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Seul

Rédigé le 04/03/2007 - Lu 2293 fois
Seul - Carnets de voyage Island Peak et Mera Peak - Carnet de course d'Alpinisme au Népal

Lundi 23 octobre : seul

Nous sommes sensés partir à 10 pour le Mera (6 porteurs, Janbu, Kadje, Gérard et moi). Mais ledit Gérard a vomi cette nuit et n’est pas en état de partir. Je me trouve face à un cruel dilemme : partir seul avec Kadje et un porteur, ou attendre 2 ou 3 jours à Ghat que mes amis se remettent, mais renoncer au Mera pour aller se balader dans la vallée de l’autre coté du versant qui nous fait face comme nous avions fait l’année dernière avec Eddy pendant les 2 jours de « rab » de notre fin de trek.
Notre permis d’ascension à 350$ n’est pas remboursable, et pour moi toutes les conditions sont réunies pour que j’entreprenne cette ascension : je suis acclimaté, en forme, au pied de la montagne, Kadje est un guide formidable et on me propose de partir avec Harsum, le plus costaud des porteurs (celui qui avait pris les 70kg lors de la première ½ journée)
Je ne me pose pas longtemps la question et décide de partir. J’en rêve depuis si longtemps de ce Mera peak !
Je fonce préparer mes affaires, me débarrasse de tout le « superflu » qui ne l’était déjà pas (affaires de rechange, trousse de toilette…), prends une super douche chaude (quel bonheur !), me rase, boucle mon sac qui a (lui aussi) encore maigri de 4 ou 5 kg et le donne à Harsum.

Ensuite nous remettons aux autres porteurs et cuisiniers les pourboires, de 1100 à 2000Rs chacun, plus des lunettes, T-shirts, gants… On leur dit un mot de remerciement que Janbu traduit en népalais, puis je prends mon sac à dos, salue tout le monde, mes amis en dernier, et c’est le cœur serré, les larmes aux yeux que je les laisse, déçus, à Ghat, pour filer prestement en direction du Mera…
Je me retrouve dans une situation que j’aime aussi : seul avec mes projets (enfin, quand je dis seul, c’est bien sûr sans compter mes indispensables amis sherpas : Harsum et Kadje).
C’est reparti sous un soleil voilé. Arrivés à Lukla nous voyons de gros nuages menaçants accrochés au Zetra La, le col (5010m) vers lequel nous nous dirigeons et que nous devons franchir demain. C’est de mauvais augure, on voit les nuages éclater en orages de pluie et de neige sur le versant opposé de la vallée.
On s’arrête dans une maison qui n’est pas un lodge mais une « tea-house », beaucoup plus, disons…. Authentique. La maison ne comporte que 2 pièces : une cuisine et une salle à manger qui sert aussi de chambre. On peut y manger, y boire chaud et s’y abriter, mais pas y dormir.

Je suis immédiatement adopté par une gamine de 3-4 ans qui communique par sons. Elle a un visage et des mimiques très expressives, mais j’ai quand même du mal à la comprendre ! Je lui donne un abricot sec et alors elle ne me lâche plus, passant du rire aux larmes, de la déception aux sourires radieux ou suppliants, bizarre.
Il se met à pleuvoir des cordes. On traine. Je m’ennuie. Kadje est dans la cuisine et s’entretient en népalais avec la propriétaire des lieux. Il est au moins 14h, on n’a presque pas avancé. Le Mera s’acquière à force de patience !
Je dois apprendre à entrer plus spontanément en contact avec les autochtones, cela me sera utile dans mes futurs voyages, j’en suis certain. Je me dis que si j’arrive à m’occuper de cette gamine ce sera une belle réussite. Je vais donc essayer de l’occuper au lieu d’écrire ces lignes sur mon carnet de voyage….

Bon, j’ai voulu jouer avec la gamine, je lui ai fait des dessins, chanté des chansons, fait des couettes, donné un autre abricot sec, ça a été pendant ¼ d’heure, et puis elle s’est mis à vouloir fouiller mes poches et mon sac, et là comme j’étais pas d’accord ça s’est mal passé, forcément ! Au bout de 5 minutes de refus poli mais ferme, ça a été les pleurs, et puis elle a commencé à me taper dessus. J’avais beau lui faire les gros yeux, la menacer de toute ma hauteur, rien ne l’impressionnait, la mère a du venir la chercher, et chaque fois elle revenait me taper dessus… moi, martyrisé par une gamine de 4 ans, vous le croyez ? Je vous jure, ça me donne pas envie d’avoir des gosses !
On est repartis après une interminable attente et cette fois on s’est réellement enfoncés dans cette vallée peu fréquentée qui n’a rien à voir avec celle du Khumbu. Comme la plupart des trekkeurs qui vont au Mera ne sont pas acclimatés, ils ne passent pas par le col que nous allons franchir mais le contournent par le sud, et donc nous sommes très tranquilles sur ce chemin : pas de Yacks, des petits ponts en bois sans barrière, un tout petit sentier peu marqué, pas de lodge, et on rencontre très peu de groupes.
La belle forêt de rhododendrons qu’il traverse est malheureusement très menacée par les bucherons qui viennent de Lukla pour se fournir en bois de chauffage, de façon à alimenter les lodges, gros consommateurs d’énergie pour fournir aux touristes la diversité de repas qu’ils exigent et les douches chaudes qu’ils prennent ! Encore un désastre du tourisme auquel je participe par ce périple. Cette situation ne me plait pas du tout, et je décide pour la fin du trek de ne jamais commander de repas spécial dans les « tea-houses » mais de toujours manger la même chose que mes compagnons de route, ce qui évite de faire 2 fois la cuisine, et surtout, surtout, je ne prendrai pas de douche chaude lorsqu’on se trouvera dans une zone où il n’y a pas de chaudière au fuel. Je demanderai aussi à Janbu de privilégier une solution avec un petit réchaud à essence (même pour une expé légère comme la notre) au lieu de prendre les repas dans les tea-houses.

Harsum tousse et on lui prend quelques affaires pour le soulager dans la montée. Du coup il ne doit pas porter beaucoup plus lourd que Kadje (25 kg chacun ?).
On s’arrête dans une tea-house qui est plutôt une sorte de hangar sordide fait de pierre mal ajustées et de branchages pour le toit. Il est déjà occupé par 10 trekkeurs qui ne daignent pas répondre à mon « hello ! »… ça commence bien….
Avec mon seul porteur et mon shirfa, je suis beaucoup plus proche des népalais chez qui on s’arrête, pour la simple raison que je ne suis pas lié à un groupe. Il y a toujours une place pour moi autour du feu et donc je discute et vis plus proche de mes hôtes d’un soir, et ça c’est cool. Il a neigé 10 cm ce soir, ça va être dur demain pour passer à 5000.
Harsum s’enfile tous mes lisopaïne, mais bon je doute que ça va arranger sa toux..
Les 10 touristes peu sympathiques sont des croates. Un seul a montré de l’intérêt pour les questions que je leur pose… quand aux autres, ils se sont empressés de prendre toutes les places disponibles dans ce « refuge » qui est plutôt une étable. Où vais-je dormir ? Quelle bande de gros cons ! Ils auraient pu se serrer à 9 sur l’immense banquette qui sert de dortoir où ils sont déjà 8 en rang d’oignons pour me faire une place, mais non, ils ne sont pas disposés à ce que je dorme à coté d’eux… Je n’ai plus aucune envie de parlementer avec ces gros nases…

Que font Gérard et Seb en ce moment ? S’imaginent-ils ma pauvre situation ? Leur compagnie me manque.
Ah tu voulais de l’authenticité, de l’aventure, eh ben voilà, tu es servi Sylvain ! Mais honnêtement, quelque part au fond de moi, je dois bien avouer que j’adore ça…

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Sylvain PERRET
Rédacteur
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