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Interview Laurent Granier et Aurélie Derreumaux – Tour de France à pied

Rédigé le 05/06/2013 - Lu 6273 fois
Interview Laurent Granier et Aurélie Derreumaux – Tour de France à piedInterview d’Aurélie Derreumaux et Laurent Granier, auteurs d’un Tour de France à pied au plus près des frontières. I-Trekkings les a rencontré en Bretagne alors que nous étions en reportage sur le GR34 en Bretagne. Ils reviennent sur leur aventure et nous parlent des publications qui vont sortir prochainement.

Si vous aimez la randonnée, vous avez sans doute entendu parler du Tour de France à pied d'Aurélie Derreumaux et Laurent Granier. Une aventure qu'ils ont bouclé en août 2012. Depuis un carnet de voyage est sorti aux éditions Solar : Le Tour de France à pied - 6000 km le long des frontières. Mais d'autres projets vont sortir à l'automne 2013 : un ouvrage pour enfants et un livres de photos aux éditions Glénat en attendant le film.

Pour I-Trekkings, ils reviennent sur leur périple d'un an qui les a conduit à faire le Tour de France à pied.

 

On peut commencer par l'origine du projet. Je crois que c'était toi Laurent ?

Laurent : Oui, comme j'allais souvent marcher et courir dans le coin sur le GR34, je ne m'étais jamais posé la question de savoir d'où il partait et où il finissait. J'ai commencé à me renseigner, et j'ai su qu'il allait du Mont St Michel à l'estuaire de la Loire sur 1600 km. Ensuite, j'ai regardé tous les GR, le GR du Cotentin, le GR5, la traversée du Jura et des Alpes, le GR 10, etc. Et je me suis dit que ça serait assez facile de mettre bout à bout tous ces sentiers. Et puis, je trouvais que c'était un idée intéressante de faire le tour de son propre pays. J'avais vu aussi qu'il y avait peu d'histoires où quelqu’un avait fait intégralement le tour de France à pied, notamment le long des frontières.

Nous sommes allées à Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, et à la soirée France 5. Nous y avons rencontré Georges Pernoud. On lui a dit qu'on ferait bien le tour de France à pied, et il nous a dit « tiens, c'est marrant car c'est une vieille idée que j'ai depuis longtemps, et j'ai jamais trouvé de gens pour le faire ». Ils nous a dit banco, et ça nous a permis ensuite de trouver d'autres partenaires dans ce projet.

Justement les partenaires, c'était une idée dès le départ ?

Laurent : Il fallait qu'on trouve un financement. On n'avait pas un centime, pas un partenaire. Et comme on était tous les deux salariés à l'époque, on n'avait pas trop le temps de démarcher. Thalassa a été un beau moteur pour trouver d’autres partenaires.

Aurélie : L'idée c'était de ne pas vivre cette aventure que pour nous. Mais de la rendre utile à d'autres. Quitte à se faire 6000 bornes en France, autant que ça serve à quelqu’un. On a la chance de pouvoir marcher. D'où Handicap International.

Laurent : Ils ont tout de suite adhéré à notre projet. Et de là, on a trouvé d'autres partenariats : Terre d'Aventures, la FFFRandonnée, Garmin, Michelin.

Aurélie : Géo Ado aussi. Tous les mois on avait une double page dans Géo ado. Notre projet avait 3 objectifs : l'aspect solidaire avec Handicap international, l'aspect aventure dans notre propre pays. On a 35 ans, on a parcouru le monde, et on connait pratiquement mieux le Pérou que la France. Nous n’étions jamais allés dans le Cotentin avant notre Tour de France par exemple. Et puis le 3ème aspect, c'était de partager ce projet avec le plus de gens possible. C’est pour cette raison qu’on souhaitait dormir chez des gens.

Laurent : On a aussi souhaité être proche des gens aussi via le site internet. On nous suivait grâce à la géolocalisation et on venait nous rejoindre pour marcher un bout de chemin ensemble. Parfois, c'était assez étonnant car certaines personnes se sont mises à nous faire la surprise de nous retrouver sans nous prévenir à l'avance. Quand on s'est lancé dans le projet, on s'est rapidement rendu compte que la marche était un sport majoritairement pratiquée par des gens âgés, en particulier à la FFRandonnée. Mais ce qui est assez marrant avec notre voyage, c'est que comme on est jeunes, on a touché une population très large.

Et pas forcément randonneuse...

Aurélie : C'est ça qui est top. Vu qu'on avait plusieurs sujets, on s'est rendus compte que le projet touchait plein de personnes différentes. Que ça soit par la marche, le voyage, le couple parisien qui plaque tout...

Laurent : C'est vrai qu'on a touché une population extrêmement large. De nombreuses personnes nous ont hébergé, de toute catégorie sociale et de tout âge. On a dormi dans des palaces avec vue à 180° sur la mer, et puis dans des petites bicoques de pêcheurs au fin fond du Finistère. Et au final, le contact était aussi facile. Qu'ils soient pauvres ou riches, éduqués ou pas, sportifs ou pas sportifs. Il y avait toujours un point commun. C'est ça quie était génial !

J'ai l'impression que vous n'avez pas trop cherché d'hébergements...

Laurent : Ah non, on a eu plus de 600 propositions d'hébergements !

Aurélie : Au début, ça s'est lancé doucement. On a dû aller toquer chez les gens. Et puis, le bouche à oreilles a fait son effet : il y a avait toujours un cousin, une tante, une amie, un peu plus loin, qui pouvait nous recevoir dans toute la France.

Et ça n'était pas forcément gagné. Parce que ça c'était déjà fait à l'étranger. Les Poussin l'avait fait sur leur traversée de l’Afrique mais en France...

Laurent : Je l'avais déjà fait aussi. Mais la différence, c'était le lien internet. Les gens pouvaient s'inscrire sur le blog pour nous accueillir. On a commencé à Bray-Dunes, au nord de Dunkerque, à la frontière belge. Il y avait 80 personnes à notre départ. Et on a dit « bon qui nous héberge ce soir ? ». Et là, il y a des mains qui se sont levées et on est allés dormir chez des gens qu'on ne connaissait pas. Ça a commencé comme ça. En fait, tu connais toujours quelqu’un qui habite 30 km plus loin. Mais on est resté très souvent aussi dans des espèces de réseaux. Dans le Finistère Sud, on dormait chez des surfers qui nous avait entendu sur Thalassa ou France Info. Il y a même un gars qui nous dit un jour « venez dormir chez moi. Je me suis engueulé avec ma nana, on s'est séparé, donc je vais sans doute aller me bourrer la gueule ce soir avec des copains. Mais bon faites comme chez vous, laissez la clef dans la boîte aux lettres ».

On dit que les français peuvent être un petit peu recroquevillés sur eux-mêmes. Mais nous, on a découvert une France super accueillante, qui ouvre ses portes. Un exemple : dans le Cotentin, on arrive vers 8-9 heures du soir, en pleine campagne. Il n’y avait pas de lumière, on était avec nos lampes torches, c'était la morte saison. Et puis, on voit une petite bicoque avec de la lumière. On sonne. Une femme seule et sa petite fille, parce que son mari était parti en déplacement professionnel, nous ouvre. Elle aurait pu avoir la trouille. Et bien non, elle nous fait des coquillettes, à la bonne franquette. On passe une super soirée avec elles. Elle était infirmière ; elle est partie super tôt le lendemain matin et elle nous a laissé un message « je rentre vers 11h00. Si vous êtes encore là tant mieux, si vous n’êtes plus là, laissez la clef dans la boîte aux lettres ».

Dans le genre rencontres insolites, il y a eu aussi ce couple échangiste...

Aurélie : Pour la petite histoire, dans le livre, on les a déplacés. L'histoire ne s'est pas du tout passée en Méditerranée mais dans une autre région. C’est aussi une histoire très touchante. En l'occurrence, le couple n'avait pas réussi à avoir d'enfant et avait un peu vrillé dans l'échangisme cuir et latex. On s'est retrouvé dans la chambre d'amis avec des photos de madame en porte-jarretelles, en tenue de soubrette, les seins à l'air, avec la cravache. Une dame de près de la soixantaine. Et puis, sur l'ordinateur il y avait tous les onglets d'échangisme, de pornographie ouverts.

Laurent : Ils étaient agréables, comme des grands-parents. Ils n'avaient absolument pas l'intention de nous proposer quoique ce soit, mais par contre ils assumaient complètement cette vie de libertinage.

Ce qui ressort de votre livre, c'est qu'on s'attend à lire un ouvrage de rando et au final c'est un livre qui parle des autres. Le titre ça m'a fait pensé à « Bienvenue chez les ch'tis »...

Laurent : Oui, un mélange de « Bienvenue chez les Ch'tis » et de « J'irai dormir chez vous ».

Aurélie : Et en même temps « Bienvenue chez vous », c'est vraiment comme ça qu'on ressentait les choses quand les gens nous accueillaient chez eux. Et c'est aussi comme ça qu'on voulait les transmettre.

Laurent : Il y a des tas de livres sur le côté philosophique de la marche. Nous, on voulait plus en faire un bouquin hyper humain, sur la rencontre, qui soit drôle et qui fasse réagir.

Aurélie : On n'a pas voulu ça d'une manière « fleuve ». On a cassé le truc avec des anecdotes.

Au moment où vous êtes partis, vous saviez déjà exactement ce que vous alliez produire derrière ? Film, livres ?

Laurent : A chaque fois qu'on fait une expé, on essaye d'avoir une série de films, le récit, le livre de photos, le livre jeunesse, et éventuellement la BD. Et les conférences et expos qui vont avec.

Aurélie : Quand on a démarré, on avait juste un web doc pour Thalassa qui était signé.

Laurent : Le reste est venu en cours du parcours.

Aurélie : L'idée du livre jeunesse, on y a pensé pendant le tour de France. Moi j'avais déjà fait un ouvrage pour enfants avec Belin. On les a contactés, c'était juste une évidence.

Laurent : Et Glénat, je fais déjà de la BD avec eux.

Laurent, tu fais de la bd, tu dessines ?

Laurent : Non je fais du scénario. Ma prochaine BD, le tome 1 de « Inca » sort le 19 juin. J'ai filmé 6000 bornes sur la route Incas, j'ai réfléchi à un scénario pendant cette longue marche. Et là, ça voit le jour chez Glénat. C'est une saga historique en 5 tomes qui mélange conquistadors, incas, bien sûr l'Amazonie, la richesse des incas qui sont planquées, etc...

Qu'est ce qu'on va retrouver dans l’ouvrage pour enfants ?

Aurélie : C'est basé sur notre itinéraire et notre marche. Il y aura donc une partie récit qui raconte un tas de petites anecdotes. A chaque fois, on aborde les sujets géographie, faune, flore, gastronomie, sports, professions...

C’est un outil pédagogique...

Laurent : C'est exactement ça. C'est un manuel qui est calé sur le programme des écoles. C’est une version moderne d’un vieux bouquin qui s'appelle « Le tour de France par deux enfants » qui a été édité par Belin. Tous les professeurs le connaissent car on se le passait d’une génération à une autre pendant très longtemps. 10 millions d'exemplaires ont été vendus. Notre ouvrage, c'est vraiment « découvre la France à travers l'aventure d'Aurélie et Laurent ». On sert de fil rouge pour inviter les enfants à découvrir la culture, la nourriture, les vêtements, les sports. C'est un ouvrage de 180 pages, avec un gros travail de graphisme et beaucoup de recherches sur l'histoire, la géographie. La sortie est prévue pour le 15 septembre.

 Extrait de l'ouvrage le Tour de France à pied

Et il y a aussi un ouvrage chez Glénat qui doit sortir en septembre...

Laurent : Oui, son titre sera « Le Tour de France à pied ». c'est un ouvrage carré avec plein de photos, des textes courts, des légendes sympas et des citations. On reprend le principe des messages qu'on nous a envoyés.

Aurélie : C’est un ouvrage qui devrait plaire car beaucoup de monde est attaché à un bout de mer ou de montagne.

A peu près au même moment que votre Tour de France, il y avait Lionel Daudet qui faisait son tour

Laurent : Il est parti 3 jours avant vous. Son projet était carrément plus sportif mais il avait grosso modo le même itinéraire.

Vous suiviez un peu ce qu'il faisait ?

Laurent : Oui, mais lui faisait du multi-sports, et puis de la très haute montagne. C'est incroyable ce qu'il est arrivé à faire.

Aurélie : J'étais persuadé qu'on allait se croiser et puis finalement non, il était toujours derrière nous. Il est resté coincé très longtemps au niveau des Pyrénées qui étaient très enneigés.

Laurent : Il a mis beaucoup plus de temps que nous. Il a terminé en novembre avec quasiment 3-4 mois de retard. Alors que bizarrement, je pensais qu'il allait allé très vite avec son vtt.

Plus d’infos sur le Tour de France à pied : http://tourdefranceapied.com/ - Toutes les vidéos sur Dailymotion

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Grégory Rohart
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Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer les populations locales. Je marche aussi bien s...