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Des rives du Lac Titicaca au sommet du Huayna Potosi

Rédigé le 04/11/2014 - Lu 495 fois
Direction la Bolivie, d'abord le long des rives du lac Titicaca puis les 6088 m du Huayna Potosi que nous nous sommes mis en tête de gravir.

Après un second passage par Cuzco, nous prenons la direction du lac Titicaca (3812 m) à prononcer « titirara ». Cette première partie s’éloigne quelque peu du trek. Nous visitons les iles flottantes d’Uros et de l’île de Taquile (des attrapes touristes, un conseil sortez couvert et le porte monnaie gonflé à bloc…). Pourtant, c’est l’occasion de reprendre des forces et de profiter tranquillement des paysages qu’offrent les rives du lac. Un passage par Copacabana et la traversée de l’Isla Del Sol nous permettent de renouer avec la marche, et de faire de superbes photos du lac.

Ascension du Huayna Potosi

Après cet intermède lacustre direction La Paz en Bolivie, la plus haute capitale du monde qui s’étend de 3000 m à 4000 m d’altitude pour le haut plateau d’El Alto, résidence des classes les plus défavorisées. Malgré la taille et le désordre permanent (comme dans la majorité des villes d’Amérique du Sud), on se sent bien dans cette ville.

A peine arrivé nous prenons la direction de l’agence Altitude 6000, qui est l’une des agences qui propose l’ascension du Huayna Potosi (6088 m). C’est l’agence référence sur La Paz, c’est aussi la plus chère. Il faut compter environ 140€/personne pour les trois jours avec le transport, le matériel d’alpinisme, un guide et un cuisinier. On aurait tort de s’en priver, surtout si l’on compare le prix avec l’ascension du Mont Blanc. C’est quasiment 10 fois moins cher…
Le départ est prévu le lendemain matin. Nous sommes excités à l’idée de faire cette ascension, nous achetons quelques barres de céréales et après une bonne nuit de repos nous voici dans la voiture qui nous transporte jusqu’ au premier refuge à 4700 m d’altitude au pied du Huayna Potosi.

La première journée est consacrée à l’apprentissage des bases de l’alpinisme, notamment les déplacements encordés sur glacier. Nous aurons même le droit à une petite séance d’escalade sur glace qui nous aura tellement plu que nous avons commencé à élaborer de futurs projets. La fin d’après midi se passe tranquillement au refuge à jouer aux échecs et à boire sur les conseils de Willy, notre guide, des quantités pantagruéliques de thé à la Coca (il faut noter que Rudi fut informer au bout de la cinquième tasse qu’il vaut mieux éviter la Coca avant de dormir).

La journée du lendemain est beaucoup moins passionnante, le seul objectif est de rejoindre le refuge « Rock Camp » à 5130 m, ce qui représente environ 400 m de dénivelé seulement. Depuis le départ, notre guide est loin d’être en forme. Il a pas mal de fièvre, il tousse et il est enrhumé. Nous commençons à nous demander si nous n’allons pas finir par monter avec le cuisto. Mais cette après midi de repos lui redonnera des forces.
Après un petit déjeuner très copieux, à base de pancakes chauds qui font rêver l’ensemble des autres alpinistes présents dans le refuge, nous rejoignons tranquillement « Rock Camp » où nous passons la journée à nous reposer et boire encore et toujours du thé (nous avons du consommer l’équivalent d’une baignoire à nous deux !!).

A midi, nous avons le droit à des hamburgers accompagnés de frites et ça à plus de 5000 m d’altitude. Si, c’est pas la classe !

Sans Rudi, au sommet du Huayna Potosi

Extinction des feux vers 18h30 car le réveil est prévu à 1h du matin. Il faut être franc à cette altitude là, on ne dort pas. J’ai juste réussi à somnoler plus profondément pendant 1h. Vers 23h Rudi fait plusieurs aller retour entre son lit et l’extérieur. Au moment du réveil, à minuit (oui je ne sais pas pourquoi l’heure de réveil à changer au cours de la nuit…), il est vraiment mal en point. Il est gelé, tremble de tous ses membres et il se met même à vomir. Malgré tout il essaye de s’équiper mais le simple fait d’enfiler ses chaussures lui demande un effort surhumain. Willy vient discuter un peu avec lui et il nous laisse quelques minutes tous les deux. Rudi admet l’inimaginable il y a quelques jours : il ne pourra pas tenter l’ascension. Je suis vraiment déçu pour lui, cette ascension on en rêve depuis le début, c’est un sommet qu’on voulait faire ensemble. La montagne une fois de plus a le dernier mot et aujourd’hui, elle ne veut pas de lui.

Il est 2h du matin, je termine de m’équiper et je sors du refuge avec Willy. Nous emboitons le pas au groupe d’Ecossais dont l’un d’entre eux est aussi resté au refuge cloué au lit. Au bout d’une demi-heure, un autre groupe abandonne, victime de maux de têtes importants.

Je n’arrête pas de penser à Rudi resté au refuge. Je me dis qu’on pourrait tenter un autre 6000, histoire qu’il puisse lui aussi franchir cette barrière symbolique, mais avant tout, je me concentre sur l’objectif du moment qui est d’atteindre le sommet. Nous avançons bien avec Willy qui a heureusement retrouvé la santé depuis ce matin (il était temps !). Rapidement, nous nous détachons des autres cordées et nous nous retrouvons avec les Ecossais. C’est ma première véritable ascension et j’avoue que je prends un énorme plaisir à évoluer à la frontale sur le glacier avec le bruit des crampons qui font craquer la neige. Nous abordons quelques passages un peu plus engagés et glacés qui obligent Willy à réduire la longueur de corde qui nous sépare. Dans l’ensemble, l’ascension reste assez simple techniquement. Nous continuons à progresser sur le glacier pendant trois heures en prenant le temps de faire des pauses régulières pour nous hydrater et faire des photos.
Je ne ressens pas de difficulté particulière à part le manque d’oxygène qui oblige à mesurer chacun de nos efforts pour pouvoir continuer. Nous prenons une pause plus importante juste sous le sommet pour pouvoir profiter du lever de soleil. Rapidement le froid se fait sentir et nous devons repartir. Deux itinéraires peuvent être envisagés pour atteindre le sommet et à cause d’un certain manque de lucidité, j’opte pour le chemin le plus technique. Il s’agit d’une crête en roche et glace qui ne laisse que très peu de place pour les pieds mais elle est esthétiquement magnifique. Après des premières minutes assez stressantes, je prends un malin plaisir à jouer avec le vide ; sûrement l’ivresse de l’altitude. Au moment de franchir la barre des 6000 m, j’ai quelque haut le cœur qui viennent me déranger mais qui se dissipent une fois le sommet atteint.

C’est magique ! Le soleil salue notre arrivée. De ses rayons, il distribue par touche diffuse toute la palette des rouges, oranges et jaunes qu’il a à sa disposition. Dans mon dos, je découvre la cordillère Royale que nous n’avons pas pu parcourir mais qui de dessus est tout simplement majestueuse. Nous nous nourrissons en silence du spectacle qui s’offre à nous. Le ballet des rayons lumineux révélant doucement les formes généreuses du glacier qui ne cesse de se dévoiler au fur et à mesure de l’aube naissante. Le froid nous rappelle tout doucement à la raison et c’est lui qui donne le départ de la descente.

C’est sous un ciel dégagé que nous descendons le cœur léger (du moins pour moi, pour Willy ça fait une centaine de fois qu’il gravit le sommet). Je suis enthousiasmé par cette expérience inoubliable mais j’ai malgré tout un petit pincement au cœur pour Rudi qui n’est pas là.

C’est au refuge que je retrouve Rudi, son état ne s’est pas vraiment arrangé. Nous patientons une heure avant de redescendre au premier camp et deux heures plus tard nous sommes de retour à La Paz où Rudi commence à reprendre quelques couleurs.
C’est sur l’ascencion du Huayna Potosi que se termine notre voyage en terme d’aventure. Nous avons poursuivi notre exploration du Pérou et de la Bolivie de manière plus classique en empruntant les circuits touristiques traditionnels. Autres façons de voyager, autres découvertes, entre la descente de la « Route de la Mort » à VTT, l’ascension du cratère du volcan Tunupa sur les bords du salar d’Uyuni nous avons découvert l’Amérique du Sud sous d’autres formes.

C’est assez difficile de synthétiser ce périple tellement il a été riche en rebondissements. Nous n’avons pas pu faire ce que nous projetions depuis 3 ans. Il a fallu adapter en permanence notre voyage en fonction des aléas qui se sont succédés. Dans un premier temps nous avons vécu comme un échec de n’avoir pas réussi à mener notre projet à son terme. Mais avec le recul nous prenons conscience de ce que nous à apporter cette aventure.

Cette expérience restera comme une profonde remise en question de nos capacités physiques, morales mais aussi de ce que sont véritablement nos aspirations dans la vie. La seule chose qui est certaine c’est qu’ un autre projet est né pendant ce voyage, il faut juste le laisser murir avant de le cueillir…

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Nicolas HEBINGER
Rédacteur
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C'est toujours difficile de se présenter... Grand brun, yeux bleux... Bon ok moyen brun futur chauve ça me correspond mieux !!! ^^ Sinon je pratique pas mal de sport en général. Course à pied, rando, vtt... Et surtout u...


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