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Stefanova dans la vallée Vratna

Rédigé le 29/08/2010 - Lu 2501 fois
Arrivée à Stefanova dans la vallée Vratna - Randonnée dans les Mala Fatra slovaques

Fort heureusement, la météo s’était améliorée depuis le début du mois de Juin, où il avait fait un temps très médiocre, pour ne pas dire glacial : certains matins venteux, la température était de 5°C à Wroclaw ! Il avait neigé abondamment en montagne ; dans les Tatras, mais aussi les Beskides et les Sudètes. Jusqu’à la dernière semaine et son regain de chaleur, des doutes avaient plané sur cette excursion.
Nous devions ce pont providentiel de 4 jours à l’un des nombreux jours fériés en Pologne : la fête de Dieu, qui tombait un Jeudi. Ici comme en France, et bien qu’une grande partie des Polonais préfère se retrouver en famille (et souffler dans le ballon au retour), du coup Vendredi est un jour quasiment chômé.

Nous avions bénéficié du même pont l’an passé pour partir dans les Beskides et les gorges de la Dunajec, fin Mai. Cette année, les hasards du calendrier religieux coïncidaient favorablement avec les aléas météorologiques, et montagnardement parlant, nous pouvons dire que nous sommes partis au même moment du printemps. D’ailleurs, comme l’an passé, nous nous retrouvâmes coincés sur la route par une procession de fidèles, portant statues et autres ornements religieux, durant au moins 20mn.
Après nous être succinctement égarés à cause d’une déviation hasardeuse (toujours pareil : les panneaux montrent comment quitter la route en travaux, mais jamais comment y revenir !), nous traversâmes la frontière pour descendre côté Slovaque. Durant une petite heure, nous franchîmes tantôt des tronçons d’autoroute débutant et s’arrêtant au milieu de nulle part, tantôt de mignonnes petites routes de campagne, serpentant entre de petits bleds de montagne et des champs longiformes où trônaient les toutes premières bottes de foin à l’ancienne, sur des séchoirs en bois.
Circulation soudainement très calme, car les Slovaques n’ont pas ce jour férié et travaillent. Nous croisons des écoliers cartable au dos qui se rendent aux écoles de tous les petits hameaux. Certaines vielles Skodas sont encore immatriculées « CS », la Tchécoslovaquie, état scindé en deux en 1993. Détail curieux que nous avons remarqué dans certains villages : en haut des lampadaires sont fixés des hauts parleurs, qui diffusent.... la radio ! Ceci n’existe apparemment pas en Pologne ; et donne une ambiance désuète de fête foraine, mêlée d’un arrière goût d’époque révolue... Pourtant, les temps changent : partout, des hommes torses nus poussent des brouettes pour recrépir quelque maison, ou refaire quelque trottoir trop défoncé. Ici comme partout ailleurs, l’exode rural couve, des néo-campagnards en 4x4 rachètent et rénovent (les agglomérations moyennes de la taille d’Agen ne sont jamais très loin).

Au détour d’un virage, les collines apparaissent tout d’un coup plus élancées; nous arrivons à la bifurcation de la route qui longe les Fatra. Au fur et à mesure que nous remontons, de grands rochers calcaires émergent des forêts, pour leur conférer finalement une allure de moyenne montagne. Nous voilà à Terchova, à l’embouchure de la vallée Dolina Vratna.

Terchova est le pays de Janosik, le Robin des bois des Carpates. Le personnage, qui a réellement existé il y a deux siècles, soldat déserteur devenu brigand puis chef de guerre contre la monarchie des Habsbourg, a donné naissance à mille légendes. Il est un véritable héros populaire, autant en Pologne qu’en Slovaquie, où il a donné naissance à deux films respectifs, tous deux tournés dans les années 60-70 et au goût délicieusement kitsch, où Janosik, coiffé d’une toque locale, armé d’une hachette et d’un vieux revolver, à la tête d’une troupe de mercenaires habillés de peaux et fourrures, incarne une sorte de Braveheart local.
Un gigantesque Janosik en aluminium vous salue en haut du talus au sortir de l’agglomération résidentielle de Terchova (nombreux HLM pour la saison du ski), et l’on entre progressivement dans la Dolina Vratna.

Les contreforts se rétrécissent, jusqu’à ne laisser la place qu’au lit de la rivière et à la route. De splendides pinacles rocheuses surplombent ce passage ; on les admire mieux lorsqu’on conduit dans la direction opposée. Certaines d’entre elles ont des formes bombées, certaines chapeautées par un rocher en équilibre, à la manière des « Fées » d’Ille-sur-Têt. Il y a même une roche percée qui forme une petite arche naturelle, non loin au dessus de la route.
La Vratna s’évase ensuite à nouveau pour se séparer en deux sous-vallées, dont celle de gauche laisse subitement apparaître le profil formidable de Rozsutec. C’est ici que devrait être notre camping. Je m’arrête à une cabane qui fait office de snack, sur un petit parking près de l’arrêt de bus. Un gars qui ratisse l’herbe me répond, d’abord en Slovaque, puis en Polonais, avant de passer à un Anglais quasi parfait : « Il n’y a plus de camping ici ! Ca fait deux ans qu’il est fermé, c’est le Parc National ».
Léger désarroi, mais nous ne sommes point inquiets ; la saison n’est pas commencée, et de nombreuse maisons proposent des chambres d’hôtes à des prix défiant toute concurrence. « Montons à Stefanova », dis-je à Dorota ; c’est l’endroit le mieux situé pour le début des randonnées. Peu avant Stefanova, nous trouvons un grand hôtel, où nous allons voir les prix. Nous sommes suivis, puis bousculés à l’entrée par un autobus entier de retraités Polonais, visiblement non randonneurs, qui parlent à voix haute. « Fuyons cet endroit », me glisse Dorota, et nous continuons. Je suis un peu déçu : ma « découverte » des Fatra n’est finalement pas si « secrète » que ça !
Nous arrivons dans Stefanova, et nous tombons immédiatement sous le charme. C’est un magnifique petit hameau de maisons traditionnelles toutes en bois, dans le plus pur style montagnard régional, qui respire l’authenticité. Il y a juste deux « rues », qui se terminent par des chemins de terre, montant par les champs d’herbes hautes. Le village est dominé par Rozsutec et quelques autres contreforts calcaires, qui dressent de magnifiques falaises et éperons, sur les plissement desquels poussent d’audacieux pins et sapins. D’un point de vue paysage, nous pourrions nous imaginer quelque part en Autriche.

Il semble y avoir des tas de chambres, la plupart des maisons affichent « Privat » ou « Penzion ». Nous nous arrêtons non loin d’un groupe de gens près d’une, et demandons. Deux dames, l’une jeune, l’autre d’un certain âge, nous adressent la parole en même temps, avant de se regarder en chiens de faïence. Deux stratégies diamétralement opposées. La première, qui vient de jeter un regard en biais sur ma plaque d’immatriculation, feint de mentir en disant qu’elle n’a presque plus de place: « Par contre nous avons un dernier appartement confortable avec TV satellite et Jacuzzi ». Pour donner de la véracité, elle ordonne à sa petite fille de vérifier le planning, ce qu’elle va faire en courant.
La vielle femme prend à son tour la parole. « Moi, dans ma ferme, il y a une petite chambre. C’est pas le luxe : y’a la douche en bas, et juste une plaque chauffante pour toute cuisine. Je vous la fait à 440 couronnes, venez voir si vous voulez ». Le chiffre peut sembler exorbitant, mais il est 6 fois inférieur à la première, soit environ 5 € par personne. La petite fille redescend pour confirmer que l’appartement avec TV est libre, mais c’est la grand-mère que nous suivons.
Helena, c’est son nom, nous guide jusqu’en haut de Stefanova, et nous sympathisons immédiatement. Je sens qu’il y a des tas de choses sur lesquelles nous pourrions bavarder des heures, mais hélas, la langue... Dorota, qui a étudié le Tchèque quelques années, et le Polonais étant assez proche du Slovaque, s’en sort à peu près. La ferme n’est pas si « ferme » que ça, c’est une magnifique maison en bois, simple et propre, avec une jolie pelouse.
Dans le hall d’entrée trône un tableau en noir et blanc, représentant un homme athlétique et une femme en costume qui semblent implorer le ciel, avec une foule d’autres figurants en costume au second plan . « C’était le tournage de Janosik, ici même à Stefanova », nous explique-t-elle. Les habitants ont fait les figurants. Et de nous montrer deux visages au fond à droite : « Lui et lui, ils ont aidé à la construction de cette maison ».

Nous décidons d’utiliser le reste de l’après midi pour faire une petite ballade. Il y a deux gorges aménagées et équipées d’échelles dans les environs ; la première, « Nové Diery », non loin du village ; l’autre « Horné Diery », dans la descente de Rozsutec que nous avons prévu de faire demain ; nous décidons d’aller voir alors « Nové Diery ».
La fin du village donne sur le principal sentier de randonnée, qui passe devant un restaurant buvette, où Helena, qui est en train de donner un coup de main (tout le monde se connaît à Stefanova), nous envoie un bonjour malicieux. Le sentier aboutit rapidement sur une petite prairie en forme de col, et où se situe une vielle cabane d’estive en bois. Il y a un petit panneau indicateur sur la faune de la région : loups, lynx, ours à profusion... « The probability to meet a bear in Mala Fatra is quite high », dit la version en Anglais, avant d’ajouter qu’il fallait éviter de courir, et que les ours sont des animaux paisibles et craintifs... Au fait, nos hooligans Ariégeois ne seraient ils pas par hasard un peu clowns ? Peut-être devrions nous jumeler Arbas avec Stefanova.

Le sentier redescend de l’autre côté, pour passer dans un premier temps en surplomb d’une gorge, que l’on distingue encore mal ; puis dans laquelle il plonge au détour d’une épingle. Le cours d’eau grossit, et dès lors poursuit sa descente de cascade en cascade, creusant à chaque rebond de petites piscines féeriques. L’endroit ne serait pas équipé de rampes, escaliers et d’échelles encastrés dans la roche, il constituerait un terrain de canyoning parfait, bien qu’un peu frisquet.
Le cours d’eau arrive à une jonction où le sentier commence à remonter son affluent, qui arrive presque à 180° en face ; le reste des eaux s’écoulant par une troisième gorge, elle aussi équipée sur une centaine de mètres, avant qu’elle ne s’évade en direction de vallée vers la route nationale de Terchova. Quelques échelles et escaliers glissants et fous-rires plus loin, nous émergeons à nouveau des arbres sous le soleil, trempés, mais heureux de cet entracte au milieu de l’après-midi caniculaire. Nous passâmes le reste de la journée assis au petit col de la cabane, où l’air fraîchissait à mesure que les rayons du soleil baissaient, illuminant les tendres pelouses d’un vert pas encore complètement estival. 

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Eric Visentin
Rédacteur
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