Au cœur du Mustang

Destination : Népal » Asie | Montagne : Himalaya ; Mustang | Activité : Randonnée  | 


Au cœur du Mustang - Mustang : à pied au royaume interdit – Carnet de Trekking au Mustang (Népal)
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Le lendemain, je dépasse enfin le panneau stop après avoir signé le registre des entrées. Cette visite au poste de police est l’occasion d’être informé sur les statistiques concernant les trekkeurs du Mustang : une grande majorité d’allemands et de français pour environ 850/950 personnes durant les 3 dernières années.

Un dernier regard sur le village avec la grande joie de voir le Nilgiri (6940 m) en grande partie dégagé avec ses pentes vertigineuses enneigées. On se sent soudainement très petits devant cette immensité!

Il est temps de se mettre en route ; le chemin longe le fleuve à mi pente, parfois sur des éboulis ou des pentes raides prêtes à s’écrouler. De vastes cheminées nous dominent de leur hauteur. Chaque passage de col est l’occasion d’un point de vue plus détaillé sur les roches rouges de la rive opposée. Véritable symphonie des couleurs minérales. J’ai du mal à penser que ce paysage austère était recouvert de forêts il y a quelques siècles!

L’arrivée dans un nouveau village est toujours marquée par la présence de cultures qui entourent les habitations proches des unes des autres. Celui de Chuksang a cela de particulier que les maisons sont accolées les une aux autres. Un étroit passage couvert permet de circuler d’une maison à l’autre formant un dédale souterrain parfois interrompu par un puits de lumière.

Mes pas m’emmènent devant le point d’eau, grand rendez-vous  des habitants, qui pour se reposer, se tenir informé des dernières nouvelles, s’épouiller les cheveux, remplir de grandes bassines d’eau, laver le linge… Un "tashidele" (bonjour) salue joyeusement mon passage lorsque je croise l’un d’entre eux. Les femmes surtout paraissent très curieuses ; elles m’entourent, soupèsent mes bracelets, me touchent la peau. Elles sont nombreuses encore à porter la chuba traditionnelle : longue robe en laine de couleur noir sur laquelle est posé un tablier à rayures qui se termine par le bas en forme de pointe. La position de celle-ci, devant ou derrière détermine si la femme est mariée ou encore célibataire.

La Kali Gandaki s’étale devant nous. Les pluies abondantes de ces dernières semaines ont changé le cours de son lit qui s’est élargit au-delà des anciennes berges, nous obligeant à pénétrer dans l’eau sur une bonne longueur pour atteindre le pont métallique, petit îlot métallique perdu au milieu des eaux tumultueuses. Pas d’autre solution que de se mouiller : les chaussures autour du cou le bâton dans une main : le premier contact avec l’eau est glacé. Les sherpas nous épaulent de tout leur poids, pas après pas tandis que l’eau nous arrive bientôt à la ceinture. Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas être entraînée par le courant. Surtout penser à bien lever les jambes et traverser selon une diagonale avale. C’est "Jerry" notre agent de liaison ainsi surnommé en raison de ses lunettes, le plus habile à détecter les meilleurs passages. Nous saluons tous son courage lorsque des objets qui se sont détachés du panier d’un sherpa commencent à dévaler le courant, il se jette à leur rencontre pour les intercepter. De ce jour, il a gagné ses galons et s’est définitivement intégré au groupe. Après que chacun soit passé nous nous rassemblons sur la berge pour assister à la traversée des mules qui vaillamment affrontent le courant. Le suspens est total jusqu’au passage de la dernière d’entre elles.

Dès lors cols et villages se succèdent les uns après les autres, tous différents et pourtant étrangement similaires avec leurs murs de moulins à prières, leurs mantras gravés sur des pierres plates, leurs chortens que l’on n’oublie jamais de contourner par la gauche, leurs maisons aux toits plats sur lesquels sont entassés, bien alignés, du bois pour l’hiver et aussi, la gompa qui se reconnaît facilement grâce à ses murs aux couleurs ocres.


Texte photos : Marie-Laure Vairelles, photographe (reportage et montage)

mlvareilles
A propos de l'auteur

 28 années à parcourir la planète, un pied sur chaque continent, une prédilection pour les marches dans les Alpes et l'Himalaya, mais aussi les deserts et les Andes... témoigner de la diversité des cultures de notre planète. Architecte d’intérieur de formation, j’ai parc...



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