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Yann Borgnet : histoire d'une ascension réussie

Rédigé le 28/07/2011 - Lu 3949 fois

C’est en compagnie de Robin Revest que Yann Borgnet, jeune alpiniste de 20 ans reconnu, décide de s’attaquer au Glacier Noir, glacier atypique et peu visité au coeur du Massif des Ecrins (Hautes Alpes).

Ces deux alpinistes, membres du GEAN (Groupe Excellence Alpinisme National), ont en tête un projet qui leur tient à coeur : emprunter l’itinéraire historique du Glacier Noir, itinéraire qui marque l’histoire de l’alpinisme en Oisans.

Déterminés, Yann et Robin décident de s’attaquer aux 3 fameuses directissimes du Glacier ouvertes par Jean Michel Cambon - célèbre ouvreur des Ecrins - et Bernard Francou en 1975, 1976 et 1981. Il s’agit donc de réaliser l’ascension du Pelvoux (3 943 mètres), du Pic sans Nom (3 913 mètres) et d’Ailefroide (3 954 mètres).
L’objectif de cette expédition : enchaîner les 3 voies du Glacier en 3 jours, du 1er au 3 juillet 2011. Le voyage est risqué, il leur faudra rassembler toutes leurs forces et tout leur courage pour parvenir à leur fin.

Amphithéâtre éblouissant de sommets, le Glacier Noir est composé de plusieurs faces Nord aux parcours engagés et difficiles, et au caractère austère.
Yann : « Le glacier Noir est un lieu très austère. On ne peut l’atteindre qu’après avoir remonté une vaste moraine à l’aspect contrasté. D’un côté, la faune et la flore ont pris le dessus, de l’autre côté, un vaste éboulis renforce cette solitude inhumaine que l’on ressent en ce lieu. Nous basculerons de ce côté-là, abandonnant toute forme de vie pour un univers exclusivement minéral. »

Le 30 juin, les deux compagnons partent installer leur camp de base : chargés de vivres et de matériel d’escalade, ils remontent l’impressionnante moraine du glacier pour installer leur bivouac à l’ombre. C’est là qu’ils passeront chacune de leur nuit pendant l’expédition.

Yann : « Au fur et à mesure de notre avancement, les faces nord se dévoilent. D’abord Ailefroide, sûrement la moins inhumaine des trois car entrecoupée d’une vaste pente de neige avec un sérac impressionnant ; puis le Pic Sans Nom, la plus haute des parois d’une raideur incroyable ; et enfin le Pelvoux, réputé pour son rocher de très mauvaise qualité. Nous commencerons d’ailleurs par cette face.
A la base du glacier, nous croisons une cordée d’alpinistes qui descendent. Alors que nous avons basculé à l’ombre, nous les voyons glisser dans la vallée, le long de la moraine encore baignée de soleil. Cette fois nous sommes bien seuls ! En découvrant les faces, je mesure peu à peu l’ampleur du projet : elles me paraissaient beaucoup plus petites et beaucoup moins raides...
De plus, avec la chaleur de ce début d’été, les névés avaient fondues, créant ainsi de grandes coulées d’eau qui avaient ensuite regelé, recouvrant ainsi la paroi d’une pellicule de verglas impossible à pratiquer. A ceci s’ajoutait la mauvaise qualité du rocher. Je me demandais bien ce que je pouvais faire ici… La moitié des prises était éjectable, l’autre moitié verglacée, l’équation n’allait pas être simple à résoudre
! »

De nombreuses conditions devaient être réunies pour mener à bien ce projet engagé : de bonnes conditions d’escalade, peu de chutes de pierres - ce qui n’était pas évident, car l’été, ces chutes sont très fréquentes dans les éboulis verticaux - et enfin réussir à descendre dans les couloirs de la face Nord.

Yann : « Comme nous devions à chaque fois revenir au bivouac sur le Glacier Noir, nous ne pouvions pas descendre par les voies normales du versant sud. Il nous fallait donc quitter les rayons du soleil et la vue sur la verdure pour basculer dans l’austérité de la face Nord. C’était un moment très particulier à l’expédition, il fallait vraiment prendre sur soi pour y arriver ! »

Le 1er jour, Yann et son compagnon d’ascension s’attaquent donc au Mont Pelvoux. Il leur faudra 8h30 pour atteindre le sommet et ne rejoignent leur camp qu’autour des 23h, exténués après la descente technique de la face Nord, verglacée et instable.

Yann : « La première journée fût très dure d’un point de vue moral : notre concentration était permanente, il fallait concilier la difficulté de l’escalade et des conditions avec la gestion des risques réels... C’est à ce moment là que j’ai vraiment commencé à aborder mes limites, je le sentais. Je n’avais jamais ressenti cette sensation auparavant, lors de mes expéditions précédentes. J’avais l’impression de subir cet événement, submergé d’idées saugrenues.
Après 12h d’escalade, nous sortions enfin sur l’arrête terminale. Or dans les Ecrins, le sommet n’est pas synonyme de réussite, loin de là : la descente était également une véritable course alpinistique. Le couloir que nous devions descendre était d’ailleurs une réelle course, comptant parmi les courses recensées dans le « Guide de haute montagne ». Après avoir descendu une pente de neige très raide, il nous a fallu louvoyer dans un dédale de séracs et crevasses, tous plus impressionnants les uns que les autres. Une des pires descentes de ma vie, pour laquelle je n’avais pas forcément mesuré l’ampleur des risques objectivement. En plus du couloir qui canalisait toutes les chutes de pierre de la face Nord, de grosses barres de sérac nous surplombaient. Ce sont dans de tels moments qu’il faut faire totale abstraction des éléments incontrôlables de la situation pour mieux se concentrer sur sa progression, car l’erreur n’est pas pardonnable... Le soulagement fût vraiment grand lorsque nous avons enfin pu mettre le pied sur le glacier : à 23h, dans un état de fatigue extrême. Un soulagement court toutefois, car nous nous projetions déjà sur la course du lendemain
. »

L’étape du 2 juillet fut également une étape de longue haleine, peut-être sous estimée par les deux alpinistes. L’ascension du Pic sans Nom leur coutera 12h d’activité et se finira par une descente raide et dangereuse, pour laquelle ils n’avaient pas réalisé la hauteur du risque. Impressionné par ce qu’il traverse tant sur le plan esthétique que sportif, cette expédition est un réel défi mental et physique pour Yann Borgnet.

Yann : « La face nord du Pic sans Nom est un vaste bouclier compact et raide surmonté d’une zone de terrain mixte. C’est la face qui présente la plus grande longueur de difficulté. Vu les conditions rencontrées la première journée, nous avons réellement hésité, d’autant plus que les hauteurs semblaient mouillées et verglacées. J’ai tout de même proposé à Robin d’aller voir ; nous étions là pour nous battre et le gros morceau que nous redoutions vraiment était déjà dernière nous. »

Enfin, le 3 juillet, Yann et Robin se lévent au petit matin pour relever la dernière étape de leur défi alpin. Le vent ne leur facilite pas la tâche et la fatigue commence à peser sur leur motivation. L’escalade s’avère cependant plus facile que les autres jours. Ils atteignent l’arrête sommitale d’Ailefroide à 16h30, heureux d’avoir accompli l’un de leurs rêves alpins les plus engagés. Mais l’expédition n’est pas tout à fait terminée : il faut encore descendre jusqu’au camping d’Ailefroide. La première partie de la descente leur demande une concentration extrême : la face est raide et la roche peu rassurante, tandis que la deuxième partie représente un surpassement difficile pour Robin, suite à une chute sur cette falaise il y a 2 ans.

Yann : « La course du lendemain était plus cool : la lon-gueur des difficultés était moindre et l’orientation Nord/Est nous permettait de grimper un peu au soleil. Mais malgré une difficulté technique moindre, de nombreuses longueurs se déroulaient en dalle, les protections étaient donc quasi-ment impossibles à mettre, et l’escalade engagée nécessi-tait une certaine concentration. Nous n’atteignons le som-met qu’à 19h, après 13h d’ascension. Je redoutais encore la descente. Nous étions censé descendre une arête, sauf qu’il y en avait de partout, toutes plus repoussantes les unes que les autres... Finalement, nous avons trouvé la bonne, le ro-cher était mauvais mais ce n’était pas très dur. Nous avons descendu la première partie en rappel notamment, vu la raideur du couloir, et il nous a ensuite fallu louvoyer entre des trous béants, vraiment impressionnants sur la deuxiè-me partie.
Même si la fatigue – pas seulement physique - commençait à faire son apparition, nous n’avons pu relâcher notre attention qu’une fois arrivés au bivouac, tant la concentration que demandait cette ascension était extrême.
»

Yann et Robin arrivent enfin au bout de leurs peines après 3 jours d’ascension. Ils rejoignent le camping d’Ailefroide à 22h, soulagés et heureux d’avoir entrepris cette expédition. Au final, il aura fallu 3 jours et plus de 48h d’action aux deux jeunes alpinistes pour relever ce défi risqué. Ils en reviendront fondamentalement changés.

 

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Audrey
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Audrey, graphiste et photographe, je suis passionnée de voyages et d'art !