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Waitukubuli National Trail, le GR20 des Caraïbes

Rédigé le 17/06/2015 - Lu 3834 fois
Waitukubuli National Trail, le GR20 des CaraïbesJ'ai trouvé le GR20 des Caraïbes : le Waitukubuli National Trail (WNT) sur l'île de la Dominique. 185 km, un trek magistral pour trekkeurs costauds. Warrior, préparez votre sac à dos !

Ca y est, j’ai mes billets d’avion en poche, je décolle pour Fort de France le 23 janvier. Une petite nuit à l’hôtel avant de prendre l’Express des îles, l’énorme catamaran qui relie la Martinique à la Guadeloupe, en passant par la Dominique.

J’étais déjà dans les Caraïbes en décembre pour parcourir les eaux turquoises des cartes postales en catamaran, avec une fine équipe de plongeurs, pour survoler Saint Lucie, Saint Vincent et les Grenadines. Voyage très agréable, mais j’étais resté sur ma fin car les randos sur les îles n’étaient finalement que de courtes balades.

Coucher de soleil sur le Waitukubuli National Trail 

185 km sur le Waitukubuli National Trail

Je re-signe donc cette fois ci pour du costaud : les 185km de Waitukubuli National Trail (WNT, pour les intimes). C’est la première fois que je tente une expédition en solo, mais un article sur le blog de Piotr, membre de la Team Aventuriers tout comme Grégory, le fondateur d'I-Trekkings, m’a mis en confiance : il n'a pas 30 ans, et il vient de faire le WNT en 7 jours, en solo. Son article ne parle que très peu de son aventure, juste comme une conclusion à son voyage. Je me dis que s'il l'a fait, je le peux, et surtout, ne détaillant pas son périple, cela laisse libre court à mon imagination, afin d’écrire ma propre version de l'histoire.

J’arrive donc à Roseau pour mon premier jour à la Dominique. Ce soir je passe la nuit sous tente dans le jardin d’une petit guesthouse au village la Soufrière, à la fin du 1er segment. Et j’attaque directement ce 1er segment, mais à l’envers, je pars de la fin pour arriver, théoriquement, au début. Je dis théoriquement car il y a eu un éboulement en 2014 et je n’ai pas trouvé le contournement. J’ai donc du faire demi tour (argh, je n’ai pas « vraiment » fait l’intégralité du WNT !!). Je voyais Scotts Head d’en haut, mais je ne l’ai rejoint qu’en taxi collectif en fin de séjour. J’ai pourtant tout fait pour rejoindre l’extrémité de l’île, en essayant de longer l’éboulis, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était beaucoup trop dangereux. Et n’ayant croisé personne pour m’indiquer le chemin « bis », je suis rentré, penaud, à la Soufrière. Peu importe, j’avais gouté à la forêt Dominicaise, que j’allais traverser de bout en bout pendant une semaine.

Le jetlag et cette petite mise en bouche du segment 1 m’a fait passer une nuit parfaite. A peine allongé et les yeux fermé que je m’endormais profondément, malgré le boucan de la forêt.

Le segment 2, contre toute attente, était assez difficile. Au début de chaque tronçon, un panneau annonce la couleur, mais ca n’a jamais vraiment correspondu à ma réalité. Bref, en fin d’article je ferai un petit résumé segment par segment. Donc « now we are talking », ca monte bien, et sans stabilité de terrain (gadoue, racines, pierres). Fatiguant donc, mais cela met en condition pour la suite du trek. J’enchaine cette même journée avec le segment 3. Il pleut, ce qui rafraichit l’atmosphère mais détrempe encore plus le sol. La fin de ce segment débouche sur un petit village avec une guesthouse qui me tend les bras. Je reprend des forces avec une Kubuli (bière locale, qui, à chaque fois que j’aurais l’occasion d’en trouver le soir, deviendra le rituel post trek !).

Vallée de la désolation vers le Boiling Lake

Cap vers le Boilink lake

Le lendemain je me dirige vers le Boiling Lake. Je pensais que cette petite extension serait une pause de mon trek, et bien pas du tout. Le terrain est tout aussi difficile, voire acrobatique, je suis sans cesse en train de prendre appui avec mes mains, les montées comme les descentes sont périlleuses. Etant donné que je retourne à la guesthouse ce soir, je ne suis que très peu chargé, et heureusement ! En tout cas cela vaut le coup, le lac bouillant est impressionnant, et je traverse « la vallée de la désolation » pour y arriver. Ce nom vient de la géologie et géothermie du site qui transforme une vallée verte en une vallée ocre, rouge et blanche, avec une végétation qui peine à pousser au milieu des fumerolles soufrées. Au retour, je me baigne dans des bains à 38/40°C, ce qui met ma jauge de moral au plus haut ! C’est terriblement agréable ! C’est le bienvenu car avec la pluie permanente depuis 2 jours, les vêtements sont trempés, la peau s’irrite, les ampoules apparaissent et la fatigue mentale se fait sentir. De retour à la guesthouse, je fais la connaissance de Romy et Jeff, une française et un québécois qui font le WNT en intégralité, mais en 3 semaines. Je trouve ça très courageux, mais d’un autre côté en 3 semaines, ca laisse amplement le temps de souffler et de profiter des endroits traversés. Il s’agit de leur lune de miel (je tire doublement mon chapeau).

Les segments 4 et 5 m’ont tout à fait calmé. J’avais besoin d’exercice, là j’ai eu ma dose ! D’une part je me suis aperçu que mon sac à dos était réellement trop lourd, et j’allais plus tard me débarrasser de plusieurs affaires, notamment de bivouac, et rejoindrai Salisbury où j’ai un point de chute pour la nuit. Ce troisième jour a été le pic de douleur aux jambes (pas encore habituées, et encore un peu rouillées, les ampoules pas encore soignées, etc.). Près de 10h de marche sous la pluie, dans la boue, à passer mon temps à glisser (et à tomber, j’ai flingué un bâton de marche) sur les feuilles, les racines et les pierres. Le sentier est truffé de pièges et le moindre moment d’inattention me précipite par terre. C’est lourd ! J’arrive à la tombée de la nuit dans un petit hôtel, exténué, où la gentille réceptionniste me souris et me dis qu’elle m’a mis une chambre avec vue sur mer. Elle me montre la chambre, j’écarquille de grands yeux devant le lit double et je me retiens de gémir quand elle me dit qu’il y a de l’eau chaude dans la salle de bain. Ca ne fait que 3 jours que je marche mais ca va faire du bien, je le sais ! Une douche, une Kubuli, un repas et au lit. A 21h je dors d’un sommeil profond !

Petit bain chaud dans le secteur du Boiling Lake

Chez les Kalinago

Je ne fais que le segment 6 le lendemain car j’irais dormir chez l’habitant. Cela me fera faire un petit détour mais ca me plait de rencontrer plus longuement un Kalinago (et cela m’évite de porter la tente). Je pars tôt (6h30) pour éviter la tombée de la nuit comme la veille. Et je trace ! A 7h du matin, je croise des écoliers qui attendent un bus ou qui se rendent dans un village voisin pour aller en cours. A partir de 8h, ce sont les adultes que je croise, principalement des fermiers se rendant à leurs champs. La plupart ont envie d’échanger quelques phrases avec un occidental, chose rare pour eux. En effet, 98% des touristes restent dans la capitale, ne descendant de leur bateau de croisière, véritable ville flottante, que pour acheter un souvenir à Roseau ou pour passer la journée à la plage. Ils sont donc curieux de voir un type qui leur explique qu’il traverse l’île par le Waitukubuli Trail. Au final, je file tellement pour ne pas arriver trop tard… que j’arrive trop tôt ! Je me retrouve à 13h30 à la fin du segment ! Ca me permettra de passer plus de temps avec Irvince qui m’accueille dans sa famille pour la nuit. Comme d’habitude, après le repas je m’écroule de fatigue.

Ce jour, ce sont les segments 7 et 8 qui m’attendent, le 8 étant réputé pour être un des plus difficiles (enfin c’est pas comme si j’avais trouvé les autres faciles…). Le segment 7 est en fait une récréation que j’avale en 3h. Par contre le segment 8 m’a donné du fil à retordre. J’ai mis 7h pour en arriver à bout, sans croiser personne, en gravissant la mosquito mountain. Ca n’a jamais cessé de grimper pour atteindre plus de 1000m d’altitude, avec des passages assez vertigineux, puis, ca n’a cessé de descendre. Le chemin est étroit, parfois il n’y a pas de chemin, il faut retrouver les marques jaunes et bleues pour ne pas se tromper de direction dans cette forêt devenue dense. Et toujours ce sol instable, avec la cheville qui force à chaque pas entre les racines et les pierres glissantes.

Le segment du trek le plus dur

Mais cela n’était rien comparé à la journée du lendemain pour les segments 9 et 10. Autant le 10 se fait les doigts dans le nez, autant le 9 est à mon avis le plus costaud. Les dénivelés sont verticaux. On escalade en s’accrochant comme on peut, et on descend… comme on peut aussi ! Passage périlleux donc, avec une vitesse moyenne approchant la vitesse d’un vieillard en déambulateur. Autour de 1,5km/h. D’ailleurs j’ai fait le calcul de ma moyenne, pour les 200km (incluant le Boiling Lake), que j’ai effectué en 65h30, ca nous fait un bon 3km/h de moyenne ca !! Pas maaaaal dis donc ! En tout cas je me retrouve le soir à me masser les pieds autant que possible en grimaçant. Ca commence à fatiguer niveau articulation.

Les segments 11 et 12 représentent 9h au compteur, mais le plus dur est clairement passé. Physiquement je suis rôdé maintenant, le terrain est moins compliqué, les dénivelés moins importants. J’ai l’impression que je pourrais randonner sans m’arrêter pendant des jours maintenant. Ces segments sont nettement plus peuplés d’animaux que les précédents, notamment par le fameux Sisserou, perroquet emblème de l’île. J’ai fait la connaissance d’un joli boa constrictor nebulosa (à qui j’ai laissé la priorité sur le sentier, évidemment) et d’une petite centaine de lézards, comme chaque jour, de quelques crabes des montagnes et de tous les autres oiseaux dont je ne connais pas le nom, sauf le colibri qui pullule dans la région.

Puis enfin, les segments 13 et 14 qui sont super faciles. Une partie se fait d’ailleurs sur la plage (de galets) et change du paysage forestier que j’ai parcouru jusque là. Je les ai parcouru comme on lit les dernières pages d’un roman. J’arrive enfin à la fin du Waitukubuli, fier, excité et fatigué. En revenant vers Salisbury, je croise dans un taxi colectif un français qui a l’intention de faire le WNT en 5 jours (d’après ce que j’ai entendu dire, le record appartiendrait à un dominicais qui l’aurait fait en 6 jours). Je lui en fait part, et surtout du fait que très rares sont les passages où l’on pourrait courir pour le prendre comme un trail.

Je passe les deux jours suivants à Méro Beach, petite plage agréable, assez peu fréquentée (sauf une demi journée, blindée d’américains venant du bateau de croisière…). Je refais mon bronzage, qui jusque là se composait de la nuque brûlée, des avant bras bien foncés, et des mollets rouges. Bref, pas sexy pour un sou. Mais c’est avant tout pour la détente, avec la Kubuli et le déjeuner au petit restaurant en terrasse que je me délasse avec mon bouquin que je n’aurais pas ouvert de la semaine. Et déjà le séjour se termine, l’Express des Iles me ramène à Fort de France pour une dernière journée avant de rentrer sur Paris.

Cela fait un mois que je suis rentré, et tel un toxicomane, je cherche ma prochaine rando, si possible aussi costaud que le WNT. On me parle de la Nouvelle Zélande… A suivre !

Les temps de marche segment par segment

  • Segment 1 – 7km – de Soufrière à Scotts Head (à l’envers donc) – 3h tranquillement, mais demi tour à mi parcours car je n’ai pas trouvé le contournement de l’éboulement
  • Segment 2 – 10,8km – de Soufrière à Bellevue Chopin – 5h
  • Segment 3 – 14,9km – de Bellevue Chopin à Wotten Waven – 4h30
  • « extension » Boiling Lake 15km – 6h30 en aller / retour
  • Segment 4 – 11,7km – De Wotten Waven à Pont Cassé – 5h30
  • Segment 5 – 12,8km – de Pont Cassé à Castle Bruce – 4h15
  • Segment 6 – 15km – de Castle Bruce à Hatten Garden – 4h
  • Segment 7 – 12,6km – de Hatten Garden à First Camp – 3h
  • Segment 8 – 10km – de First Camp à Petite Macoucherie – 7h
  • Segment 9 – 9,8km – de Petite Macoucherie à Colihaut Heights – 6h45
  • Segment 10 – 6,4km – de Colihaut Heights à Syndicate – 2h
  • Segment 11 – 10km – de Syndicate à Borne – 4h45
  • Segment 12 – 9,5km – de Borne à Penville – 4h15
  • Segment 13 – 8km – de Penville à Capuchin – 2h
  • Segment 14 – 10,8km – de Capuchin à Cabrits – 3h

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Olivier Charmes
Rédacteur
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