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Trek dans les vallées perdues autour du Toubkal

Rédigé le 16/09/2015 - Lu 2160 fois
Trek dans les vallées perdues autour du ToubkalLe massif du Toubkal au cœur du Haut-Atlas, est un grand classique parmi les destinations de trek au Maroc. Il recèle pourtant quelques vallées perdues où je n’ai croisé aucun autre randonneur. Des endroits à la beauté altière et sauvage, loin de tout. Avec de somptueux panoramas.

Elles ne courent pas, mais presque. Par grappes de deux ou trois, une ribambelle de femmes dévale la montagne. En chantant. Toutes sont chargées de lourds ballots d’herbe. Je me retourne pour les suivre des yeux. Vues de derrière, elles disparaissent presque sous le chargement. Pour quelques unes, je ne vois même plus leurs vêtements aux couleurs vives, seuls les pieds dépassent.

Chaque matin, les femmes vont chercher dans les champs situés loin du village, dans la montagne, de quoi nourrir le bétail.

Voilà un bon moment déjà que nous avons quitté notre gîte d’étape à Amzourni. Le village, dont les maisons se blottissent les unes contre les autres, est haut dans la montagne, à plus de 1 600 m. Bien sûr, je ne suis pas encore fatigué mais la grimpette est raide quand même. Dire que ces femmes sont de corvée tous les jours qu’Allah fait. Elles partent dans les premières lueurs de l’aube. Des champs là-haut, où la terre est plus fertile, elles rapportent au bout de deux ou trois heures d’efforts de quoi nourrir le bétail. « Entre 25 et 30 kilos, chacune, chaque matin : du fourrage pour les vaches, du chardon pour les ânes », explique notre guide Ahmed, admiratif lui aussi.

Une symphonie d’ocres

La vie est rude ici, mais que ces montagnes sont belles. Pour les amateurs de trek, le tour du Toubkal – le plus haut sommet d’Afrique du nord avec ses 4 167 m– est sans aucun doute un grand classique. Mais il subsiste toujours des vallées perdues où ne s’aventure pas grand monde.

Lui qui officie depuis une trentaine d’années dans cette région où il né, Ahmed les connaît comme sa poche. Nul besoin de carte ou de GPS. « La plupart des touristes n’aime pas s’écarter des endroits connus », dit-il. Nous, si. Au contraire. Durant ces quelques jours passés entièrement dans le parc national du Toubkal, avec une succession de cols entre 2 000 et 2 500 m à passer, c’est un ravissement de chaque moment.

Les couleurs –une symphonie d’ocres ponctuée de taches vertes sous un ciel d’un magnifique bleu–, la sérénité des lieux : c’est magique dès les premiers instants. Les rencontres sont rares. Là un paysan qui rentre chez lui, juché sur son âne. Là un adolescent qui veille sur un grand troupeau. De vastes azibs, des bergeries, sont disséminées dans la montagne. Chèvres et moutons mélangés, des centaines de bêtes y séjournent de mars à octobre. Le soir, elles regagnent les petites constructions en pisé. Les chacals ne pullulent plus comme autrefois, mais il en reste tout de même bon nombre dans ces régions reculées.

Une fête improvisée avec une dizaine de musiciens en l’honneur des visiteurs que nous sommes.

Et la sécurité ?

Et la sécurité, dans ce pays du Maghreb ? A la différence de ses voisins, le Maroc n’est pas en proie aux convulsions du terrorisme. Aucun problème à signaler, rien. Tout au plus, la présence policière se fait-elle plus insistante à Marrakech.

Il n’en reste pas moins que depuis l’enlèvement et l’abject assassinat du guide français Hervé Gourdel, à l’automne 2014 en Algérie, la clientèle française se détourne également du Maroc. Les touristes allemands et néerlandais viennent plus nombreux, mais ils sont loin de compenser ce désamour. Alors que, répètent à l’envi tous les acteurs du tourisme, il n’y a rien à craindre. Encore moins dans des régions comme le Toubkal.

L’eau est abondante

Au pied des cimes enneigées –de loin, j’ai même aperçu l’une des deux stations de ski marocaines–, du moins en cette fin de printemps, l’eau est abondante. Beaucoup plus que je ne le croyais. Plusieurs fois, nous traversons des ruisseaux à gué et parfois même des torrents plus impétueux. Il y a des cascades, aussi. Celles d’Ighouliden sont particulièrement spectaculaires. Au fond d’une étroite gorge, elles sont hautes de près de 50 m.

Près des cascades d‘Ighouliden, les champs en terrasse où sont cultivés toutes sortes de légumes et de céréales.

En contrebas, et comme toujours lorsque la terre est fertile, c’est un grand jardin. Les champs sont cultivés en terrasses où poussent en abondance céréales et légumes. Plus bas encore, nous traversons des forêts de genévriers, de noyers.
Le soir, à l’étape, le décor change mais l’accueil reste toujours chaleureux. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ces petits villages berbères. Comme Tizgui n’Tkent. Sous le regard espiègle de quelques gamins qui s’esclaffent de tout et de rien, j’arpente les ruelles sablonneuses avec mes compagnons de route. Dans son petit atelier, un forgeron s’active. Plus loin, c’est un maréchal-ferrant au travail sur les sabots d’un âne.

Une vie simple et paisible qui sait aussi prendre des couleurs. Le soir même est improvisée une fête en l’honneur des visiteurs que nous sommes. Bon nombre d’habitants, dont quelques femmes en tenue traditionnelle, sont rassemblés sur la terrasse du gîte. Ils chantent et dansent au son de la dizaine de musiciens qui s’en donnent à cœur joie. Des moments fraternels, sans faux-semblants, pendant lesquels le temps s’arrête.

Informations pratiques

Allibert Trekking propose un circuit « Villages et vallées du Toubkal » de 8 j/7n à partir de 655 €. A noter qu’il comporte deux nuits à Marakech, une à l’aller et l’autre retour, dans un hôtel 4*.

L’aéroport le plus proche est Marrakech, à moins de deux heures de voiture de la région du Toubkal. Pour trouver votre vol, utilisez le comparateur d’i-trekkings.net.

Guide : Lonely Planet « Maroc » 19€.

Formalités : le passeport est maintenant obligatoire pour entrer au Maroc, la carte d’identité n’est plus acceptée.

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Bernard Frantz
Rédacteur
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