4000 et + (Pangboche 3960m -> Chukung 4730m)

Destination : Népal » Asie | Montagne : Everest ; Himalaya | Activité : Alpinisme  | 


4000 et + (Pangboche 3960m -> Chukung 4730m) - Carnets de voyage Island Peak et Mera Peak - Carnet de course d'Alpinisme au Népal
Posté le :


Lundi 16 octobre : 4000 et + (Pangboche 3960m -> Chukung 4730m)

La nuit fut épique. Couché à 20h comme d’hab, impossible de trouver le sommeil. Au bout de quelques minutes, j’entends une clochette genre clarine à quelques mètres de la tente. En plus Gérard se met à ronfler… ça broute à quelques cm de ma tête… Je tourne et m’énerve dans mon sac de couchage à chercher vainement le sommeil. Je lance quelques « Pschhhhh ! » qui font retentir les clochettes de plus belle.

Au bout d’une bonne demi-heure de concert, je décide de chasser la vache musicienne de notre entourage. Lampe frontale, caleçon, pantalon, veste polaire, chaussures, et je sors dans la nuit glacée, et tombe sur… une jument et son petit, au pied de la tente. Un peu affolés par le faisceau de ma frontale, ils s’éloignent de quelques mètres en faisant tinter leur cloche de toute leur force. C’est là qu’un chien très dévoué (que j’avais gentiment mais fermement éloigné de nos affaires en préparation hier soir) vient « à ma rescousse » sans que je ne lui demande rien. Surgissant de je ne sais où, il chasse les chevaux dans le pré fermé juste en dessous de la plate-forme où sont installées nos tentes. Brave animal qui accourt sans aucune rancune pour ma brusquerie de la veille. (Plus ça va, plus je me dis que les animaux sont souvent supérieurs à l’homme en bien des points.)

Bref, revenons-en à nos chevaux… acculés par le chien, excités par mes « Pschhhhh » et affolés par la frontale, les chevaux coincés paniquent, tombent sur un de leur congénère qui broutait tranquillement dans le pré en contre-bas, se mettent à hennir, ruent, quel bazar à 23h ! N’ayant réussi qu’à semer la zizanie plutôt que de ramener le calme, j’arrête les dégâts, et rentre penaud sous la tente, réveille involontairement Gérard au passage et choisit finalement la solution « bouchons d’oreilles », ça règle à peu près le problème des clarines et des ronflements de Gérard qui repartent de plus belle.

Du coup ce matin il est dur de sortir du sac de couchage à 6h30, heureusement l’eau chaude et le thé au lit devraient m’y aider.
Grand beau, nous levons le camp rapidement (50’). Harsum, notre porteur le plus costaud est malade, problèmes intestinaux… Comment pourrions-nous faire sans lui ? Je lui donne des anti-diarrhéiques et un antiseptique intestinal, en espérant qu’il se remettra vite. Il mettra longtemps à monter jusqu’à Chukung, les autres ne le soulagent pas de sa charge, bizarre la solidarité entre porteurs.
Nous progressons le long d’une superbe vallée, le chemin monte en pente douce. Nous laissons sur la gauche la vallée qui mène à Phortse et au camp de base de l’Everest, et nous nous engageons dans la Chukung Valley, en suivant la rivière Imju Khola.
La végétation disparaît presque totalement au-delà de 4200m et laisse place à un univers minéral de moraines et de rochers. Nous remontons la rivière jusqu’au village de Chukung à 4730m d’altitude (soit 80m en dessous du sommet du Mont Blanc) que nous atteignons à 15h30. Nous attendons les porteurs dans un lodge, celui-ci est occupé par des français et belges qui remplissent tout l’espace à eux seuls. Ils sont assis à chaque coin de la salle et s’interpellent en se racontant leurs exploits minables. Ils sont sans-gêne et auto-suffisants, exclusifs, vantards, je les déteste immédiatement, surtout un guide de Vanoise dont on apprend tout en une soirée : M. je sais tout et j’ai tout fait mieux que les autres, en résumé. Décidément je me sens mieux dans le monde souriant et respectueux des sherpas, entouré de mes 2 amis Gérard et Seb.

D’un commun accord nous décidons de ne pas prendre le repas dans le lodge tellement ils nous saoulent. Et on se retrouve tous les 3 dans notre petite tente à raconter nos conneries, dans un de ces moments magiques de complicité et de fraternité, avec Kadje toujours aussi soucieux de notre confort.

Depuis le début on n’a jamais mangé une seule fois la même chose, ils sont incroyable notre équipe, une vraie « dream team »…
Janbu va mieux, mais un autre porteur est malade et Kadje tousse. aïe aïe aïe, on a besoin d’eux ! On les bourre de lisopaïne et d’efferalgan, en espérant qu’ils se retaperont bien demain lors de la journée d’acclimatation.

Le temps s’est couvert à midi, comme d’habitude, mais avec la nuit tout s’est éclairci et nous avons droit à un ciel magnifique, avec une voie lactée comportant des milliers de fois plus d’étoiles que ce qu’on a la possibilité de voir de chez nous. Quelle injustice pour nous autres citoyens d’Europe d’être privés de la beauté de la voie lactée, d’un vrai ciel illuminé de milliards d’étoiles. Quel lourd tribu nous payons à la pollution lumineuse et aérienne de nos villes qui nous privent de ce fantastique spectacle nocturne. Comme je plains à cet instant mes concitoyens qui, au chaud sous leur couette et sur leur moelleux matelas de 20 cm d’épaisseur, ne connaissent pas l’enchantement de cette nuit étoilée dont je me remplis les yeux et la mémoire depuis ma tente givrée, mon sac de couchage exigu et mon tapis de sol de 2,8 cm par 10° en dessous de 0.