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Raquettes et aurores boréales en Russie

Rédigé le 23/11/2016 - Lu 453 fois
Raquettes et aurores boréales en RussieRécit d'une semaine de raquettes à neige en Russie en Carélie vers le lac Oniéga puis dans le massif de Khibiny au niveau du cercle arctique où j'aurai la chance d'apercevoir des aurores boréales. Une randonnée en raquettes insolite !

Qui n’a pas rêvé du Grand Nord ?! Et pourtant, ce n’est pas si loin. Bien moins que le Népal ou New York… Alors je vous invite à un petit tour en raquettes dans le Nord de la Russie, en hiver, jusqu’au cercle arctique, non loin de l’océan du même nom. Après la vidéo de la semaine de raquettes à neige en Russie, le récit...

Mais en prenant notre temps, à partir de Saint-Pétersbourg. Après une année de préparation, nous voici ce 26 février 2016 à arpenter les rues de la capitale de Pierre 1er, dans une ambiance froide et humide, grâce à la Neva et à la mer Baltique. Nous sommes déjà dans un autre monde, même si le modernisme est le même que celui des capitales du reste de l’Europe. Un bon repas dans un resto géorgien, et direction la gare pour notre premier train de nuit. Dès le début de la conception de ce voyage, le train s’est imposé à moi. Le réseau russe est dense, fiable, confortable, et les trains de nuit très développés. Se passer de l’avion est un réflexe qu’il faudra acquérir… Le voyage gagne en fluidité, et le moyen de transport est lui-même un maillon de découverte, aussi bien par ce qui se passe à l’extérieur qu’à l’intérieur du train.

En route pour la Carélie

Chacun est rapidement installé dans son compartiment, partagé avec trois collègues. La literie est de qualité ; la prodvonista (une par wagon !) nous donne même un casse croute, une brosse à dent et du dentifrice ! C’est elle qui nous réveillera à 6 h, pour une arrivée à 7 h à Petrozavodsk. La gadoue de SaintPet est remplacée par une belle neige blanche. Anastasia, notre interprète, a préparé une visite guidée de la ville ; elle est même venue il y a un mois la tester grandeur nature, avec un ami ! Nous retiendrons en particulier l’exposition de sculptures glacées, sur les bords du lac Oniéga. C’est la troisième réserve d’eau douce au monde, après le Baïkal et le lac Ladoga, lui aussi en Carélie. Il n’y a pas que du gaz et du pétrole en Russie… Tout est bien calé : nos aéroglisseurs nous attendent. Ce ne sera pas le dernier mode de déplacement original pour nous… Une trajectoire sinueuse entre des îles boisées nous mène à notre gîte en rondins. On ne sait pas très bien ce qui lac et ce qui est terre, car tout est blanc et à peu près au même niveau. La motoneige est garée à côté de la barque… Petite rando en raquette pour aller visiter une ancienne petite église en bois, en reconstruction par les habitants eux-mêmes. Cela me rappelle une litote de Sylvain Tesson « Quand il neige, les Russes ne pointent pas les "manquements de l'exécutif". Ils déblaient. »… Visite guidée par notre logeur, qui fait partie de ces charpentiers bénévoles. Un peu partout en Russie du Nord, on rencontre des initiatives privées pour faire revivre ou perdurer l’histoire, les traditions. Nous le verrons un peu plus loin.

En raquettes jusqu’aux églises de Kiji

Aucune urgence le matin ; laissons le jour s’installer tranquillement, et accumulons des calories… Toutes les maisons ont leur thermomètre avec capteur extérieur. Nous lisons – 5°. Zut, est-ce bien assez froid que la glace nous porte bien ?! 9 km nous séparent des fameuses églises de Kiji. Si l’été, les bateaux de croisière déversent quotidiennement des cohortes de touristes, nous serons seuls pour cette visite. Ceux d’entre nous qui sont déjà venus, justement en été, sont ébahis. Quel privilège d’arriver, seuls, en raquettes ! Nous avons même droit à une belle averse de gros flocons en arrivant. Dans cette ambiance cotonneuse, nous visitons cet ensemble paroissial en sapin, paraissant un peu irréel : deux églises du XVIIIème siècle et un clocher. L'église de la Transfiguration de Kiji, assemblée sans
aucun clou (dit-on), a quelques chose d’immatériel. Elle est surmontée vingt deux bulbes argentés formant une pyramide. Cet ensemble architectural a valu à l’île son classement au patrimoine de l'Unesco en 1990.

Maison traditionnelle carélienne

Le lendemain, nous sommes accueillis dans une maison traditionnelle carélienne, presque un musée. L’hôtesse a pris l’initiative de la conserver telle que ses grand-parents l’avaient laissée ; elle a simplement isolé les chambres, installé des toilettes sèches et élaboré des panneaux expliquatifs des divers objets anciens restés en place. Elle nous fera un tour guidé du village, où vivent encore deux familles, mais où toutes les maisons sont restées comme jadis. Pour nous réchauffer, nous nous mettons tous à un cours de patisserie carélienne. Le grand poele-four, qui occupe presque le quart de la pièce, est gavé de bois en attendant que nous prenions le coup de main pour imiter les kalitka de la patronne. Pendant que nous enfournons, son fils arrive avec des poissons fraichement (!) pêchés dans le lac par le trou de 30 cm de diamètre. Un repas arrosé de jus de baie qu’elle a ramassées à l’automne…

En train pour le cercle arctique

Notre seconde nuit ferrovière nous mène tout droit vers le Nord. Le départ à 17 h nous laisse profiter du jour déclinant, et nous habituer au défilement de la forêt de bouleaux. Et bientôt c’est l’heure de l’apéro ; aujourd’hui ce sera vodka et saumon fumé du Kamchatka.
Le matin, nous franchissons le cercle polaire, peu avant notre descente du train. Nous sommes donc « de l’autre côté » ! Il fait grand beau, et donc froid. Mais il n’y a pas de vent. Petit voyage en motoneige pour rejoindre le refuge, à 18 km, au cœur des Khibiny. Certains seront derrière le chaufffeur, et d’autres dans les barquettes tractées. C’est le seul moment du voyage où nous aurons enfilé tous nos vêtements, gants, cagoule etc. Et quel souvenir ! D’autant que nous ferons le trajet retour de nuit…

4 jours dans le massif de Khibiny entre taïga, toundra et aurores boréales

L’installation au refuge, en petits dortoirs, est simple et rapide. Il y a là des Russes et des…Russes, venus faire du ski de randonnée. Nous comprenons rapidement que, grace au samovar, les boissons chaudes sont à volonté, que le propriétaire est débonnaire et toujours prêt à résoudre un problème. Nous sommes là pour quatre jours, le temps de prendre la mesure de cet environnement de Taïga, en bas, et de Toundra, en prenant de la hauteur. Nous ferons donc quatre randos variées, en partant chaque jour sur un azimut différent. Il est tombé une épaisse couche de neige récemment, et le manteau neigeux n’est pas stable dans les pentes raides ; les skieurs s’ennuient donc, pendant que nous profitons de cette nature vierge, entre forêt et croupes douces. Tétras-lyre et Lagopèdes des Saules nous gratifient d’observations inespérées, premières pour tous les participants. Preuve que ce ne sont pas des montagnards aguerris, et que ce séjour s’adresse à tout randonneur, même moyen… Ils se déplacent avec difficulté, et nous restons figés et aussi discrets que possible, même s’ils nous ont parfaitement repéré. On dit qu’il y a içi autant de loups que d’habitants, mais nous n’en aurons point croisé la trace. Certains ne l’ont pas regretté… La forêt n’est jamais très épaisse, car les épinettes comme les bouleaux ne dépassent pas 6-7 mètres. En remontant les versants, rapidement le bouleau nain s’impose, puis seuls les lichens gris, vert et jaune persistent, dégagés par le vent. C’est là l’unique source de nourriture pour les rennes. Ce lichen, qui fermente dans leur estomac, pour les réchauffer. Les traces de martre, renard et lièvre sont assez courantes, et dans les airs nous ne voyons guère que le Mésangeai imitateur.

Au retour, petite collation avant le bain russe. Dimitri s’est occupé de le mettre en route pendant notre randonnée. Anastasia nous prend sérieusement en charge. Il s’agit de ne pas s‘y prendre n’importe comment… Alternances de bains de vapeur et de fraicheur dans la pièce à côté. Au bout de 3 à 5 aller-retours, eux qui le souhaitent sortent dans la neige. Quasi tout le monde a finalement essayé, avec joie. Certains se sont même roulé dans la poudreuse. Bon on ne traine pas vraiment… Retour dans la bania, fissa !

Nos soirées sont consacrées à la chasse aux aurores boréales. Une chasse à l’affût, à proximité du refuge, le regard tourné vers le nord. On peut prendre un tabouret, le gardien n’y voit pas d’inconvénient. Et on s’équipe bien, même s’il n’y a pas de vent… Même avec un léger voile nuageux, on peut les apercevoir, ressentir. Alors quand le ciel est clair, limpide, et que tout s’embrase ! Ces tons de vert émeraude sont aussi étonnant que le mouvement de ces flammes, qui apparaissent, disparaissent, se déforment, partent en torche. L’impatience d’en voir une autre, d’être dans un autre monde, vous retire toute notion du temps. Certzinsles regarde à plusieurs, d’autres préfèrent s’isoler. Personne n’en revient indemne.

Retour au train le soir du jour 8. La descente vers Saint Pétersbourg dure 18 heures, et nous aurons le loisir de nous croire dans le Transsibérien sur 1400 km. Nous avons encore le temps de faire une jolie promenade en ville. Plusieurs participants ont choisi de rester 2 ou 3 jours pour découvrir cette ville, là aussi à une période de moindre affluence, et pleine de charme - pas de moustique, pas de touriste !

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Pascal Lluch

Pascal Lluch
Rédacteur
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Summits année : 30 | Summits mois : 0 | Summits total : 53
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Professionnel de la montagne depuis 1985, j'ai organisé des randonnées, des voyages et des expéditions dans une trentaine de pays. Mes terres de prédilection sont l'Himalaya et le Sahara, que j'ai parcouru en tous sens. ...
Merci Pascal pour ce récit si bien commenté ...
Un régal et une merveilleuse invitation pour tous ....
Amicalement...
JP, ton ancien ami du CORA Grenoble !!!
 


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