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Trek hivernal sur le lac Baïkal

Rédigé le 28/09/2016 - Lu 2328 fois
Trek hivernal sur le lac BaïkalLe lac Baïkal, un lieu qui sonne comme un appel à l’aventure. Et pourquoi pas l’hiver ? Armée d’une tonne de vêtements grands froids et d’une pulka, François a rallié l’île d’Olkhon à Litvianska en 15 jours. Récit de son trek hivernal sur le lac Baïkal.

Plusieurs fois déjà, j’avais eu l’occasion de venir admirer la plus grande patinoire du monde dans son écrin de montagnes blanches. Mais souvent pour n’y rester qu’une seule journée. Un sentiment de frustration persistait face à l’appel de l’immensité glacée. Et puis il y aurait certes le froid à supporter plutôt qu’à combattre mais les lieux présentent des avantages certains, du moins sur le papier : Pas de problème d’itinéraire puisqu’il suffit de suivre la rive, pas de soucis pour faire de l’eau car on trouve du carburant (le bois) et de la neige, ou à défaut, de la glace.

Trek hivernal sur le lac Baïkal

Aventure sur le lac Baïkal

Dans la réalité, les choses se sont passées autrement, mais c’est bien là tout l’intérêt de l’aventure. Nous n’avons pas acheté de patins à glace comme je projetai de la faire et bien nous en pris car la patinoire n’est pas toujours plate, parfois enneigée et très souvent micro-fissurée, autant de chances de gamelles et de traumatismes. Pas vraiment mieux du côté des mini-crampons qui rendirent l’âme en quelques jours. Nous voici donc en simples chaussures, avec une élégante démarche « cul serré » car toute enjambée un peu grande se solde par un grand écart. Il nous arrive même de marcher bras dessus bras dessous avec mon équipier dans un pays où le mariage pour tous et la gay pride n’ont pas encore fait leur chemin dans les mentalités locales : Manquerait plus qu’on se fasse casser la gueule par quelques bouriates éméchés, dont la principale activité hivernale consiste à écluser de la vodka en attendant que le poisson veuille bien mordre. Comme ils sont allongés sur un matelas à même la glace, face un tout petit trou et avec une canne minus, rien n’indique, lorsqu’on arrive de loin, qu’ils sont en train de pêcher. Ajouter à cela des années de méfiances face aux « espions occidentaux » (Vestiges de la belle époque soviétique) et l’accueil n’est pas toujours des plus chaleureux. Cependant lorsque vous avez brisé la glace (Il fallait bien la faire celle-là !) vous pouvez être surpris et du coup il est paradoxalement bien difficile de quitter vos nouveaux amis qui veulent toujours vous en offrir un dernier pour la route.

Lac Baïkal

Petits moments d’intimité

Alors que notre affaire était étudiée de longue date, voilà qu’une impulsion inconsciente nous pousse à acheter quelques cartouches de gaz à Irkoutsk au lieu des fameux patins à glace, bien nous en pris : En effet, pour faire 2 litres d’eau, il faut alimenter un réchaud à bois (de ma fabrication d’après une boite de conserve récupérée) pendant 2 heures, tout en piétinant sur place car il fait – 25°C, pour un résultat gustatif proche de l’infusion d’un bout de charbon. Et même si les cartouches de gaz viendront s’ajouter à l’intérieur de nos vestes à tout le matériel qu’il faut protéger du froid (Appareil photo, lampe frontale, gourde, parfois des lingettes), nous ne regretterons pas ce choix.

Côté salle de bain, aucune perte de temps pendant les 15 jours, puisque nous n’avons changé que de chaussettes (D’où les lingettes) nous n’avions pas le courage de dévoiler le moindre centimètre carré de peau. Et puisqu’on en est au chapitre du romantisme, je vous passe les détails lorsqu’il faut aller aux toilettes sur la glace avec un vent à vous congeler le derrière…ce même vent qui vous fait prendre d’infinis précautions lorsque vous ôtez un gant (Pour faire une photo par exemple), imaginez les conséquences si cette moufle venait à s’envoler….

Un garde forestier nous racontait (A grand renfort de gestes) que les loups poursuivent des cervidés dans les bois mais qu’ils s’arrêtent net sur la rive en regardant la proie s’envoler comme un fétu de paille….nous ne nous sommes pas envoler, mais il fût parfois difficile d’avancer face au vent, qui, comme chacun le sait, augmente notoirement la notion de froid. Heureusement, nous avions choisi le « printemps » (fin mars) pour avoir des températures plus clémentes et ne pas passer en dessous des – 40°C.

Pulka pulka pas

Aucune monotonie pendant les 15 jours qui nous permirent de rallier l’île d’Olkhon à Litvianska, la petite station de villégiature le plus proche de Irkoutsk, sur le déversoir de l’Angara. En effet, les différentes plaques de glace qui s’entrechoquent forment des monticules pas toujours faciles à traverser avec notre pulka (Nous étions autonome en matériel et nourriture, environ 80 kg) Il nous est arrivé aussi de traverser des zones où le matériel était à rude épreuve : Imaginez un carreleur fou qui aurait planté ces carreaux à la verticale au lieu de les poser bien à plat, à chaque pas, nous pensions que la pulka allait se briser en 2. L’ensemble de ces conditions nous donne une moyenne pas très glorieuse de 20 km par jour, mais l’installation du camp, le temps de chauffe de l’eau (Surtout ne rien renverser car tout gèle instantanément), ne pas se blesser en essayant de couper le saucisson congelé…..tous ces petits gestes si insignifiants dans la vie courante, nous occupent une bonne partie de la journée.

Baïkal, guide pratique

Autour du Baïkal, les habitants ne parlent pas anglais ou très peu. Parler russe est un véritable atout. Cela dit au cours de ce périple, les rencontres sont assez limitées sauf à Irkoutsk qui est une ville conséquente.

Le lac Baïkal est situé en Sibérie dans une zone peu peuplée. Irkoutsk est considérée comme la capitale de la Sibérie occidentale et la seule ville importante à du secteur. Olan-Oudé autre ville de dimensions plus réduites située de l’autre côté du lac est un nœud ferroviaire : Le transsibérien se poursuit vers l’Est en direction de Vladivostok tandis que le Transmongolien part vers le Sud-Est via Oulan Bator et continue jusqu’à Pékin.

Le lac en quelques chiffres

Longueur 640 km, largeur 30 à 50 km. C’est le lac le plus profond du monde 1630 mètres qui renferme le plus grand volume d’eau 23500 km3 d’eau soit environ 20% des réserves d’eau douce du monde ou 250 fois le lac Léman. Il est situé à 60 km d’Irkoutsk en suivant l’Angara, seul fleuve qui en sort alors que plus de 300 rivières l’alimentent.

Quand y aller ?

En Décembre, Janvier et Février, les températures descendent à -40°c. Nous y étions de mi-Mars à début Avril. -25°c au début du périple et beaucoup plus clément ensuite, on sentait nettement l’arrivée du printemps.
Vers la fin Mai, la totalité de la glace a fondue.

Comment y aller ?

Le plus pratique consiste à utiliser l’Aéroflot, vol de la France vers Moscou, puis de Moscou vers Irkoutsk. Il faut posséder un visa russe et réenregistrer les bagages à Moscou. Autre possibilité, le mythique transsibérien au départ de Moscou, 4 nuits et 3 jours de train pour atteindre Irkoutsk. De la capitale sibérienne, des « machroutes »(Taxis collectifs) rallient l’île d’Olkhon ou Listvianka. Hébergements pour routards à Irkoutsk, Olkhon et Listvianka.

Le choix du matos

C’est le point crucial du voyage :

  • Une pulka avec une corde pour la tirer, une broche à glace pour l’amarrer. Une tente assez spacieuse, auto portante. Une pelle. Des crampons.
  • Des matelas pour bien s’isoler du froid (On en trouve à Irkoutsk. Nous avons utilisé le papier bulles qui enveloppait la pulka comme matelas supplémentaire) le duvet le plus chaud possible (Ou même 2 duvets l’un dans l’autre) Lampe frontale+ piles à garder au chaud.
  • Des chaussures très chaudes, chaussettes, collants, sous-vêtements thermiques, cagoule néoprène, gants, moufles, doudounes, bonnets…lunettes de soleil et masque de ski
  • Une gamelle, un réchaud, un thermos, 2 bols, 2 cuillères, un couteau, un torchon, des sacs poubelles, 2 briquets,
  • Appareil photo et batteries supplémentaires. Carnet et crayon à papier qui ne gèle pas. Dentifrice en poudre. Papier toilette, petite pharmacie
  • Les trucs qu’on a emmenés pour rien : De l’essence pour allumer le feu, une scie et un entonnoir, un livre, car rien que sortir une main du duvet pour le tenir…
  • Les trucs qu’on aurait pu prendre en plus : Des crampons de rechange (Ou des bons crampons) un duvet de plus, un réchauffant style Génépi. Des patins à glace ? Il y avait beaucoup de plaques de neige cette année mais pas de quoi utiliser des skis. Patiner reste un exercice périlleux car la glace est truffée de microfissures qui attendent sournoisement votre passage pour bloquer la lame et vous garantir une bonne gamelle sur sol ultra dur.
  • Les trucs auxquels il faut faire gaffe : Ne rien renverser de liquide car ça gèle tout de suite, ne pas mettre le feu à la tente quand on allume le réchaud, ne pas se couper en ouvrant une boite de conserve ou en coupant un saucisson gelé…

Au total, 40 kg de matériel auxquels s’ajoutent 25 kg de nourriture environ. Aucun souci pour tracter cet ensemble sur la glace. C’est un peu plus difficile sur la neige et encore plus sur les autres terrains.

C’est dingue ce que l’on peut mettre dans sa veste le matin pour protéger les choses du froid. L’eau pour ne pas qu’elle regèle (Donc une gourde ou un Camel-bag) l’appareil photo et les piles ou batteries de rechange, donc la lampe frontale aussi, une cartouche de gaz (Celles qui restent sur la pulka sont inutilisables le soir) les lingettes sinon ça devient un bloc de béton, et aussi les moufles, et quelques trucs à grignoter. L’ensemble fait que l’on ressemble vite à un bonhomme Michelin.

La logistique

On trouve des supermarchés pour le ravitaillement à Irkoutsk. Des épiceries à Olkhon (Avec un choix moindre) et à Listvianka mais ABSOLUMENT RIEN entre les 2. Il n’est peut-être pas stupide de se faire accompagner d’un guide francophone pour les achats si on ne lit pas le cyrillique. Produits déshydrate (Style nouilles chinoises et non pas des lyophilisés) conserves, fromages, biscuits, saucissons, pain, thé, café, lait…. Attention la plupart de ces produits gèlent par très basses températures. On trouve des cartouches de gaz (Butane/propane) au marché couvert dans les magasins de sport.
Toutes les nuits nous étions sous la tente sauf 2 fois où nous avons profité de cabanes. Pour une participation modique (Environ 1,5€ / pers) il est donc possible de passer une nuit au chaud (Et même très chaud comme souvent en Russie en hiver y compris dans le train). Mais la présence des gardes forestiers reste aléatoire.
Il y a 2 auberges à Olkhon, et plus de choix à Listvianka.

Les petits soucis du quotidien

Monter et démonter le camp, remplir la pulka (En arrimant bien le chargement) et préparer les repas sont des opérations plus longues qu’il n’y paraît, par contre la « toilette » totalement inexistante pendant 15 jours (On n’envisage pas vraiment de se déshabiller) ne nous prend que quelques minutes, car, bien qu’assez opposés aux lingettes, nous en avons pris quelques-unes, ce qui permet d’atténuer (Du moins c’est ce qu’on imagine) un peu l’odeur si subtile de la chaussette qui sèche (Ou plutôt qui gèle) au plafond de la tente.

Le givre qui se dépose toute la nuit sur les parois de la tente et sur nos duvets, n’attend qu’un geste de notre part le matin pour retomber sur nous en une fine couche qui finit de tremper le duvet.

Avec qui partir ?

Pour plus d’informations sur un périple en autonomie complète, vous pouvez me contacter via le lien ci-dessous.

Et aussi : la vidéo du voyage sur le Baïkal en hiver

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nomade73

François Pillon
Rédacteur
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 Accompagnateur en montagne depuis 1987, j'ai la chance de parcourir l'Asie dans le cadre de mon travail. Et qui ne rêve pas de vivre de sa passion ? Découvrir des paysages superbes,rencontrer des habitants souvent accue...
 


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