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Terre de Baffin : 28 jours sur la glace

Rédigé le 12/11/2014 - Lu 3770 fois
Terre de Baffin : 28 jours sur la glaceLa Terre de Baffin est une île de l'archipel arctique canadien au delà du 70° parallèle. Là-bas, Damien, Thibaut, Rémi et François ont tracté leur pulka sur 300 km et sont allés skier les couloirs vertigineux de l'île de Baffin. Retour sur cette expédition.

La Terre de Baffin est une île de la taille de l’Espagne au Nord du Canada dans le territoire de Nunavut. Sa côte Est se présente en un système de Fjords, dominés par des sommets, plateaux et calottes glaciaires dont les pentes abruptes plongent dans la mer.
Avec des altitudes comprises entre 700 et 2000 m, ses reliefs d’un granit du plus bel aspect offrent un terrain de jeu unique pour celui qui cherche des grandes falaises à gravir, des longs couloirs à skier ou des paysages uniques à admirer.

Une expédition à ski avec pulka

Damien Fayolle, le plus savoyard des auvergnats, Rémi Loubet, un homme à 3 poumons, Thibaut Lacombe, photographe mais pas seulement, et François Kern, votre serviteur composent l’équipe. Quatre copains donc, déjà partis ensembles pour partie d’entre eux, tous passionnés de montagne, de voyage, de ski et nourris d’une envie de nouveauté !

Notre équipe a donc décidé, il y a plus d’un an de cela, d’aller y trainer ses pulkas pour y skier des couloirs connus et inconnus, en parcourant nombre de Fjords entre les mois d’Avril et de Mai.

Notre engouement général, notre préparation intense des 8 mois précédant notre départ, et l’envie d’en rapporter des images nous ont permis d’être suivis à différents niveaux. Tout d’abord Dynastar, une marque de ski, puis Petzl, et Adidas pour le textile, les chaussures et les lunettes. Ont ensuite suivi d’autres partenaires comme The North Face qui nous a fourni des tentes, Goal Zéro avec des batteries et panneaux solaires ou Katadyn qui nous a nourri ! Enfin, les Bourses Expé et le FODACIM (Fond d’Aide au Cinéma de Montagne) nous suivent aujourd’hui, pour construire un beau film et parler de notre projet.

A cette période, les températures extrêmes de l’hiver, dont les moyennes avoisinent les -30°C, s’adoucissent pour laisser place au printemps, plus clément. Moins de vent, moins de froid, toute la neige accumulée de l’hiver, autant d’aspects qui autorisent à s’y rendre pour skier les superbes pentes qui entrecoupent murailles de granit, moraines gigantesques et glaciers.

Là bas, tout est dimensionné autrement. Le temps, les distances, l’isolement, tout est sujet à l’émerveillement, à chaque instant. C’est aussi le propre de toute expédition loin de chez soi, mais la banquise offre un dépaysement permanent. La moindre traversée de Fjord représente 5 à 10 kilomètres de marche, et ces paysages nouveaux ne nous laisseront jamais l’occasion d’y trouver les repères propres à une évaluation des distances ou altitudes.

De la même manière, et c’est aussi propre à la vie en pleine nature, le temps se vit autrement. Pour exemple, boire un verre d’eau fraiche prend du temps, il nous a fallu : trouver de la neige douce, sans sel, et donc parfois marcher 1h30 pour se rendre sur les rivages des Fjords dont nous nous éloignons la nuit pour éviter les ours. Il faut ensuite mettre réchauds et gamelles à l’abri du vent et du froid, et donc parfois monter une tente, ce qui peux prendre à nouveau 30 minutes, arrimages à la broche à glace compris ! Enfin, la neige prendra 15 minutes à bouillir autant à redevenir fraîche. Nous mettions donc entre 1h30 et 2h pour se ravitailler en eau, ce qui aurait demandé moins d’une minute avec un robinet et un verre à la maison.
Il en est de même pour s’habiller, préparer un lit, monter et démonter un camp, faire un repas, une vaisselle, se laver (certes rarement), ou encore partir skier lorsque vous devez protéger votre camp du vent par exemple.

Et l'isolement, tellement reposant, malgré le rythme imposé par les tâches de chaque instant, qui donne tout son sens à l’appellation « expédition ». Ici pas de smartphone, pas de voisin, pas d'informations, pas de traces de vie humaine hormis les anciennes traces de motoneige des rares chasseurs qui s'aventurent loin dans les Fjords. Le premier village est à une journée de motoneige, soit 200 kilomètres, pas d'hôpital, pas de médecin, les choses prennent une autre ampleur.
D'autant que le déplacement est la base d'un voyage comme celui ci, la blessure, la casse, sont possibles mais non admis dans les choix de chaque instant et dans la mesure où ils sont souvent synonymes d'immobilité.

Alors on découvre un mode de vie différent, même préparés, entrainés, conseillés, équipés, les surprises arrivent, et les astuces se découvrent. On prend de nouvelles habitudes, on apprend à se méfier du froid qui est permanent, quand bien même la journée s'achève.
Dès lors le froid n'est plus gênant, inconfortable, handicapant, il devient danger.
Dramatique en cas de blessure lors d'une sortie, décisif lors de prises de décision, sujet de toute attention à chaque pas, critère premier pour l'équipement.
La moindre ombre qui passe vous rappelle à l'ordre, un gant mouillé ou pire, un duvet, même sur une journée douce, et l'inquiétude revient, le rapport au froid est autre.

Le paysage est planté, reste à vivre l'expérience.

300 km sur la glace et 11 couloirs skiés

Arrivés le 19 Avril à Clyde River, un des villages de pécheurs de l'île, après 2 jours de voyage, nous sommes emmenés 200 km plus au Nord par des inuits du village qui nous procurent essence et fusil.
Après une journée de motoneige, le souffle coupé par les paysages que nous découvrons en longeant les côtes, nos deux compagnons d'une journée nous posent sur la glace avec nos skis, pulkas, sacs, bidons, l'aventure commence enfin.

De Clark Fjord, nous rejoindrons Gibbs Fjord, glisserons dans Stewart Valley pour atteindre Walker Arm, traverser ensuite Sam Ford Fjord, remonter Revoir Pass pour finir dans Eglinton Fjord que nous suivrons jusqu'à la côte pour enfin rejoindre notre point de départ.

Entre temps, nous aurons parcouru plus de 300 kilomètres sur la glace, skié 11 couloirs, rencontré des phoques par dizaines, un renard polaire, un lemming (gelé certes, mais véritable), un grand corbeau par jour, comme réglé. Et des traces par centaines de cette vie dans le monde du froid. Autant de traces qui témoignent de l'activité incessante, du combat pour la survie, de toutes les espèces qui se côtoient et interagissent sur la banquise chaque jour.

Nous ne sommes que de passage, et tout nous le rappelle. Mais nous reviendrons.

En attendant le film qui devrait tourner sur les festivals de montagne, découvrez le teaser

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Allibert
expedition en terre de baffin - 20j.
 
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françois kern
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