Ascension du Chillan

Destination : Chili » Amérique | Montagne : Andes | Activité : Randonnée  | 


Bien que le sommet ne soit pas très haut (3100 m), l’ascension du Chillan est assez fatigante avec des pans de neige et la cendre volcanique; un pas en avant deux pas en arrière...
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Le lendemain, nous devons passer un premier col à 2500 m sans chemin puis traverser une vallée en marchant sur les roches solidifiées d’une ancienne coulée volcanique qui contraste avec le paysage vert environnant. Enfin, nous passons un deuxième col, celui-ci enneigé, pour descendre à “Aguas Calientes”, le camp de base pour l’ascension du volcan Chillian, zone connue pour ses eaux thermales. Arrivés en haut de ce dernier col, très fatigués, nous nous autorisons une descente vers le camp de base sur les fesses, dans la neige. Elliot enchaîne sa deuxième boulette en “surfant” sur la neige, accroupi sur le tibia. Résultat: une bonne moitié du tibia gauche en sang, la peau brulée par la neige! Nous installons la tente au pied du volcan Chillan, entourés de beaucoup d’autres campeurs, une première pour nous ! C’est le week end, et les chiliens adorent passer la fin de semaine dans la cordillère. C’est assez bizarre de se retrouver avec autant de touristes alors que nous étions dans une vallée très vierge de l’autre côté.

La nuit a été terriblement mauvaise, trop venteuse. De plus, le lendemain, l’ascension du Chillan est assez fatigante avec des pans de neige et la cendre volcanique; un pas en avant deux pas en arrière. Le sommet à 3100 mètres nous offre néanmoins une superbe vue sur toute la cordillère et de belles photos avec nos amis chiliens rencontrés au sommet. Après une descente fanfaronnante et un petit plouf dans les eaux thermales naturelles, Hervé se lance dans une collecte de nourriture, sans gêne, en expliquant notre histoire. Ce sont au total 5 généreux donateurs qui n’estiment probablement pas l’importance de leur geste: nous allons pouvoir manger un peu plus à chaque repas. En effet, le rationnement se faisait déjà cruellement ressentir. La faim est une sensation mordante qui ne laisse pas de répit et profiter de ce qui nous entoure devient alors un luxe. Malgré l’effort intense déjà consenti pour l’ascension, nous continuons notre marche pour quitter cette vallée trop exposée au vent pour y passer la nuit. Alors que les chiliens repartent tous à l’ouest pour sortir de la cordillère, nous marchons 10 km de plus, plein sud, pour rejoindre le volcan Antuco dans 3 jours. C’est le prochain sommet à gravir. Sur le coup, y penser nous déprime presque. Nous nous engageons un peu blasés sur de petits sentiers sableux et rocailleux avec une succession de traversées de rivières périlleuses qui rappellent l’accident du premier jour. Nous arrivons enfin à un endroit parfait pour camper, à l’abri, dans la fôret, une rivière à proximité. Comme à chaque bivouac, nous avons notre petit rituel. Nous trouvons l’endroit idéal et entamons notre chorégraphie minutieusement répétée pour armer la tente, c’est plié en 5 minutes…! Vient alors la collecte du bois, l’allumage du feu, et le moment de se débarbouiller; laver nos vêtements et remplir l’eau pour la nuit. Quelques étirements avant de s’installer paisiblement près du feu. Il ne nous reste plus qu’à manger, profiter du bon climat en plein été austral. C’est notre troisième nuit consécutive dehors, et elle fût encore très moyenne, surtout pour Elliot qui a eu l’impression qu’on lui versait de la sauce piquante sur sa brûlure à la jambe toute la nuit.

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La quatrième journée est elle aussi rude. La nature nous sert sur un plateau d’argent son fameux cocktail “passage de col, tavanos, bambous et marécages”. Décidément, ce trail est vraiment éprouvant, surtout quand cela fait déjà 225 jours que vous marchez dans des régions plus hostiles les unes que les autres. Nous voyons tout de même le bout de cette courte mais intense journée. Nous descendons dans une nouvelle vallée; quelques vieilles bâtisses en pierres et en bois apparaissent, et nous traversons une rivière pour rejoindre un point marqué sur notre GPS : “Poste Conaf”. Ce sont les gardes forestiers chiliens, présents dans toute la cordillère. A notre surprise, nous y trouvons âmes qui vivent. Ce poste forestier est en réhabilitation par deux ouvriers qui campent sur place. Il est tôt, 14h à peine, pour une journée minuscule de 14 km dont nous avons vraiment besoin pour profiter d’une après-midi et recharger les batteries. Quoi de mieux pour se reposer qu’un bain chaud; le gérant du chantier nous apprend qu’il y a des eaux thermales et nous y invite. Les bassins sont faits des pierres volcaniques alentours, il y a même un petit jardin et des sculptures! Un bon moment que les tavanos s’empressent de venir nous rendre un peu moins agréable…évidemment. Nous faisons la rencontre d’un groupe de 5 chiliens, la quarantaine environ, qui sont venus pêcher une semaine. La soirée se passe très bien en leur compagnie, même s’il faut supporter un monsieur “je sais tout”. Cette fois encore nous avons faim, nous avions vraiment pris de petites rations pour cette section, allez savoir pourquoi. Nous espérons très fort que ces chaleureux campeurs partagent leur casse-croûte du soir avec nous. C’est alors qu’un des ouvriers du chantier nous amène une gigantesque vasque, dans laquelle la moitié d’une chèvre était rentrée, cuite et découpée. Nous ne devions pas être très éloignés d’une scène digne de nos ancêtres de cro-magnons, à dévorer des cuisses de chèvre à la main, autour du feu…Après s’être littéralement empiffrés, nous étions prêt à passer une excellente nuit. C’était sans compter sur ce fameux monsieur “je sais tout” qui s’est probablement transformé dans le pire Yéti ronfleur des Andes. Encore une fois, une nuit sans sommeil et beaucoup d’énervements au réveil; la vidéo enregistrée au réveil restera confidentielle.

Il y a des moments comme ça dans le binôme où nous nous sentons vraiment liés. Après être partis en vitesse du camp, énervés, nous avons la même idée : sortir le téléphone et mettre de la musique pendant que nous marchons, chose extrêmement rare. On se sent un peu hors du temps, la musique nous emporte, tellement fatigués, le chemin devient facile. Les sensations sont à vifs. Nous sommes un peu fragilisés mais nous nous soutenons. Encore une montagne à passer, il faut rester concentrés car le chemin est certes visible mais semé d’embûches. Après le col, nous passons dans une vallée très vierge; une pampa un peu hostile qui nous amène à vue de la Laguna Laja. 30,7km pour ce 22 décembre 2015, afin d’atteindre un “puesto” marqué comme waypoint (marqueur) sur notre GPS. Un puesto, c’est une cabane d’été de paysan, qui monte y vivre avec ses animaux quand le beau temps arrive. En général, c’est inoccupé ou abandonné. Celui ci est en très bon état, il y a des provisions à l’intérieur, mais aucun signe de vie (pas de braises chaudes, d’équipements), seule une inscription sur une planche, qui s’adresse aux voyageurs : “vous pouvez occuper mon puesto, laissez tout en orde”. C’est exactement ce qu’il nous fallait, pas de tente à monter, du bois et une rivière à proximité et une vue magnifique sur la lagune. Nous installons nos matelas à l’intérieur après un petit coup de balai, et préparons à manger tranquillement. La nuit est correcte sous ce toit.

The10kwalk
A propos de l'auteur

  Nous sommes hervé DUPIED et Elliot Nakache. Nous présentons The 10K Walk. The 10K Walk est un défi sportif aventurier et culturel que nous nous sommes lancés. Il s’agissait, à l’origine de parcourir 10.000 kilomètres à pied en un an du Mexique à l’Argentine.   Au final, nous avons parcouru 7.484 km comprenant l’ascension de ...



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