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Faial et Pico : les Açores volcaniques

Rédigé le 16/10/2014 - Lu 937 fois
Suite et fin de cette découverte des Açores avec le site de Capelinho, une beauté née d'une tragédie, et l'ascension du Pico, point culminant de l'archipel. Deux itinéraires, deux ambiances, réunis autour d'un thème commun à chacune des îles : le volcanisme.

Faial – Capelo, Capelinhos

  • D+ : 400 m
  • Distance : 7 km
  • Durée : 2h30

Avec sa drôle de forme de tortue, Faial n’est peut-être pas la plus grande île des Açores mais c’est assurément celle qui a marqué le plus l’Histoire de l’archipel. Au-delà de sa tradition marine séculaire, Faial a définitivement marqué les esprits avec l’éruption du Capelinhos en 1957 (voir encadré). C’est aujourd’hui autour de ce lieu symbolique et d’une caldeira plus ancienne encore qu’ont été tracés les plus intéressants sentiers de randonnée de Faial. La promesse d’un paysage spectaculaire volée le jour de notre visite par une coulée dense de nuages opaques. La brume tournoie, s’épaissit et s’accroche dans la laurisylve côtière de l’île tandis que la trace humide des sentiers s’évanouit dans les profondeurs d’une forêt exubérante. Toutefois la machette peut rester au fourreau : des balises aux couleurs d’un GR® de Pays français nous guident à travers les méandres de la végétation. Au-delà de la cavité sombre de l’ancienne cheminée volcanique de Furna de Ruim – 55 m de profondeur – des marches taillées dans le chemin et soutenues par de petits rondins facilitent les montées et les descentes dans cette forêt mystique et intensément moite. La sueur commence à perler comme pour en rajouter encore à l’ambiance humide du moment.

Points de vue et belvédères se succèdent sur un horizon désespérément gris. Le son lancinant de l’océan parvient à moitié étouffé jusqu’à nos oreilles. « C’est dommage qu’aujourd’hui il y est les nuages », nous dit Mario, notre accompagnateur. « Ici et ensuite tout le long, le panorama sur la caldeira est exceptionnel ». En gravissant plus loin le Cabeço do Canto, c’est carrément le volcan de Capelinhos qu’on aurait pu commencer à apercevoir. L’ascension est boutée en touche : aucune chance de distinguer quoi que ce soit. Circulez, y’a rien à voir ! Le balisage finit par nous descendre dans le secteur de l’éruption. Toute végétation a disparu. La marche s’improvise dans un décor fantomatique de cendres solidifiées. Chacun retient son souffle en se contentant de poser ses pieds dans les empreintes de son prédécesseur, fraîchement apparues dans un sol aussi sombre qu’un nuage volcanique.

Le voile dense des nuages ne s’entrouvre qu’au niveau de l’océan, laissant apparaître l’ancien phare, aujourd’hui partiellement intégré au centre d’interprétation du volcan de Capelinhos. Une visite s’impose pour mieux comprendre la thématique du volcanisme qui enveloppe l’archipel tout entier. Les Açores ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans lui, surgies de l’Atlantique il y a des millions d’années à la faveur de puissantes éruptions qui ont duré des milliers d’années et qui en ont façonné le paysage. Chaque île de l’archipel porte les stigmates de cette époque brutale : cratères, caldeiras, orgues basaltiques, fumerolles et jusqu’aux maisons et aux murets en pierres volcaniques. Que pouvait-on attendre d’autre d’un lieu placé à un carrefour tectonique ? Symbole de ce volcanisme aujourd’hui en sommeil, Pico et son volcan nous attendent à seulement une vingtaine de minutes de traversée.

L'éruption historique du Capelinho

Le 27 septembre 1957, la vie de Faial bascule lorsque le volcan sous-marin situé à proximité de la partie occidentale de l’île entre en éruption. C’est une première dans l’histoire de la volcanologie car aucun phénomène de ce type n’a encore pu être observé. Une aubaine pour la science mais un fléau pour les habitants. Car l’éruption va durer treize mois. Une durée inattendue au cours de laquelle vont se succéder trois phases distinctes. Les nuages de cendres qui s’abattent à répétition sur le site finissent par ensevelir les deux premiers niveaux du phare ! Aujourd’hui encore, le premier niveau n’est toujours pas dégagé et accueille une partie de l’exposition consacrée à l’événement. La phase à proprement parler éruptive va rejeter tellement de matière qu’elle va totalement bouleverser le lieu jusqu’à finir par le redessiner, ajoutant 2,5 km² de superficie à l’île. Le volcan s’éteint le 24 octobre 1958 en laissant l’île exsangue. Beaucoup d’habitants décideront de la quitter, à la recherche d’horizons nouveaux pour redémarrer une vie.


Pico – Ascension du Pico

D+ : 1200 m
Durée : 7 h
Distance : 9 km

Lorsque le temps est clément, le volcan remplit le paysage de l’île. Une masse compacte au pied de laquelle la vie s’est peu à peu constituée. On arrive à Pico en bateau à Madalena, une petite bourgade maritime dont l’économie principale tourne autour de la mer. Il faudra ensuite un peu plus de quarante minutes de voiture pour rejoindre le point de départ de l’ascension du Pico, une impasse à pas loin de 1200 mètres d’altitude. Notre guide, Renato, nous y attend. L’homme est plutôt petit, mais diablement musclé. Son sourire est révélateur lorsque je lui demande combien de fois par an il gravit le Pico. Quand il ne le fait pas avec des clients, il le fait pour son plaisir, en courant et en moins d’une heure de temps !

Il y a en tout 45 stations, chacune méthodiquement numérotée, pour rejoindre la première caldeira. Les premières sont plutôt du genre espacées et font office d’échauffement. Le Pico, c’est un peu l’Everest local, l’aventure alpine des Açores. Grimper à 2351 mètres sur le point le plus haut de l’archipel est un must pour les voyageurs. Mais il n’y a pas que ça : le volcan est aussi le point le plus haut du Portugal, auquel les Açores sont rattachées, et le troisième plus haut sommet de l’océan Atlantique. Si l’aventure ne nécessite l’emploi d’aucun matériel technique, elle n’en demeure pas moins un véritable itinéraire de montagne qui ne doit pas être pris à la légère. Par mauvais temps, on pourrait même avancer qu’elle aurait de quoi vite devenir infernale. Fort heureusement pour nous, au moment de l’ascension, les nuages océaniques semblent être tenus en respect par une main invisible, encerclant la base du volcan d’une ceinture mouvante et encore peu épaisse.

Le sentier est tracé sur de la roche volcanique. Une surface plutôt adhérente, sur laquelle il est agréable de progresser. La moitié de l’itinéraire est atteint une fois la station #16 dépassée. Le plus dur reste cependant à faire car les trente prochaines ne s’embarrassent plus vraiment de lacets, escaladant le volcan au plus direct. Au-dessus de nous, la ligne des poteaux numérotés s’envole et disparaît dans les nuages qui nous attendent patiemment au niveau du sommet. Le silence se fait dans les rangs tandis que le groupe progresse au rythme mesuré de notre guide. Une heure après, la pente s’infléchit lentement sous nos pieds. Le vent, plus fort, projette de fines particules d’eau contre nous, qui se transforment presque instantanément en givre avec l’altitude. Puis, une rafale plus forte dévoile soudain le dernier bastion, posé au centre d’une immense caldeira plane. Les stations s’interrompent : la fin de l’itinéraire est une escalade brouillonne dans des éboulis volcaniques défendus par des gradins chaotiques. Une cheminée finale libère le passage du randonneur vers le sommet. Après 4 heures d’effort, nous nous tenons enfin au sommet de la montagne.

Rendons hommage au Pico : la vue de là-haut est tout simplement époustouflante et justifie à elle seule l’ascension. Nous trônons au beau milieu de l’océan Atlantique, dont le bleu profond s’échappe jusqu’à l’horizon. Les nuages sont restés quelques centaines de mètres en contrebas, tournant autour de nous comme des fauves autour d’une proie. Ils encerclent littéralement Pico, à des dizaines de kilomètres à la ronde, lancés dans un manège de blanc et d’azur qui se forme et se déforme au gré de courants invisibles. De temps à autre, une trouée plus large se forme, laissant apparaître São Jorge au loin, puis Faial, un peu plus près. Siéger sur le Pico, c’est embrasser d’un seul regard le royaume des Açores. C’est se plonger dans l’émotion des premiers colons qui ont scellé leur existence à ces quelques kilomètres carré de terre et à l’immensité de l’océan. Dans le regard et les mots de Renato, je sens toujours la même passion pour ce volcan auquel il est lié et une certaine fierté d’être açoréen. De cette terre rude, mais hospitalière, ce peuple courageux a extrait de quoi transformer les Açores aujourd’hui en un petit paradis. Et si les trekkeurs purs et durs n’y trouveront certes pas de quoi épancher leur soif d’aventure à la dure, les randonneurs passionnés et avides de nature, tout comme les Robinson de l’outdoor, s’abandonneront vite au charme de ces neuf îles ensorcelantes.

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David Genestal
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