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De Dom Vodnikov aux rives de Bohinj

Rédigé le 13/04/2010 - Lu 3033 fois
De Dom Vodnikov aux rives de Bohinj - Trois jour dans le massif du Triglav

Cliquez sur la carte pour l'agrandirJe me réveille à nouveau en avance, cette fois-ci à cause des meuglements de vaches qui se sont attroupées devant le refuge durant la nuit. Je parviens à être de nouveau ponctuel au moment où le Triglav se pare de rose, et je bavarde avec un Suisse aussi contemplatif que moi jusqu’à l’arrivée du petit déjeuner.

Le retour vers Bohinj n’est qu’une formalité depuis ici, mais nous avons choisi de compliquer un peu l’itinéraire, pour visiter quelques endroits secrets. Plutôt que de suivre le sentier-autoroute, nous allons basculer vers une vallée voisine moins fréquentée, au centre de laquelle se situe « Planina v Lazu ». J’ai découvert l’existence de cet endroit par hasard, en m’amusant à taper des noms de lieux de la carte sur Google, avant de partir, et les photos m’ont immédiatement donné le coup de foudre.

Planina v Lazu est une sorte de vaste clairière au centre de laquelle se situe un village d’estives, dans le style du Moudang Pyrénéen, fait de maisonnettes en bois dans le plus pur style régional, toutes mignonnettes.
Bien qu’exténuée, les ampoules de ses talons charcutées, Dorota finit par adhérer à cette idée, sachant que nous aurions tout notre temps pour cette modeste dernière étape.



En contrebas du refuge, dans la prairie des vaches, se situe une petite ferme. « sýr & mléko » indique l’écriteau. Sans mes rudiments de Polonais, je n’aurais pas eu la moindre idée de la signification. Mais voilà que nous pensons instantanément à la même chose... Quelques minutes plus tard, nous ressortons avec une jolie part de fromage Slovène ! Le paysan nous salue gaiement alors que nous nous éloignons.

Nous longeons le fond plat de la cuvette, pelouse tendre où le cours d’eau trace de jolis méandres, avant de nous élever provisoirement pour rebasculer dans la vallée voisine. Il n’y a pas un chat. Alors que je marche en tête, je tombe brusquement nez à nez avec un splendide chamois, au poil sombre et à l’allure vigoureuse, prêt à détaler en bondissant. Aussi stupéfait que moi, ce dernier reste immobile durant une demi-minute, me dévisageant. Ce n’est qu’au moment où je songe à saisir mon appareil que, lisant ma pensée, il disparaît en une fraction de seconde.

Tout en haut, sur le col, c’est au tour de Dorota de tomber sur une manifestation éblouissante de la nature : des mètres carrés entiers couverts d’edelweiss ! Nous ne résistons pas à l’envie de garder en souvenir l’une de ces délicates fleurs cotonneuses...
La canicule pèse, nous faisons une pause méritée sur un passage rocailleux en haut du col, dans un décor de pâturages et d’éboulis assez complexe et anonyme. Je distingue au loin une tâche rousse, qui bouge. « une vache ? » « un nouveau chamois ? » « un ours ? ». Toutes les hypothèses sont évoquées. L’animal s’avère finalement être un viel homme torse-nu, qui scrute les environs avec ses jumelles. . Nous sommes invités quelques instants à partager son activité. « Vous voyez, là, ces vautours ? Et là, ici, dans la paroi ? » Alors que nous décidons une nouvelle pause, ce dernier repart avant nous à un train d’enfer.



Nous parvenons finalement à « Planina v Lazu », à l’issue d’une petite descente. De l’animation règne : des gens s’affairent autour, certains sont attablés dehors; des enfants courent, des randonneurs errent au gré des maisons. C’est lorsque nous choisissons un banc à l’ombre, que quelqu’un nous interpelle : « venez goûter ! »

Le viel homme aux jumelles est attablé avec un bol, et fait des signes de la main. « Le lait est bon, venez ! ». Dorota hésite, mais je me lance. Une vielle femme d’un certain âge sort avec un bol pour moi. Bossue, voûtée par des années de travail, elle a un visage néanmoins magnifique, les joues rouges, le sourire débordant de générosité et de bienveillance. Mon lait est plutôt une sorte de yaourt liquide, ayant un peu fermenté, mais pas mauvais du tout.

Plus loin, nous sommes intrigués par une autre cabane, devant l’entrée de laquelle sèchent au soleil d’étranges cylindres de bois plats. Devant notre perplexité, un homme nous invite à entrer, et nous explique comment ces calibres lui servent à presser des fromages de diamètres divers. Nous finissons par repartir, satisfait de ce détour ayant permis cette parenthèse culturelle.

Plus bas se situe un autre endroit qui avait suscité ma curiosité, vers lequel nous nous dirigeons. « Jezero na Planini » est encore un lac, un Nième dans le massif du Triglav, situé complètement en forêt. Une vaste pelouse descend vers son rivage en forme de plage. L’endroit est accueillant et fort beau, avec quelques vielles fermes en bois avoisinantes. Nous nous arrêtons dans le refuge à proximité pour acheter une bouteille d’eau minérale.



C’est avec encore plus de réticences que nous nous remettons en route sur le chemin de la descente ; les pieds de Dorota commencent à souffrir excessivement de la pente, mes jambes commencent également à accuser le coup. Nous parvenons à Planina Blato, encore une clairière avec des fermes située un cran plus bas, à la différence que ce dernier endroit est desservi par une piste, sur laquelle quelques véhicules sont garés.

« Je n’en peux plus ! » s’écrie Dorota, jetant le sac, le regard éperdu devant la longueur de piste qu’il nous reste encore à descendre en sous-bois pour regagner Stara Fužina... C’est alors que retentit un pétaradement, arrivant droit derrière nous. Le conducteur du scooter n’est autre que le vieil homme aux jumelles. « Fatigués, hein ? ». Notre désarroi en dit certainement long, car avant que nous ayons eu le temps de répondre, il part s’adresser à un groupe de trois vielles personnes, qui sont en train de charger le coffre d’une auto avec des cageots, et qu’il connaît visiblement : « Mais montez donc ! ».

Certes, une montagne n’est pas entièrement gravie si elle n’est pas entièrement redescendue, mais nous n’en demandions pas tant. Nous voici instantanément assis, sacs sur nos genoux, serrés à trois derrière. « J’ai travaillé en Angleterre », nous explique le conducteur, dans un anglais très correct, tandis que la conversation se lance.

Comme convenu, ils nous déposent devant le pont de Stara Fužina, devant notre véhicule. Triglav nous salue une dernière fois là haut, brillant au soleil, immensément loin. Dans un élan de joie, nous sautons dans les bras l’un de l’autre, savourant cet indescriptible sentiment d’accomplissement.



Nous passons le reste de la soirée à vagabonder en sandales sur les rives ensoleillées du grand lac de Bohinj. La statue du « Zlatorog », au dessus de l’eau émeraude, regarde fièrement le Triglav, la montagne des Slovènes. La légende dit que ce « Chamois d’or » immortel, gardien d’un trésor caché, porte malheur à tous les braconniers qui tentent de le chasser. J’essaie de me persuader que c’est lui que j’ai croisé.

A défaut d’avoir dérobé son trésor, j’ai la certitude d’avoir adopté les montagnes Slovènes. Celles de Pologne ont beau être très belles et me plaire aussi, quelque chose me manquait pourtant inlassablement. Cocktail fait d’odeurs, de lumières, d’authenticité tout à la fois, don que je croyais uniquement réservé aux Pyrénées.
J’ai trouvé dans les montagnes Slovènes la dose de « méridionalité » qui me manquait, qui m’a tant fait rêver durant les longs mois d’hiver. La culture me plait aussi, elle représente à mes yeux l’amalgame parfait entre l’ordre de l’Autrichien, la décontraction de l’Italien et l’hospitalité du Slave.

De là où nous habitons, venir en Slovénie ne représente guère plus qu’un trajet Paris-Agen en voiture. C’est décidé, les montagnes Slovènes sont à moi, ce sera ma patrie de rechange.

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Eric Visentin
Rédacteur
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