me ressourcer, de dégouliner les premières impuretés tenaces et ainsi me mettre d'aplomb. Mon disque dur cervical était en voie de stabilisation !

Au petit-déjeuner, Any Macor me proposa ses confitures maison : pruneaux, abricots et fraises. L'extraordinaire changement avec mon quotidien d'alors prenait une ampleur croissante. En compagnie de son mari, elle me questionna sur mes projets de randonnée. Elle fit référence à la météo. Selon les prévisions, le beau temps s'observerait pour une semaine au moins, avec un pic à 40° le week-end prochain. Sans être saisi par une anxiété, je sifflai d'étonnement. Le mari me lança, soudain : « Eh ben, va falloir boire des kilomètres d'eau ! » A ma demande, ils déplièrent une carte très simpliste sur les environs de Casteljaloux ; ensemble nous nous penchions sur le chemin à suivre pour ma prochaine étape, à plus de 20 kilomètres d'ici. En raison de 4 kilomètres à l'heure, je pouvais parcourir cette distance sans trop de souci.

Départ depuis la D933 sur la route de Mont-Marsan. Le soleil tapait déjà en puissance dès 9 heures. A hauteur du centre équestre, à la sortie de Casteljaloux, je fis la connaissance d'un randonneur, la quarantaine passée, le crâne nu, le pas mesuré. Il m'avoua descendre du Pas-de-Calais, à pied ; parti à Pâques, il pensait atteindre Lourdes, avec haltes improvisées, vers mi-octobre ! En cet instant, il accomplissait sa septième semaine pour un total approximatif de 1500 kilomètres. Il lui restait plus de 2500 encore à clore avant sa destination finale. Il séjournait essentiellement dans les campings, en suivant une cadence de marche de trente kilomètres par jour. Un accès externe à son réservoir d'eau, dans une poche dédiée, lui permettait de tenir la journée entière ; souvent au cours de notre conversation il aspirait dans un tube pour se déshydrater. Après le lac de Clarens, nous nous sommes salué, puis séparé. Un embranchement fuyait la D933 pour accéder à Allons, mon étape suivante.

A ciel ouvert, la route D157 offrait peu d'abri ombragé, malgré la lignée de pins de chaque côté de la chaussée. J'entrevis ainsi les futures perspectives de paysage à côtoyer ultérieurement. La traversée du village Pindères fut expéditive. Deux heures de marche depuis Casteljaloux étaient nécessaires. Ici, je récupérais le circuit des Landes de Gascogne en Pays d'Albret, prévu pour le cyclotourisme. A Sauméjan, l'itinéraire balisé « Rando 47 » traçait un sentier jusqu'à Lartigue, 9 kilomètres plus loin. A la sortie du village Sauméjan, je pénétrais, par la gauche, dans une immense forêt, à l'ombre de pins majestueux. Mais je perdis vite la trace des bandes jaunes directionnelles sur les arbres. Je ressortis par un chemin de traverse jusqu'à une route à une voie. Des bandes bleues devinrent davantage repérables que les jaunes. Contre toute attente, je les suivis. A un lieu-dit dont j'ai oublié le nom, abritant l'unique propriété de grande envergure, j'ai interpellé un homme au volant d'un tracteur tondeuse pour gazon, puis le questionné pour la direction de Lartigue. De même, lui demandai-je une bouteille d'eau car la mienne arrivait à expiration. Au fil de plusieurs goulots océaniques, j'écoutai l'itinéraire à prendre et mémorisé. Je repartis à travers bois, sur une chaussée sableuse et désertique.

Avant le site de Gouts, le ruisseau du Ciron passait en dessous d'un pont terreux et protégée par des couverts. Y tremper les pieds fut un délice ; une eau fraîche et transparente coupait la lande de Gascogne de façon silencieuse. Une fête traditionnelle investissait une vaste clairière verdoyante où dominait l'église Saint-Clair de Gouts, en pleine rénovation. Les bénéfices devaient être reversé d'ailleurs à l'association amicale s'occupant de sa restauration. Des échafaudages étaient de surcroît visibles. Des scieurs, en guise de démonstration, coupèrent un arbre en employant les outils d'antan, face à un public enchanté. L'arbre coupé servirait comme poutre dans l'édifice religieux, classé monument historique.

Durant une heure pleine, j'ai vaqué à une incroyable flânerie sur ce site de Gouts, afin de récupérer mon souffle et profiter du spectacle. La fête de Gouts rassemblait nombre de touristes et d'habitués en costume traditionnel chaque premier dimanche de juin. Une chance que mon passage pédestre s'accomplît en un tel lieu si reposant !

18 heures approchaient. Instant décisif pour emprunter une dernière route avant de rejoindre la maison d'hôtes du « Petit Hourquey ». En parvenant à la D433, un panneau indicateur mentionnait la direction supposée de « Lartigues » ; je crus être sur la bonne voie. Un kilomètre passant, au niveau d'un vendeur d'asperges, je téléphonais à M. Rius, le propriétaire de la maison d'hôtes. Il m'annonça sobrement que je suivais la mauvaise direction et qu'il me fallait retourner sur mes pas. Ses explications, bien que claires, s'embrouillaient dans mon esprit épuisé par plus de vingt kilomètres de marche. Finalement, en constatant l'heure hypothétique de mon arrivée, il émit l'idée de venir me récupérer. Reprenant mon chemin en sens inverse, je déambulais sous un soleil déclinant, les membres vidés. Les sens en alerte, je scrutais les voitures. Après quinze minutes, une Mégane grise s'interrompit à quelques mètres de la chaussée en face. Un homme d'une trentaine d'années en descendit, ainsi qu'une gamine qui, bien vite, manifesta son mécontentement dû au fait que son père s'était garé au bord d'un fossé. Dès cet âge, un caractère si trempé, cela s'annonçait explosif au moment de l'adolescence !

Séjourner dans une chambre d'hôte signifie entrer de plein pied dans une famille. La tolérance est le maître mot pour accepter d'entendre ou de voir ce que nos hôtes nous imposent involontairement – et parfois de manière crûment. Cela fait partie de leur quotidien et non, forcément, du nôtre.

Le « Petit Hourquey », tenu par le couple Rius, se situait au cœur de la forêt des petites Landes de Lot-et-Garonne ; Allons, le plus proche village, était localisé à plus de 7 kilomètres. La propriété, entourée de pins maritimes et de chênes centenaires, occupait l'airial d'une ancienne métairie. Quant à la chambre, il s'agissait d'une suite familiale dans une ancienne dépendance, à une vingtaine de mètres de la maison principale.

En posant mon lourd sac, je contemplais avec ivresse ma nouvelle demeure pour une nuit : d'une surface de 35 m2, la chambre faisait place commune avec un salon et un coin cheminée. A proximité, une seconde chambre, moins vaste, comportait deux lits jumeaux. La salle de bains aux couleurs marines enchanterait n'importe quelle grande famille par son étendue.

Après une bonne douche et une répartition de mes affaires pour le lendemain, je sortis de la suite par une terrasse privative et j'entrai dans la demeure familiale. Ma réservation de la nuitée incluait aussi le dîner. Je fis ainsi la connaissance de l'épouse de M. Rius et de leurs trois filles, dont la plus âgée devait supporter la quinzaine. Dans l'attente de la mise des couverts, j'attendis dehors, dans le jardin où s'amusaient les enfants au badminton. La plus jeune, huit ans environ, s'échinait à imiter ses aînées avec maints efforts sans toutefois beaucoup de réussite ; ce qui l'exaspérait souvent, en me donnant un spectacle réjouissant quant à son caractère opiniâtre.

Avec la chaleur du soir, les mouches et les moustiques s'invitèrent à notre table. Le menu simple me suffit à me rassasier. La discussion qui s'engagea entre moi et mes hôtes, exempt de la présence des enfants, évolua naturellement autour de mon voyage d'agrément. A eux aussi, comme au couple de Casteljaloux ainsi qu'aux propriétaires suivants, je racontai l'origine de ce périple. En faisant référence à Luxey, une de mes prochaines étapes, l'homme accorda une haute importance à la route empruntée pour gagner Sabres, une vingtaine de kilomètres plus loin. « C'est le désert landais », disait-il en substance pour démontrer le paysage sauvage et l'aspect solitaire des Landes. J'allais de surcroît lui donner raison, lorsque je souffrirai dix heures durant sur cette route déserte. Ce péril sera narré en temps utile.

Mon escapade fut l'objet de toutes les conversations. Ils m'expliquèrent aussi les autres passages de randonneurs d'une journée, ceux-là projetant de joindre les Pyrénées à pied ou en vélo ; ceux-ci de partir en pèlerinage sur le chemin de Compostelle ; d'autres pour accomplir un long tour du département. Toutes ces aventures plongeaient mes hôtes dans une immense perplexité, eux qui depuis quelques années le terme voyager était synonyme de voiture, même pour aller prendre le pain. Pensive, la femme prononça dans un soupir : « On s'encroûte ». Elle jeta alors un regard discret à son mari, qui sans doute ne le remarqua nullement car il ne fit aucune objection.

Je pris congé d'eux sitôt le dessert achevé. Dans la suite familiale où je me sentis isolé du monde contemporain, mes rêves nocturnes s'appuyaient sur ce fameux désert landais et la rangée de pins maritimes refusant l'accès à ses coins ombragés. Quand bien même, la nuit fut savoureuse et paisible. Au terme de cette première journée de marche intensive, mes désagréments professionnels s'étaient envolés d'un coup, fondus au soleil.

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Philippe Manaël
Rédacteur
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Photographe passionné, je suis également auteur de romans d'aventures. Sensibilisé aux Reflex dès 2002, grâce à l'acquisition d'un Pentax MZ-50, j'ai vite évolué vers les Nikon, en octobre 2004. Le F80 est idéal pour ...


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Traversée des Landes
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