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Krivan et l'orage

Rédigé le 29/08/2010 - Lu 3052 fois
Ascension avortée de Krivan - Randonnée dans les Mala Fatra slovaques

La stratégie de la journée du lendemain s’annonçait plus pointue. Les diverses prévisions météo que nous avions vu présageaient l’arrivée d’un front nuageux et de pluies. Avec la chaleur qu’il faisait, dans une région montagneuse, et à cette saison, il faut interpréter ça comme un temps qui risque fort de tourner à l’orage. Nous décidâmes en conséquence de partir très tôt. Nous voulions gravir le second sommet emblématique de la région : Krivań. Ou plutôt « Fatransky Krivań », car il ne faut pas le confondre avec son homonyme situé dans les Tatras, « Tatransky Krivań », qui lui fait 2500 (nous prévoyons d’y aller cet été, d’ailleurs).

Le départ se situe au refuge-châlet Vratna, dans l’autre embranchement de la vallée. Cette partie du massif diffère complètement de Rozsutec. Ici, point d’escarpements vertigineux ; la randonnée se présente sous la forme d’une longue marche en crête. Krivan en constitue le point culminant, bien que dépassant de peu d’autres dos d’ânes tout le long.

Nous nous garons à 7h au bout de la route. Il y a deux parkings distants de 50m ; le dernier situé devant le chalet et après un panneau d’interdiction. Après un moment d’hésitation, nous retournons au premier des deux. Alors que nous lassons les chaussures, une Skoda s’approche, d’où sort un bonhomme en uniforme. « Vous avez enfreint le règlement du parc ; c’est interdit de se garer là haut ! ». « Oui mais on est revenus au parking autorisé. Ca va pas ? ». « Oui mais vous y êtes passés. C’est interdit. ». Ils insistent encore un peu, avant de nous filer la paix ; un Gascon est au moins aussi têtu qu’un Slovaque. Nous avons perdu 15mn... certes, ce n’est que 15 mn,. mais elles nous coûteront à la fin de la rando !
Nous montons dans un premier temps à travers bois jusqu’au promontoire séparant les deux vallées, et où se situe un refuge en bois, à l’architecture très Autrichienne, Chata Gruń. A contre jour, la vue sur Rozsutec, plus redoutable que jamais vu ainsi. Il y a là quelques tire-fesses de ski qui descendent des sapins ; le sentier suit l’un d‘eux à distance, le long d’une croupe herbeuse très redressée, qui nous mène à la première proéminence de la crête, Poludniovy Gruń. Cette montée est interminable, nous arrivons en haut avec les mollets en feu, et nous prenons une pause bien méritée.

A l’Est, l’air est plus pur que la veille, et nous distinguons mieux les Tatras. Nous constatons cependant avec inquiétude l’apparition d’un front de nuages bien foncés à l’Ouest... C’est reparti pour la suite, l’esprit soulagé après cette dure montée. Tout le reste se présente sous la forme d’une marche en crête, et bien qu’il y ait quelques dos d’ânes. Nous croisons de plus en plus de marcheurs, mais cette fois ci uniquement des Slovaques, aucun Polonais. L’allure très touriste de certains d’entre eux, à une heure aussi matinale (il n’est que 9h30), nous intrigue un peu, mais nous comprenons rapidement : le téléphérique de la station de ski, qui mène 200 en contrebas de Krivań, fonctionne déjà et déverse son flot.
Nous arrivons à Chleb, 1645m, l’avant-dernière des cimes avant Krivań. Le ciel est devenu vraiment gris, la visibilité est quasi-nulle. L’air est lourd, très lourd, l’humidité dont il est chargé nous colle à la peau, comme de la poisse. Nous nous rendons à l’évidence : Krivan sera pour une autre fois. Nous atteignons l’arrivée du téléphérique, qui déverse des flots de touristes de plus en plus mondains, dont l’enthousiasme contraste avec la colère à laquelle le ciel semble se préparer...
Nous décidons de faire le point, au milieu de la foule insouciante. Trois possibilités, ou plutôt deux : nous n’avons pas pris les sous pour redescendre par le téléphérique. Nous pouvons emprunter la descente directe au parking, sous les pylônes, et sur une pente très prononcée, ce qui nous inspire peu ; ou alors un compromis plus raisonnable : emprunter la descente qui passe en contrebas de Krivań, plus progressive. Nous aurons ainsi effectué un grande boucle tour de la vallée Vratna, ce qui est tout de même une satisfaction, et nous optons pour ce choix.

Le temps semble se maintenir durant quelques dizaines de minutes. Alors que nous passons quelques 300m en contrebas de Krivań, nous voyons son sentier sur l’arête sommitale, toujours aussi chargé de monde... en ce qui me concerne, tous mes voyants « pyrénéens » sont au rouge, je n’envie pas leur place... Alors que la descente s’amorce vraiment, au moment où nous franchissons acrobatiquement quelques reliquats de névés barrant péniblement le sentier, le coup de semonce arrive enfin, long et sourd. Ca doit tomber non pas ici, mais plus probablement dans le massif des Vel’ka Fatra, juste à côté. Quelques secondes plus tard, d’énormes gouttes d’eau se mettent à tomber. Seule satisfaction : elles laveront au moins ma Clio !

Branle-bas de combat. Nous nous arrêtons pour mettre les vestes et capuches. Nous sommes à un endroit où le sentier qui redescend de l’autre côté de Krivań passe non loin au dessus du notre, sans toutefois le rejoindre. Des gens fuient en dévalant les flancs de la montagne, à travers buis et pins nains. Fi des règles du parc ! C’est la panique générale. Deux autres coups de tonnerre, plus proches, suivront, puis plus rien.
Le paysage se transforme. La nature semble respirer, brusquement. Les escargots sortent, les fleurs ouvrent leurs pétales, mouchetés de gouttelettes. La terre sent bon, on dirait que le monde végétal se sent tout à coup soulagé. Le reste de la descente, jusqu’au col qui annonce le retour dans la forêt, se fait dans des conditions relativement clémentes. Mais le ciel n’a pas retrouvé son aspect normal. Je n’ai pas dit mon dernier mot, semble-t-il dire.
La forêt est splendide : les conifères cèdent la place à de grands frênes, tilleuls, érables. Le sol est recouvert d’un tapis moelleux de feuilles mortes, qui soulage les genoux. Gare cependant aux pierres glissantes qui s’y cachent dessous ! Le lit de la rivière apparaît, puis nous le longeons. Le flanc de la montagne en face se rapproche, le parking n’est plus très loin. En ce qui me concerne, je suis en sandales, judicieusement emmenées car des ampoules commençaient à poindre à mes pieds.
Un éclair, puis un craquement déchirent soudain nos tympans. Rebelote, capuche. Cette fois-ci, il est au dessus de nos têtes, il doit du toucher Krivań, Chleb ou je ne sais quoi de plein fouet. Un véritable déluge suit, encore plus soutenu que le premier. Le chemin se transforme en un torrent, dans lequel nous pataugeons. Mes pieds nus, toujours en sandales, se délectent de cette douceur... Je les laverai tout à la fin dans le lit glacé de la rivière.

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Eric Visentin
Rédacteur
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