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Sahara : quel avenir pour le tourisme au Tchad ?

Rédigé le 05/03/2012 - Lu 6016 fois

De retour d’un voyage d’une semaine au Tchad dans le massif de l’Ennedi au coeur du Sahara oriental, je vous livre à chaud mon point de vue et mes interrogations sur l’avenir du tourisme saharien au Tchad.

Je vous invite à visionner le retour en 40 images sur ce voyage dans l'Ennedi.

Premier vol touristique atterrissant à Faya Largeau au Tchad

Des vols difficiles à mettre en place

Le 22 février 2012, je faisais partie du premier vol touristique du Point-Afrique entre la France et Faya Largeau, une oasis de 9000 âmes, chef-lieu de la région du Borkou et base militaire de la force épervier française. Souvenez-vous en, je vous en avais parlé dans mon article Le Tchad : le pari réussi de Point Afrique ? Un vol qui a failli ne pas se réaliser si l’on en croit l’article de Marianne Un avion bien gênant pour la France.
Menaces de missiles sol-air selon les autorités françaises. Maurice Freund, patron charismatique et militant de Point-Afrique, n’en croit pas une seconde, pas plus que l’Etat Tchadien. La menace s’estompe. Une simple rumeur.

Sur place pourtant, rien ne facilite les rotations aériennes avec Faya Largeau. La piste n’est pas équipée pour alimenter l’avion en carburant et l’Etat français refuse de mettre à disposition le kérosène qu’il dispose dans ses réserves. Pour Maurice Freund, « l’Etat français ne veut pas de touristes au Sahara » pour éviter tout risque d’enlèvement. Des difficultés qui s’accentuent avec la corruption à tous les échelons de l’administration tchadienne.

Les rotations aériennes auront bien lieu en 2012 grâce à l’énergie déployée par Maurice Freund et Point-Afrique.

Ennedi : Guelta d'Archeï

Ennedi : les touristes ne sont pas attendus

Rejoindre l’Ennedi depuis Faya Largeau réduit de plus de la moitié le nombre de kilomètres de pistes qu’il fallait prendre depuis la capitale NDjamena. Gain de temps et d’argent pour les touristes.

L’Ennedi est un massif de grès où s’enchevêtre rochers et sable. Aux cathédrales de grès ensablées succèdent de larges vallées plantées d’acacias, décorées de peintures rupestres et de gueltas providentielles pour les troupeaux de dromadaires. Des paysages majestueux entre le Tassili du Hoggar et le désert du Namib que je vous invite à découvrir sur ma page Facebook.

L’Ennedi est un massif habité. On croise assez régulièrement des habitats éparses dans les vallées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les contacts avec les populations Toubou ne sont pas faciles. Dans les gueltas, les bergers nous éloignent par des gestes et des cris quand ce n’est pas par des jets de pierre de peur que nous mettions la zizanie dans le troupeau. Soit, je peux comprendre. Mais à plusieurs reprises, les contacts ont été très tendus sans raisons apparentes.Des enfants ont tenté de nous voler essayant de fouiller nos poches, de défaire les montres des poignées. Ils rusent, font semblant d’être gentils pour mieux vous dérober un objet. Autre exemple : invités par les jeunes adultes à découvrir une tente Toubou, on nous propose de l’eau avant qu’une vieille dame Toubou ne pénètre et nous vire de la tente en nous menaçant de coups de barre de fer. En quelques secondes, c’est toute la famille qui nous jette des pierres, des piles, des gamelles à la figure. Les Toubou sont insaisissables quand on n’a pas les clefs pour les comprendre. Des décennies de guerre dans un environnement hostile forgent des Hommes pas toujours très accueillants. Peut-être.  La présence d'un guide (et oui, nous n'en n'avions pas) aurait pu faciliter les rencontres. De ça, j'en suis sûr.

A Faya Largeau et à Fada où s'est tenu la première édition du Festival des Cultures Sahariennes, la population attendait la venue des touristes avec un grand intérêt. Plus souriants, plus faciles d'accès, nous avons pu échanger avec les habitants et découvrir que les Toubou pouvaient être accueillants. Nous n'en doutions pas en soi. D'autres voyageurs ont pu nous confirmer l'excellent accueil des Toubou dans la région du Borkou où Point-Afrique souhaite développer ses groupes. Un travail de préparation des populations en amont, une vie plus sédentaire et la présence d'un guide local peuvent expliquer ces différences.

Mais ne focalisons pas sur ces quelques expériences de rencontre. Prenons les comme des faits sociaux ; elles nous aident à mieux comprendre les conditions de vie des Toubou au coeur de l'Ennedi.

Arche d'Aloba

Quel avenir pour le tourisme saharien au Tchad ?

Point-Afrique a l’objectif de faire poser un vol par semaine à Faya Largeau entre décembre et mars 2013 comme il l’a déjà fait par le passé à Tamanrasset ou à Atar.
Mais le Tchad n’est pas l’Algérie ni la Mauritanie, les Toubou ne sont pas les Touareg ou les Maures. Peuple fier et belliqueux, indépendant et sans chef, ils ne seront pas faciles à convaincre du bienfait du tourisme. Si des Toubou oeuvrent pour ouvrir la zone aux touristes, d'autres ne veulent pas de la venue de charters. Le Festival des Cultures Sahariennes de Fada qui s'est tenu pour la première fois cette année pourrait servir de vecteur de rencontre entre Toubou et touristes sahariens.

Sur un plan purement logistique, il sera difficile de trouver des guides francophones Toubou sachant organiser un voyage et donner des ordres à des chauffeurs ou des chameliers qui n’en n’ont jamais reçu jusque là. Comme le font déjà les italiens de SVS, la solution est peut-être de proposer des voyages avec des guides Toubou et européens pour lancer la destination. Un double encadrement qui a un coup et qui n’est pas dans les habitudes de Point-Afrique. En tout état de cause, un gros travail de formation est à réaliser sur place. Point-Afrique et La Balaguère envisagent de faire venir des guides l’été prochain en France et Croq Nature parlait d’envoyer un guide marocain au Tchad pendant trois mois.

Parade de dromadaires à l'occasion du 1er Festival des Cultures Sahariennes à Fada (Ennedi - Tchad)

Il est évident que Point-Afrique et les TO qui programment déjà ou qui vont programmer l’Ennedi la saison prochaine devront faire un gros travail de préparation de la population. Recevoir une petite centaine de voyageurs par an et en accueillir un millier change la donne. Point-Afrique a déjà entamé ce travail dans le Borkou et les retours des premiers voyageurs étaient positifs. Les clients sont rentrés des rencontres plein la tête et les habitants ont perçu qu’ils pouvaient améliorer leur niveau de vie.

Un doute subsiste : les problèmes logistiques inhérents aux vols seront-ils résolus ? On ne peut imaginer une autre saison de rotations aériennes sans possibilité de ravitaillement en carburant à Faya Largeau. L’Etat français laissera t-il finalement Point-Afrique organiser ses vols ? La corruption tchadienne aura t-elle raison de l’engouement de Maurice Freund ?

Plus encore que les premiers voyages il y a 35 ans dans les autres zones du Sahara, la découverte de la région du BET (Borkou-Ennedi-Tibesti) est une véritable aventure en soi. Au Tchad, le tourisme d’aventure reprend (enfin !) ses lettres de noblesse.

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Grégory Rohart
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Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer les populations locales. Je marche aussi bien seul, qu'entre amis ou avec des agences f...
Toute nouvelle destination saharienne est un challenge. Le début en Adrar mauritanien ressemble à ces lignes de Gregory. Il a fallu beaucoup d'efforts pour pouvoir faire de l'Adrar ce qu'il a été ...Courage les Toubous sont des hommes fiers comme d'ailleurs tous les sahariens.....
Autre élément très important. Nous n'avions pas de guide pour ce voyage. Sa présence aurait à coup sûr facilitait les rencontres et les échanges. Je suis d'accord avec Elisabeth.
Ne focalisons pas sur les rejets...
Mais il est vrai que j'aurais dû indiquer plus précisément que les rencontres "difficiles" ont eu lieu au coeur de l'Ennedi.
Pas à Fada ni à Faya Largeau où la population attendait le passage des touristes. Idem pour le Borkou où Point-Afrique a réalisé en amont un travail de préparation.
=> je corrige...
C'est toujours avec beaucoup d'émotions que je lis les témoignages de mes co-voyageurs.
Je ne suis pas d'accord sur tout ce que vous dites: j'étais là-bas avec la Saharienne, dont le président est un Toubou. C'est mon 3é voyage pour préparer ce festival qui nous tenait à coeur: tout c'est bien passé pour nous.Les Toubous sont très accueillants, ont envie de nous faire connaitre leur pays.
Aucune manifestation de rejet.
Nous avions avec nous l'ethnologue C Baroin, qui a vécu 2 ans avec eux, qui parle leur langue et ils nous ont transmis leur bonheur de voir leur culture connue et transmise.
Passer au tourisme à une plus grande échelle n'est pas évident, et je crois qu'il faut rappeler aux touristes les règles du tourisme respzctueux...
La question du tourisme saharien au Tchad dépend moins de l'accueil des Toubou que de la logistique à faire venir des avions et à organiser et coordonner des voyages.
L'Ennedi est beau, très beau même. Les conditions de voyage y sont rudes et la population rencontrée n'a pas été des plus accueillantes. Malchance. Peut-être. Mais montre ou pas montre au poignée, crois moi que l'accueil aurait été le même chez les Toubou rencontrés. Je suis d'accord avec toi. C'est un fait à minimiser.
J'espère que Maurice aura suffisamment d'énergie pour faire voler ses avions l'an prochain. Si la corruption tchadienne et l'Etat français le laissent faire !
Bonjour Grégory et merci pour ton article. Nous avons eu l'occasion d'échanger nos impressions respectives lors du retour à Faya. Je ne nie aucunement la réalité des faits que tu décris mais il m'apparait nécessaire d'en relativiser la portée. Mon contact avec les Toubou fut courtois et chaleureux. Nos échanges furent surement facilités par la présence de Maadhi, notre guide. J'ajoute également qu'il me semble totalement inapproprié de porter sur soi montres, bijoux et autres symboles \"de richesse\" lorsque l'on voyage en Afrique et notamment au Tchad. De surcroît et même si je le regrette, le matériel caméra, son, appareil photo peut être ressenti comme une intrusion et/ou une provocation. Les désagréments que nous avons rencontrés ne sont rien au regard de la majesté des lieux et de la culture Toubou. J'en profite pour remercier la détermination et la fougue communicative de Maurice.
Bien cordialement
Tu as bien résumé la situation. La destination n'en demeure pas moins très attrayante et tes photos superbes sont là pour en attester. Les amoureux du désert africain n'ont de toute façon plus beaucoup de choix ce qui permet de rester optimiste quant à l'ouverture du Tchad au tourisme. Celle-ci devra passer par une éducation des touristes (avertis de préférence ! ) et des populations locales. Un défi à relever pour tous, non seulement pour Point Afrique mais pour tous les voyagistes et les autorités tchadiennes...