Balade de santé à 5000m (Chukung 4730m -> Chukung Ri 5550m -> Chukung)

Destination : Népal » Asie | Montagne : Everest ; Himalaya | Activité : Alpinisme  | 


Balade de santé à 5000m (Chukung 4730m -> Chukung Ri 5550m -> Chukung) - Carnets de voyage Island Peak et Mera Peak - Carnet de course d'Alpinisme au Népal
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Mardi 17 octobre : balade de santé à 5000m (Chukung 4730m -> Chukung Ri 5550m -> Chukung)

Grasse matinée jusqu’à 7h, trop cool.
Ensuite nous partons légers pour le Chukung Ri, 5550m d’altitude face à l’Island peak et au pied du Nuptse, ce sera mon 2° plus haut point atteint après le Kilimandjaro.
Le chemin sablonneux s’élève en pente douce, nous suivons tranquillement Kadje qui est parti les mains dans les poches, il porte toujours le même équipement, qu’il fasse +30 ou –5°. Pour lui ça semble être une ballade de santé, pour nous 3 c’est autre chose, et nous prenons garde à ne pas « taper dans les réserves » de façon à être en pleine possession de nos moyens pour l’ascension du surlendemain. Nous sommes à l’écoute de nos corps pour prévenir tout symptôme du mal aigu des montagnes (MAM), et redescendrons à la moindre alerte. Mais tout se passe bien et nous continuons à monter, passant pour la première fois du séjour au-delà des 5000m. Gérard et Seb battent leur record d’altitude, ils n’étaient jamais montés plus haut que le sommet du Mont Blanc à 4810m.

La végétation n’est plus composée que de quelques mousses et lichens. A cette altitude, plus aucun arbuste ne subsiste. Puis au-delà de 5300m toute trace de végétation disparaît totalement, c’est le règne du minéral et de la glace, des pierres éclatées par le gel, du souffle court, du pas lent et cadencé, des premiers maux de tête, mais que le spectacle en vaut la chandelle !
Sous nos yeux ébahis, alors que nous sommes au pied du Nuptse, apparaît l’Island Peak (est-ce que son nom vient de sa situation, semblable à un îlot au milieu de tous ces 7000 et 8000 qui le cernent de toute part ?) Il parait tout petit au milieu de ces géants, pourtant nous savons que lorsque nous serons à son pied, ce ne sera pas comme cela que nous le percevrons.
Puis apparaissent le Makalu et ses 8460m, le Baruntse à 7152m, et notre futur col : l’amphu Lapste à 5850m. Enfin le Kanchenjunga, 3° plus haut sommet au monde avec plus de 8600m, de l’autre coté le Pumo Ri qui dépasse aussi les 7000, et tellement d’autres que Kadje nous cite et dont je ne retiens pas les noms. C’est une féérie, une explosion de sommets, un feu d’artifice de roche et de glace… Sous nos yeux 3 sommets de plus de 8000m, des myriades d’autres entre 5000 et 7000… époustouflant !
Nous prenons le temps de nous acclimater, la température est tout à fait supportable au soleil et à l’abri du vent. On prend des photos, on mange des barres de céréales en buvant du thé chaud, je me rends compte que mes clichés à 7 Mpixels ont déjà rempli une de mes 2 cartes mémoires, il va falloir diminuer la résolution des prochaines photos si je ne veux pas être à court.
A 12h nous entamons la redescente, on y va cool, on cherche un peu l’endroit où Seb a abandonné ses bâtons à la montée (Kadje nous prouve alors qu’il n’a pas de problème d’acclimatation en sautant comme un cabri d’un rocher à l’autre). On est de retour à Chukung au campement après avoir « bouffé » pas mal de poussière dans l’air très sec de la haute altitude qui commence. Je sollicite Seb et Gérard à payer leur coup pour cause de record d’altitude battu, peine perdue…

Durant la descente un sérieux mal de crâne m’assaille et je retrouve avec angoisse les terribles sensations de l’année dernière : la barre qui traverse la tête d’une tempe à l’autre en s’agrippant derrière les yeux… Arrivé au campement je me sens mal et vais me coucher un instant. Comme ça ne passe pas avec un doliprane, je décide de prendre un diamox car il est hors de question de revivre la galère de l’année dernière. Certains diront que c’est du dopage ou je ne sais quelle autre connerie : qu’ils viennent déjà à plus de 5000m avant de juger.

Qui en voudrait à un marin de prendre un cachet anti mal de mer s’il ne sent pas bien sur son bateau ? Et bien pour le montagnard, c’est pareil : le diamox, c’est le mercalm de l’alpiniste. Ce n’est de toute façon pas ce cachet qui me donnera les jambes et la condition pour monter à l’Island peak, alors autant soulager le mal et privilégier l’aspect agréable de la situation. J’ai suffisamment d’expérience du mal des montagnes pour en discerner les symptômes, et je redoublerai d’attention envers les signaux d’alerte que m’enverra mon organisme. Et ça semble marcher car dans l’après-midi je me sens beaucoup mieux, puis après le super « dinner » pris dans le local des porteurs, je retrouve la grande forme.

Je me dirige vers le lodge ou j’espère retrouver le groupe d’allemands avec qui j’ai sympathisé hier, et surtout Dragnar, l’allemande mignonne qui a alimenté mes insomnies de la nuit dernière de douces pensées… il faut dire que j’ai eu le temps de cogiter, j’ai l’impression d’avoir passé la nuit à me battre contre les différentes ficelles et autres velcro de mon sac de couchage. Il a fait très froid, je me suis donc relevé pour enfiler des chaussettes, puis le pantalon en polaire que j’ai eu la géniale idée d’acheter en dernière minute au marché de Namche. Cette fois, on est vraiment dans l’univers de la « haute ».  Cette nuit je dormirai directement équipé en config « froid » pour affronter les -5° de l’intérieur de la tente, sans doute -10° au dehors.

un + dix-sept =