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Interview Sylvain Bazin, le pèlerin qui court vers Saint-Jacques de Compostelle

Rédigé le 08/10/2013 - Lu 3559 fois
Interview Sylvain Bazin, le pèlerin qui court vers Saint-Jacques de CompostelleRencontre avec Sylvain Bazin, traileur-voyageur infatigable, qui vient de publier Pèlerin express, un ouvrage sur son trail running vers Saint-Jacques de Compostelle. Ce voyage autant spirituel que sportif fait partie intégrante du projet « Terdav World Tour » qui consiste à parcourir les grands sentiers de la planète en fast hiking. Mais pourquoi court-il ? Réponses...

Peux-tu présenter ton projet « Terdav World Tour » ?

Le Trail World Tour, c'est un « tour du monde » des grands chemins de randonnée, réalisé sur plusieurs années, en accomplissant, sur le mode de la randonnée rapide (rando-course ou fast hiking comme on dit maintenant) en autonomie (je porte un sac à dos et n'ai aucune assistance qui me suit), entre deux et trois de ces itinérances de 1000 à 3000 kilomètres chacune par an. Il a commencé en 2012, par le Saint-Jacques de Compostelle, puis s'est poursuivi par la Great Himalaya Trail, le chemin des 88 Temples au Japon et je repars le mois prochain sur la Via Francigena entre Canterburry et Rome.

Ces chemins sont finalement surtout historiques et c'est ceux là qui m'attirent le plus. J'aime mettre mes pas dans ceux des pèlerins qui ont creusé ces sillons à travers les siècles. Les chemins de pèlerinage me paraissent aussi très variés sur le plan du paysage et « animés » par les monuments religieux qui ponctuent ces voyages à pied. Car si je veux garder une dimension sportive, ou en tout cas de défi physique, à ces périples, c'est avant tout pour « être dans le voyage » que je pars ainsi. Je pense aussi que je me situe mieux dans l'esprit d'un pèlerin, en tous cas d'une certaine recherche disons « de sens » (pour ne pas dire spirituelle), en parcourant des distances assez longues chaque jour et en me situant ainsi dans une certaine forme de dépassement. Même si chacun peut trouver ce qu'il cherche sur ces chemins et l'aborder comme il l'entend, notamment sur le Saint-Jacques, il me semble que l'aborder comme une simple balade touristique n'est pas forcément plus dans « l'esprit » du chemin. Après, faire 20, 35 ou 60 kilomètres par jour, c'est aussi une question de condition physique. Sur le Saint-Jacques, j'ai rencontré beaucoup de marcheurs bien plus fatigués que moi qui se soumettaient un vrai défi personnel pour aller au bout du chemin.

Sylvain Bazin, auteur de Pèlerin Express : Les Chemins de Compostelle en courant

L'autre versant de ce Trail World Tour c'est l'aspect communication et partage. Chaque soir, sauf quand vraiment les conditions ne me le permettent pas, je rédige un récit de ma journée de marche et le publie sur mon blog. Les réseaux sociaux et les sites des partenaires relaient également l'aventure. C'est un aspect qui va vraiment de paire avec l'accomplissement de la randonnée, car c'est aussi parfois un défi, ou en tous cas une discipline, que d'écrire et de communiquer. Mais j'aime vraiment cet aspect, qui peut sembler à certains « puristes » (je n'aime pas ce mot et tous les « apparatchiks » des chemins) futile et commercial, mais qui pour moi fait partie de ma démarche. C'est une retranscription, un partage, un part de la création qui se rattache à mes voyages à pied. Et puis, je pars seul et maintenir ces échanges via Internet m'aide aussi! Enfin, « l'aboutissement » de tout cela, c'est la réalisation de livres. Le premier, Pèlerin Express, vient de paraître.

En 2013, je pense parcourir la Via Della Plata, une traversée des Carpates (ou la Via Domitia, en fonction du temps et des partenaires), et le chemin des Apalaches au Canada. Il faut d'ailleurs que je trouve à nouveau des partenaires pour ces prochains périples car outre le fait que j'aime bien y associer des gens qui croient en moi et s'associent à ma démarche, je ne peux me permettre de partir deux mois sans finances, mon métier de journaliste ne m'offre pas cette possibilité.

P6, tu dis « Tous les enfants courent, moi je n'ai juste jamais arrêté. » Sais-tu après quoi tu cours ?

C'est une phrase qui me revient souvent pour expliquer ma passion pour la course et plus généralement pour le déplacement à pied. Je pense effectivement que tous les enfants courent, dans les jeux, au quotidien, avant souvent de devenir des adolescents qui ne veulent plus mettre un pied devant l'autre. Je suis passé directement des jeux d'enfance, des parties de foot entre copains et des « chasses à l'homme », aux compétitions d'athlétisme, que j'ai débuté à l'âge de onze ans. Je n'ai jamais cessé de courir depuis, même si ma pratique a toujours beaucoup évolué.

Je ne sais pas forcément après quoi je cours, mais la course est vite devenu un élément constitutif de ma vie, de ma personnalité. C'est tellement plus complexe que de courir à pied... c'est un mode de vie, presque une philosophie. Socialement, ça m'a pas mal construit. Un peu en décalage bien souvent, mais construit. J'étais et je reste un passionné d'histoire de la course à pied, qui révèle des personnalités très fortes. Et puis quand on est en forme, l'adéquation qui peut se créer entre vous, la course, l'état d'esprit et le paysage qui vous environne est une expérience assez unique sur un plan sensoriel et spirituel. Une vraie communion je pense.

Parlons plus de ton chemins de Compostelle, quelles attentes tu en avais ? Comment en es-tu ressorti ?

Compostelle, c'était bien entendu un parcours très symbolique, un chemin qui s'imposait pour débuter ce projet multifaces. Cela me permettait par exemple de débuter ce « tour du monde » symboliquement en partant de chez moi, comme le faisaient les pèlerins médiévaux. Même si la notion de « chez moi » est assez relative dans mon cas, partir d'Aix-les-Bains qui est mon camp de base depuis trois ans me permettait aussi de rejoindre le circuit du Puy qui m'attirait bien aussi pour ses paysages. Mes attentes étaient nombreuses finalement. Un voyage global, à la recherche de moi-même, d'un sens, il faut bien le dire, et à la rencontre des autres et du paysage. Sur le moment, c'était aussi une vraie respiration dans une années 2012 souvent difficile, très difficile même, pour moi sur un plan personnel, « à cause des gazelles » comme diraient mes amis marocains...

J'en suis ressorti je pense enrichi du chemin, de ses rencontres et ses sensations, heureux aussi de l'avoir accompli comme je l'espérais. C'est une expérience forte. Je ne sais pas si je peux dire que je suis « un homme nouveau » au sortir de ce chemin, mais en tous cas je garderai toujours un souvenir très profond de ce voyage, à la fois initiatique et d'aboutissement. Cela dit, je suis encore renforcé dans ma conviction que ma vraie place est sur les chemins et que je ne m'exprime jamais aussi bien qu'en cheminant ainsi, après mon périple vers Saint-Jacques. J'y ai eu l'impression de vivre vraiment, même si le retour dans un quotidien un peu plus classique reste heureusement nécessaire.

Finalement c'était plus un défi physique, un voyage ou un chemin de pèlerinage ?

Les trois dimensions sont pour moi intimement mêlées. Je pense d'ailleurs en cela ne pas trahir du tout l'esprit des pèlerins historiques, même si l'aspect « purement religieux » est chez moi moins direct. Mais dans le cheminement, le voyage est forcément là, et l'aspect « découverte » m'attire bien évidemment et mes souvenirs sont aussi très liés aux rencontres et aux lieux traversés. Quant au défi physique, je pense qu'il est parti intégrante de l'aspect recherche spirituelle et pèlerinage. Les pèlerins, il me semble, recherche une forme d'absolution à travers leur quête, qui se traduisait par un important chemin réalisé à pied, par l'effort physique finalement. De même, sur le chemin des 88 temples, sans être du tout un spécialiste du bouddhisme, je pense que les longues distances que j'accomplissais se rapprocher, modestement, de l'entraînement ascétique.

Tu as croisé pas mal de nationalités, ce sont les allemands que tu sembles le moins appréciés...

C'est totalement fortuit! J'avais rencontré des allemandes sympathiques sur la partie française. Ce sont surtout les groupes germaniques qui ronflent très fort et qui se permettent de réveiller ensuite tout le monde dès cinq heure du matin, alors que rien ne justifie un départ aussi précoce, en Espagne, qui m'avaient un peu énervés. Mais je n'ai absolument aucun a priori et j'aime beaucoup bien des allemands!

Page 102, tu parles de Saint-Jacques comme d'une usine à pèlerins. Peux-tu développer ?

Non, je parle ici de certaines auberges spécialisées en Espagne qui fournissent d'immenses dortoirs et des menus « types » spécialement conçues pour accueillir un très grand nombre de pèlerins lors des périodes d'affluence, où le service est minimum, l'accueil presque inexistant et qui m'ont vraiment paru être des « usines à pèlerins ». C'est pas chère, mais pas très agréable non plus. Enfin je ne regrette pas l'expérience non plus, ça fait partie du Saint-Jacques. Sinon non, je ne trouve pas que le Saint-Jacques soit une usine à pèlerin. Certaines portions sont bien empruntées, d'autres presque désertes. J'ai aimé cette alternance.

Certains passages espagnols comme la « Meseta » ne sont pas très attractifs sur le plan du paysage. Comment passer le temps ?

C'est vrai, la dernière partie de la Meseta, certains passages de la Rioja et les abords des grandes villes espagnoles ne sont guère réjouissantes. Des endroits où l'on aurait jamais l'idée d'aller randonner en dehors du contexte particulier de ce voyage. Mais justement, on est dans le voyage et du coup marcher là prend tout son sens. On va quelque part.

Après, c'est vrai, quand on a devant soi une bande de bitume de 20 kms toute droite, bordée par un champs labouré d'un côté et par un autre champs labouré de l'autre bord, les distractions visuelles sont rares. On rentre en soi. Je marchais dans mes pensées, je faisais le point. Parfois aussi, je me concentrais pleinement sur ma marche, ma technique, mon effort. J'écrivais dans ma tête, je me chantais des chansons intérieurement...Cela fait vraiment partie du voyage et à mon avis distingue justement ces grands voyages à pied de simples randonnées d'agrément. Bon, il n'en faut pas trop quand même!

Un autre marcheur t'a traité de « forrest gump », personne ne t'as jamais pris pour Jésus ?

;-) Non, enfin la ressemblance avec ces deux personnages est purement fortuite! ;-))

Tu as croisé beaucoup de monde sur le sentier. Quelles erreurs sont les plus communément faites par les pèlerins du côté du matériel ?

Ils emportent toujours trop de choses et marchent bien trop chargés! C'est vraiment l'erreur classique, qui les amène à expédier un lourd surplus par la première poste venue. Il faut tester un minimum son sac, chargé à plein, avant de partir, pour voir si l'on est capable de le transporter sans trop d'efforts. Souvent, les vêtements sont trop nombreux, trop lourds, les trousses de toilettes ne sont pas optimisées, il reste du poids inutile qu'il est facile de réduire.

Les chaussures sont encore parfois trop lourdes, sur le Saint-Jacques, pas besoin de chaussures de montagne, on est pas sur ce terrain là. Mais ça me semble moins frappant que le poids des sacs. Dans mon livre, je donne plein de conseils pour ceux qui veulent se lancer sur le chemin, et n'avoir pas à souffrir d'un équipement mal adapté, ainsi que pour bien se préparer à ce qui reste tout de même, quelque soit la distance quotidienne parcourue, un vrai défi physique et mental.

Découvrir la chronique de Pèlerin Express : les chemins de Compostelle en courant

  • Editeur : Outdoor-éditions
  • Format : 152x201 mm, 160 pages
  • Prix : 19€ TTC
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