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Cirques et Canyons du Mont Perdu

Rédigé le 08/10/2016 - Lu 7923 fois
Cirques et Canyons du Mont PerduCourt récit de 6 jours, dans le massif franco-espagnol de Gavarnie – Mont Perdu. Randonnée sans portage, avec accompagnateur. Cette randonnée permet de sillonner des sites d'une incroyable beauté : immenses cirques glaciaires de Gavarnie, Troumouse et Barrosa, gigantesques canyons d'Ordesa, de Niscle et d'Escuain. Dépaysement garanti.
Cet article se compose de plusieurs pages à retrouver à la fin de l'article !

Cirque de Barrosa

Par un temps mitigé, nous étions neuf attablés à la terrasse d'une brasserie de Saint-Lary Soulan. Nous nous connaissions à peine depuis notre rencontre le matin même à Lourdes, point de ralliement du groupe. A tour de rôle, devions-nous nous présenter en quelques mots, tandis qu'une femme servait notre commande.

Il était 11 heures passées. Mon goût des grands espaces s'est accentué au fil des années et de mes vagabondages à l'instar d'une envie pressante d'évasion. Ainsi étions-nous réunis pour accomplir, dans une semi itinérance, le contour du massif franco-espagnol de Gavarnie. Intitulé "Cirques et Canyons du Mont Perdu, patrimoine mondial de l'humanité", ce séjour de six jours et cinq nuits allait s'accomplir avec encadrement par Natura.

Notre groupe se composait de huit participants, dont la majorité des femmes, et de l'accompagnateur Franck, "un enfant du pays". Attirés par l'amour des voyages pédestres et des paysages montagneux, nous allions être confronté sans crainte à une promiscuité quotidienne.

Après notre pot d'accueil à Saint-Lary Soulan, nous partîmes en camionnette rejoindre la frontière espagnole. Ici, le franchissement s'effectue par le tunnel d'Aragnouet-Bielsa, long de trois kilomètres et en sens de circulation alternée. A l'approche de 13 heures, nous voilà en Espagne. Nouveau versant pyrénéen, nouveau tableau paysager. A regrets, le ciel encombré de semences nuageuses, côté français, nous avait précédé. L'atmosphère humide reflétait une tendance pluvieuse. Nous étions loin de l'idée que nous nous faisions du climat tropical de ce côté-ci.

A l'origine, je devais partir en itinérance complète sur le GR 10, depuis Saint-Sauveur jusqu'à Couflens, toujours avec Natura. Le manque d'inscrits pour ces deux semaines m'a contraint à revoir mon organisation et de prévoir une nouvelle destination à dix jours de mon départ effectif.

Le choix s'est porté sur ce massif de Gavarnie, inscrit sur la liste de "Patrimoine Mondial" au titre de paysage naturel et culturel. Une agréable compensation à hauteur de sa réputation.

Aux abords d'une départementale, nous nous arrêtâmes sur un terre plein pour s'enfoncer, à pied, dans les broussailles. Un coin où déjeuner fut trouvé, proche d'une rivière et d'un moulin abandonné. Nous commencions peu à peu à faire connaissance.

En début d'après-midi, nous amorcions une mise en jambe en direction du cirque de Barrosa, le long du torrent du même nom. Des parois rocheuses nous entouraient. Pour atteindre le cirque, il faut remonter la haute vallée du Rio Barrosa, à travers une pinède bien fournie. Le sentier au début se gravit en lacets, ensuite il nous fait découvrir de vastes pâturages où paissent des vaches. Différents cairns parsèment notre route. Nous dépassions aussi quelques ruines insignifiantes.

Avec bonheur, nous furent observateurs attentifs de quelques marmottes et d'isards non farouches, qui prennent l'habitude de circuler sur des pentes descendantes. Ainsi chacun de nous s'affairait à admirer, consigner, scruter le moindre détail d'un monde nouveau.

Par de larges enjambées, nous traversions le lit du torrent, naviguant parfois entre de gros blocs de rocher de granite blanc. Au bord du chemin, dans des ronces, une halte-gourmandise s'imposait pour aller cueillir des petites fraises.

Finalement, le cirque de Barrosa, celui-là même qui fut l'objet de notre excursion du jour, apparut majestueusement à nos pupilles ébahies.

Cirque glaciaire, il est le point central de la chaîne des Pyrénées, en Haut-Aragon. Il personnifie la frontière avec la France puisque, sur l'autre versant, côté français, s'étire le cirque de Troumouse.

Aux abords de la cabane de Barrosa (1750 mètres), remise théoriquement en état en 2005, une vaste pelouse nous encerclait. Nous reposâmes nos postérieurs pour une pause bien gagnée. L'intérieur de la cabane est effrayante : plongée dans l'obscurité, elle exprimait un abandon lointain ou prolongé. L'odeur nauséabonde se dégageant du sol poussiéreux et des poutres pourries, reflétait le manque de soins ; sans doute les vaches aragonaises s'y donnent rendez-vous pour y faire leurs besoins ? Aucun mobilier, cela sentait trop le renfermé. Difficile pour un randonneur d'être attiré par un tel refuge la nuit venue.

Le soleil timide peinait à illuminer la falaise sud du cirque, alors que le Pic de la Munia (3133 mètres) se rendait visible uniquement sous des reflets sombres et nuageux. Sur les pentes du cirque, à deux cents mètres de la cabane, une colonie d'isards entamait une ascension. Nous la suivions du bout de nos jumelles.

Depuis notre modeste altitude, nous contemplions la vallée que nous venions de gravir. Vers l'aval, elle évoque un bassin en forme de U. Moins de trente minutes après notre installation, il nous fallut déjà redescendre. Au lieu d'emprunter le même itinéraire qu'à l'aller, devions-nous franchir un petit pont en bois au-dessous duquel s'écoulait fébrilement le Rio Barrosa. Depuis la rive opposée, nous commencions à nous enfoncer avec prudence dans la forêt. Une heure suffirent à la traverser et rejoindre un plateau herbeux à ciel ouvert. Notre circuit s'achevait à 18 heures passées, au moment de remonter dans la camionnette de Natura. Compte tenu des précipitations des jours précédents, notre moyen de transport s'était enlisé dans le sol humide. Manches retroussées, nous avons dû pousser jusqu'au bord de la route.

Après avoir vu défiler, au-delà des vitres, une succession de canyons et de montagnes au sommet neigeux, nous parvînmes à Bestué. Accessible par une mince route en lacets, ce village isolé est perché à une altitude de 1200 mètres. La pierre est reine en ce lieu coupé par le GR15. Ici les cinémas sont inexistants, ainsi que la folie des supermarchés. Une forme de solitude apaisante, cerné par un paysage montagneux, faisait de cet endroit un havre de paix. Son aspect "tout en pierre" est caractéristique de la région. Et sa force est de laisser au randonneur de passage une réelle impression de retour à une autre époque.

Dès notre arrivée à Bestué, certains d'entre-nous se vouèrent à un exercice que je qualifierai d'insolite, si personne ne met l'observateur dans la confidence. Les bras tendus contre un muret de pierre, le dos semi voûté, ils étiraient leurs membres, les contractaient, les soulageaient.

Notre gite-auberge, "Treserols", était en haut d'une petite allée de terre. Tenu par des jeunes espagnols, l'établissement est soigné, intimiste. Sur deux étages, les dortoirs offrent confort, sérénité et un espace conviviale. Les filles occupèrent le premier étage, tandis que les trois hommes restants s'étalèrent sur les six lits du second – un luxe ! Ce second étage donne la garantie d'une vue splendide sur un environnement alpin. Une telle répartition du panorama peut vous plonger dans une profonde réflexion et vous laisser admiratif.

Autour d'une bière fraîche, un repos assuré nous réunit, avant le dîner, sur une modeste terrasse. S'ensuivit une courte promenade dans ce village en pierre de taille et toits d'ardoise, afin de nous imprégner du paysage espagnol. Avec étonnement, nous remarquions des barreaux aux fenêtres de quelques maisons, témoin discret d'une ancienne fortification. Au fil de la balade, la voûte céleste s'élargissait en une étendue bleutée. Exit les nuages ! Bonjour la forte luminosité !

Le repas du soir fut simple, composé de salades à assaisonner soi-même et d'une charcuterie. A la nuit venue, le parler des deux gérants vibre et tonne. Curieux contraste entre la volonté de réussite par "de jeunes cadres dynamiques" et ces tenanciers se contentant d'une simple existence campagnarde ! Il suffit de se rendre dans la petite cour, à l'entrée, pour obtenir un semblant de réponse :) D'ailleurs, dans nos rares conversations avec eux, nous n'avons peu eu à nous plaindre d'un quelconque obstacle linguistique : nos tentatives de compréhension mutuelle, en effet, passaient par les gestes, l'intonation de la voix... Le langage universel !

L'altitude de ce gite parvient à faire basculer n'importe quelle fatigue récurrente vers un sommeil nocturne des plus réparateurs.

Fiche hébergement

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Philippe Manaël
Rédacteur
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Photographe passionné, je suis également auteur de romans d'aventures. Sensibilisé aux Reflex dès 2002, grâce à l'acquisition d'un Pentax MZ-50, j'ai vite évolué vers les Nikon, en octobre 2004. Le F80 est idéal pour ...
 


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