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Du refuge Zasavska à Dom Vodnikov

Rédigé le 13/04/2010 - Lu 3647 fois
Du refuge Zasavska à Dom Vodnikov - Trois jour dans le massif du Triglav

Cliquez sur la carte pour l'agrandirLa nuit, comme dans tous les refuges, est ponctuée d’éternuements et de ronflements divers, et le sommeil est tout relatif. C’est sans peine que je guette l’aube par la lucarne, et qu’au moment des premiers rayons, sur la terrasse du refuge, je suis sur le pied de guerre avec mon appareil. L’inverse du spectacle de la veille se produit comme escompté, en direction du panorama que j’ai déjà décrit.
La plupart des montagnards démarrant très tôt, en de tels endroits, le service du petit déjeuner ne tarde pas à venir, et voilà ma coéquipière qui descend les escaliers grinçants, avec une coiffure à la Bonnie Tyler « made in Triglav ». Le thé avalé, les sparadraps posés sous les chaussettes, nous voici de nouveau sur le sentier, pour le jour J. Nous redescendons une centaine de mètres à la jonction, que nous prenons cette fois-ci vers « Hribarice ».

Ce nom barbare dévoile peu à peu sa signification : l’endroit est à peu près aussi inhospitalier que sa prononciation. Il s’agit d’un haut col, plateau de débris calcaires, de lapiaz crevassés pénibles à enjamber, sans la moindre végétation, où les repères sont rares, et où malgré les cairns, je préfère ne pas perdre de vue le cheminement qu’ont pris ces quatre randonneurs partis juste avant nous. Des crissements retentissent dans un recoin, et nous apercevons deux superbes lagopèdes alpins.



Nous parvenons finalement à une grande échancrure, « Mišeljski Konec » col assez spectaculaire, où la « bête » apparaît subitement : Triglav se dresse de toute sa hauteur, sa cime retenant quelques nébulosités, tel un aileron de requin fendant les airs. Nous nous regardons, à demi-effrayés : « Qu’il est encore loin ! ». En revanche, le cheminement, que nous observons déjà, nous rassure quelque peu, car il consiste en une longue montée progressive, à flanc de montagne, jusqu’à « Dom Planika », le refuge situé juste en dessous de l’arrête sommitale, dont la toiture luit au soleil.

L’introduction nécessite la descente préliminaire d’un palier abrupt de 200m sous le col, sur des graillères parfois instables, et qui nous prendra un certain temps. Parvenus au point le plus bas, à proximité d’un autre refuge, « Tržaška Koca », nous troquons le lourd habillement matinal contre shorts et crèmes solaires, car désormais le soleil brille pleins feux sur nous, et nous n’allons qu’en montant.
Cette étape est assez longue et monotone. Les pieds de Dorota font mal, et nous nous arrêtons de temps à autre pour réajuster les sparadraps. « Abandonner Triglav ? Mais tu es fou ! Je saignerai des pieds, mais hors de question que je laisse filer Triglav ! ». Tout est dit...

Les quelques fois où nous nous retournons, nous admirons le col « Mišeljski Konec » par où nous sommes venus, et dont l’apparence devient de plus en plus spectaculaire à mesure que nous nous éloignons. Triglav, en revanche, n’est plus très visible, car nous sommes précisément sur son flanc. Nous dépassons une large et surprenante cuvette herbeuse ou errent quelques moutons, avant de nous élever vers « Dom Planika », que nous atteignons finalement sur le coup de 13h.



Dom Planika est une véritable fourmilière à randonneurs, partant et arrivant du Triglav. Plus qu’un refuge, c’est un endroit pour y boire le thé, voire une liqueur de prune pour ceux qui en redescendent ; on se congratule ça et là. Egalement pour y laisser les sacs, dont une pièce entière est consacrée à cet effet. Chemin faisant, j’ai moi aussi réalisé qu’il était insensé de trimbaler mon chargement de sherpa, et qu’il valait mieux faire l’aller-retour jusqu’au sommet avec le simple sac de Dorota, juste chargé en eau et appareils photo.

Après un petit repas, nous voici à notre tour dans la procession des candidats. Les brumes ont pris un peu plus possession de la cime, et masquent la vue sur le cirque en contrebas, à notre grand désarroi. Nous nous dirigeons juqu’à la base de l’arête, qui, selon mon avis très personnel, constitue la partie la plus dure. Des chaînes et barreaux sont là pour sécuriser les endroits les plus scabreux, mais la pierre est parfois instable, et il faut être attentif lors de certains pas. En revanche, parvenus sur l’arête principale, excepté le fait que le cheminement est très impressionnant, cette dernière n’oppose plus de réelle complication, en dépit de la rampe métallique installée pour les randonneurs, dont le rôle est surtout psychologique.

Nous progressons toujours dans la brume, jusqu’à un grand replat, suivit d’une légère redescente ; il s’agit de la première des « trois têtes » du Triglav, celle du milieu étant constituée par le vrai sommet. Soudain, un coup de vent écarte un amas de brume, et dévoile subitement la vue sur le versant Nord, qu’il convient d’appeler encore le « glacier du Triglav » ; ce dernier étant dans un état comparable à nos glaciers Pyrénéens. La toiture de « Dom Staniča », réplique de Dom Planika sur l’autre versant, brille en bas.
Tel le chemin du Paradis, la fin de l’arête surplombe les nuages, et la petite tourelle métallique apparaît enfin. Sur les derniers mètres, la foule grossit. Nous parvenons à nous faire une place, non loin d’un groupe de Hollandais que nous avons croisé la veille au refuge.

Nous ne sommes pas vraiment des adeptes des cimes surpeuplées, mais aujourd’hui, nous laissons de côté ces sentiments égoïstes pour nous extasier devant la classe de ce sommet. Quelle grandeur, quelle ambiance ! Triglav domine outrageusement toutes les autres montagnes, dans un rayon incalculable. Et quels précipices sous nos pieds ! Les trois vallées versant Nord, aux contreforts dolomitiques, semblent d’une profondeur insondable. Triglav mesure 2863m, mais aucun sommet de ma vie ne m’a produit telle impression. J’ai beau me remémorer quelques jolis 3000 Pyrénéens, j’ai le vague sentiment de livrer à un chauvinisme coupable...
Nous assistons à un rituel pour le moins original : il est coutume par ici, pour ceux ayant choisi une voie d’ascension nécessitant des cordes, de fouetter les « nouveaux » une fois au sommet, ces derniers acceptant gaiement le « bizutage », sous les flash d’appareils photos...

La redescente se fait doucement par la même route, nébulosités en moins. Nous regagnons finalement à 17h le refuge, après de multiples pauses. Nous y avons consacré pas moins de 4h ! Nous récupérons le gros sac et répartissons à nouveau les chargements. C’est avec un certain regret que je me re-métamorphose en éléphant ambulant...

La journée n’est pas encore terminée, car nous avons prévu de dormir au refuge situé plus bas, « Dom Vodnikov », dans la vallée qui coule au Sud-Est. Le sentier descend d’abord promptement, au gré de petits lacets. Il n’y a soudain plus personne autour de nous. Une splendide lumière de fin de journée illumine le chaînon de montagnes en face. Il n’y a que le piaillement de quelques oiseaux qui vient briser le silence absolu. Parvenus à un croisement, nous bifurquons à droite pour suivre une descente progressive, à flanc de montagne, vers le refuge.

La végétation réapparaît petit à petit. L’odeur des pins, mêlée à celle des plantes, est merveilleuse ; peut être nous produit-elle cet effet tant elle était absente durant cette journée. Dom Vodnikov, le « quartier des guides » apparaît enfin, à flanc de pente, dans une oasis de verdure, alors que les derniers rayons orangés finissent de colorer le paysage. Des sons de cloches à vaches retentissent de la prairie en contrebas, l’endroit est idyllique. Autant Koča Zasavska nous a ébloui par sa situation spectaculaire, autant Dom Vodnikov est remarquable pour le pittoresque de l’endroit. Nous savourons à nouveau ce judicieux choix, assis jusqu’au coucher de soleil, philosophant sur cette journée inoubliable et sur toutes sortes de choses.

Nous ne nous sommes pas pressés pour réserver, car il y a certainement de la place dans ce grand bâtiment, à caractère familial. La gérante, contrairement celui de Zasavska, ne parle pas un traître mot en langue étrangère, excepté quelques rudiments d’Allemand, mais elle nous attable néanmoins chaleureusement. Nous sommes dubitatifs devant la carte du menu :

« Qu’est ce que cela signifie ? Qu’y a-t-il dedans ? »
« Oui, bien sûr, nous en avons ! »
« Euh...et ça.. je veux dire, enfin... de quoi est-ce fait exactement, quels ingrédients ? »
« Oui, ça aussi nous en avons ! No problem !! »

Finalement, Dorota et moi choisissons respectivement un « Jota » et un « Vampi », sans avoir la moindre idée de ce dont il s’agit, excepté que c’est recommandé... Nos menus, de copieuses mixtures de viande et de légumes, mi-bouillie mi-soupe, s’avèrent finalement délicieuses. Nous ne partageons la chambre qu’avec deux randonneurs Allemands, extrêmement chargés : en dépit de l’interdiction, ils ont emporté avec eux une tente, et même le marteau pour enfoncer les sardines !

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Eric Visentin
Rédacteur
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