Népal : Etat des lieux de la région du Langtang après le séisme d’avril 2015



Le 15 avril 2015, un violent tremblement de terre de magnitude 7.8 frappa le Népal de plein fouet. Longue de 350 km, la zone concernée s’étend de la région du Manaslu aux portes de l’Everest, soit l’une des zones les plus courues du trekking mondial. S’en est suivi une série de plus de 1000 répliques sur les 12 mois suivants. Le bilan fût sans équivoque, un total de plus de 9000 morts, 500 000 maisons détruites et plus de 8 millions de personnes touchées. Les dégâts ont été considérables par endroit, laissant sans abris une foule incroyable de gens. Mais qu’en est-il un an et demi après ? Les conditions de trek sont-elles redevenues bonnes ? Rares sont aujourd’hui les médias qui font un point précis sur la situation actuelle, laissant de nombreux trekkeurs démunis d’informations fraiches. I-Trekkings nous offre aujourd’hui l’opportunité de bénéficier d’informations récentes et mises à jour.

3 zones en particuliers ont beaucoup souffert : le district de Gorkha (Manaslu), le district de Sindupalchok (Helambu) et le district de Rasuwa (Langtang). C’est cette dernière région que nous vous proposons de détailler, une région qui est chère à Nepatrek puisqu’elle est notre région de cœur et d’origine ; région que nous aidons activement depuis octobre 2015 (déjà 12 000 € investis) et que nous souhaitons voir reprendre son envol.

Le point sur la région du Langtang

Le séisme a causé dans la région un total de plus de 500 victimes (dont 9 Français), non pas à cause des secousses mais bien des éboulements qu’elles ont provoqués. Aujourd’hui, la région du Langtang est toujours meurtrie. Elle a mis du temps à se relever, à panser ses plaies et souffre encore d’un recul de plus de 40 % du nombre de touristes. Longtemps ignorée par la plupart des agences de trek, préférant détourner leur clientèle vers l’Everest et l’Annapurna, Le Langtang a également été supprimé de la plupart des grands topos-guides que nous trouvons dans nos librairies, présenté comme une destination rayée de la carte. Mais il en faut plus pour décourager ses habitants, très courageux et patients et beaucoup aidés par les ONG et agences locales qui militent pour un retour des trekkeurs.

Hormis le contexte touristique, la situation est finalement aujourd’hui plutôt positive. Si la reconstruction a été longue à se mettre en route, elle est toutefois amorcée depuis plus d’un an et s’intensifie depuis le printemps dernier. Le travail de déblaiement, de tri et de mise en œuvre de projets ont pris beaucoup de temps, provoqué beaucoup d’incertitudes et une forte incapacité à prendre des décisions. Aujourd’hui, le drame reste dans les mémoires mais les Népalais sont maintenant prêts à faire face au travail qui les attend.

Dans l’ensemble de la région, ce sont 4 villages qui ont énormément souffert : Gatlang et Thuman (sur le Tamang Heritage), Thulo Syabru (sur le trek de Gosaikunda) et Langtang (sur le trek du Langtang).

Enfant à Thuman

Secteur Tamang Heritage

Pour le secteur Tamang Heritage, la situation est très favorable car l’aide est arrivée rapidement ainsi que les solutions de reconstruction, notamment grâce aux voies d’accès qui sont restées en bon état et proches des villages. Dans les deux villages de Thuman et Gatlang, d’architecture traditionnelle (en pierre sèche et bois), la reconstruction avance à grands pas. Les guest houses ont toutes été réparées, on en compte même plus qu’auparavant. Il reste bien sûr encore beaucoup de maisons à réparer ou à reconstruire, mais il ne faudra pas plus d’un an pour que les cicatrices du séisme disparaissent. Les sentiers sont en parfait état. Seul petit bémol, les sources d’eau chaude de Tatopani qui se sont taries après le séisme. Si un petit filet d’eau coule encore en début d’automne, il se retrouve asséché à partir de l’hiver (saison sèche).

Réparation d’une maison terminée du village de Gatlang

Secteur Gosaikunda

Pour le secteur Gosaikunda, la situation est encore plus favorable. Ce trek a relativement été épargné par le séisme, ce qui a facilité la réhabilitation des établissements affaiblis. Seul le village de Thulo Syabru a un bilan plus mitigé. Embourbé dans un interminable projet de piste le reliant à Dhunche, ce village a tout misé sur ce projet pour se reconstruire, dépendant d’un chantier pharaonique ayant pris du retard avec la crise pétrolière (entre Inde et Népal) de la fin d’année 2015. Aujourd’hui, la piste est terminée, il est désormais possible de se rendre à Thulo Syabru en Jeep, ce qui facilite l’acheminement de matériaux, réduit les coûts et devrait donc accélérer de façon exponentielle la réhabilitation du village dans les prochains mois.

Secteur Helambu

Le bilan est en revanche beaucoup moins optimiste sur le versant Helambu (sud des lacs de Gosaikunda) qui a beaucoup subi de dommages. La reconstruction est là-aussi amorcée depuis longtemps, mais il y a encore beaucoup de travail dans les villages de Melamchigaon, Tarkeghyang et Tharepathi.

Secteur Langtang

Enfin, le secteur Langtang, vallée ayant donné son nom à un parc national de 1710 Km², sans doute l’une des images les plus marquantes de cette catastrophe, celle d’un village balayé, soufflé, laissant comme seule trace de son existence des souvenirs. Pour résumer la situation, 100 % de la zone située entre Sherpagaon et Kyanjin Gompa a été détruite. 100 %. Les gens qui foulent aujourd’hui le chemin traversant ce qu’il reste du village de Langtang ne peuvent pas imaginer qu’un vaste bourg de 40 maisons existait il y a 18 mois à cet endroit. Le village se retrouve aujourd’hui recouvert de plus de 40 mètres d’épaisseur de roche provenant du Langtang II (6596m) qui s’est cassé en deux. Nous avons réalisé en novembre 2015 un état des lieux précis détaillant la situation exacte de la vallée.

Reconstruction quasi terminée à Kyanjin Gompa

Aujourd’hui, fort heureusement beaucoup de choses ont changé. Absolument tous les chemins ont été réhabilités, même s’ils peuvent par endroit être exposés à des éboulements. Il est donc préférable d’éviter la saison juin / août pour y faire du trek. Les villages sont tous en cours de reconstruction et les travaux sont même quasi terminés dans beaucoup d’entre eux (Bamboo, Lama Hotel, Rimche, Mundu, Kyanjin Gompa) qui sont en pleine capacité d’accueillir les trekkeurs.

Le village de Langtang lui aussi se reconstruit, mais il a dû se délocaliser plus haut dans la vallée pour éviter le pierrier. La question de propriété des terrains et le refus du parc national de donner des terres aux habitants ont fortement retardé la reconstruction, mais des solutions ont été trouvées et plusieurs maisons sont déjà reconstruites, notamment à Langtang Gumba.

Maison en cours de reconstruction à Thulo Syabru

Pour résumer

En résumé, toute la région est prête à vous accueillir. Les conditions de trek sont sûres, les paysages toujours aussi beaux et les gens toujours aussi accueillants. Le parc national est l’un des mieux préservés du pays et offre une biodiversité étonnante. De plus, la faible affluence d’après séisme fait que toutes les conditions sont réunies pour réaliser un trek inoubliable dans la région.

Nous vous conseillons vivement de confier l’organisation à un guide local ou une agence de la région. Dans les deux cas votre découverte sera bien plus riche qu’avec n’importe quel autre professionnel et surtout vous contribuerez à faire travailler des équipes locales et à remettre en route toute une économie locale fatiguée. De plus, nombreux sont les projets d’aide que vous pourrez découvrir et pourquoi pas vous y impliquer. Nepatrek organise depuis septembre 2015 des treks solidaires dans toute la région – le but étant de favoriser les échanges, le retour d’une économie locale par l’emploi et d’injecter les bénéfices des treks dans des projets autofinancés et sans intermédiaire (dirigés par Nepatrek Solidarité France). Cette région, à l’image de son peuple, a su faire preuve d’un immense courage pour se reconstruire, revenir dans la région est la meilleure aide que nous puissions leur apporter.

Amis trekkeurs, le Langtang vous attend !

A propos de l'auteur

Fondateur d'I-Trekkings et des blogs I-Voyages et My Wildlife, j'apprécie le rythme lent de la marche et des activités outdoor non motorisés pour découvrir des territoires montagneux et désertiques et rencontrer l...



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