Faut-il aller voir dans les forêts de Sibérie au cinéma ?



L’adaptation du best-seller autobiographique de Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie » est sortie en salle hier mercredi. Quel sacré pari du réalisateur Saffy Nebbou de porter le prix Médicis essai 2011 à l’écran ! Alors, faut-il aller voir le film au cinéma ? Je vous dis ce que j’en pense.

Le pitch

Pour assouvir un besoin existentielle de liberté et pour fuir la société qu’il ne supporte plus, Teddy plaque tout et rejoint les rives gelées du lac Baïkal pour s’installer dans une isba. Confronté à l’hiver et à la solitude, il expérimente sa nouvelle vie autour de la cabane. Une nuit, il est pris au piège dans une tempête. Aleksei, un Russe en cavale pour avoir tué un homme à Irkoutsk le secourt. Entre ces deux hommes que tout oppose, une amitié aussi improbable que sincère va naître.

Dans les forêts de Sibérie, un film de Saffy Nebbou

Sylvain vs Teddy

Je ne sais pas si vous avez lu le récit de Tesson. Il s’était perdu sur une étagère de ma bibliothèque. Lorsque j’ai appris la sortie du film, je me suis décidé à le lire. Habitué à l’écriture d’ouvrages sur des grandes itinérances, il décide de se poser face au lac Baïkal pour retrouver sa liberté et le bonheur qui semblait le fuire. Je me souviens l’avoir lu à un moment où je vivais à cent à l’heure. Sa lecture a suspendu mon échelle du temps. Par un style qui lui est propre, sec, décalé et existentiel, il a réussi à me faire entrer dans sa vie. J’ai détesté ce moment. Rien que pour ça, le livre est réussi.

Revenons au film. Raphael Personnaz, l’acteur principal du film s’appelle Teddy, pas Sylvain, comme pour rappeler qu’il s’agit d’une adaptation libre de l’ouvrage. Les premières minutes du film me sont horribles. Trop propre sur lui, trop « parisien » dans sa veste Canada Goose, l’esprit de Teddy ne me parait pas aussi torturé que celui de Tesson. Je trouvais le personnage trop lisse, pas assez angoissé, sans introspection. Et puis où sont toutes les lectures que Tesson nous rabâchent (parfois trop) dans son récit ? Où sont passés les cigares ? A vouloir revoir le livre, je passais à côté du film.

La rencontre qui sauve le film

Et puis, il y a cette digression avec le livre. L’arrivée du personnage d’Aleksei. La rencontre avec ce meurtrier en fuite depuis 12 ans est la plus riche idée du réalisateur. Impossible de coller au livre, autant s’en écarter. Dans cette rencontre la vie des deux hommes s’entrechoque : l’un est là pour vivre son rêve alors que l’autre a fui la police pour éviter la prison. Définitivement, le film prend un virage, on s’écarte du récit de Tesson. Je cesse de comparer le film au livre et je prends enfin plaisir à regarder l’écran. Teddy prend de la consistance, le personnage s’étoffe. Je finis même à m’habituer aux trompettes d’Ibrahim Maalouf même si je considère qu’un Bruno Coulais aurait davantage fait passer d’émotions.

« Ici c’est mon rêve
– C’est pas un endroit pour rêver ! »

Pour le livre comme pour le film, ce n’est pas tant un récit sur les beaux paysages du Baïkal que sur le temps qui passe. Et vous, aimeriez-vous passer 6 mois dans une cabane l’hiver face au lac Baïkal ?

 

A propos de l'auteur

Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche et des activités outdoor non motorisés pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer l...



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