Barèges / La Mongie / Pic du Midi

Destination : Occitanie » France | Montagne : Pyrénées | Activité : Randonnée  | 


En dépit des douleurs dorsales, en dépit d'une météo capricieuse et multi-changeante, en dépit des sérieuses difficultés rencontrées et les nombreux obstacles à surmonter, il est toujours appréciable de se dire, au réveil, qu'un tel parcours depuis Lourdes jusqu'à Barèges touchât enfin à son terme. Affronter la montagne, cette dame majestueuse aux facettes inconnues, est toujours source d'anxiété mais riche de découvertes de soi. Ainsi une particulière pudeur s'insinue en nous, pour jamais nous abandonner.
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Carnet : Les Pyrénées : en route pour les étoiles

Après chaque cycle d’efforts que nous nous imposons, il est essentiel de s’accorder une récompense. Sous la forme d’une pause-journée, d’une visite culturelle ou d’une montée vers les étoiles… Le Pic du Midi !

Un magnifique tapis blanc avait recouvert les sommets de la vallée de Bastan, au-dessus de Barèges, joint à un bleu azur digne de la meilleure photographie. Hélas, sa fonte semblait déjà programmée.

Suite à cet enneigement précoce, le col de Tourmalet était fermé à la circulation. Depuis la station de Super-Barèges, un sentier remonte vers le nord à travers des pentes herbeuses pour accéder, au terme de trois heures, au Pic. Ce chemin était selon de toute évidence impraticable ; aurait-il fallu un équipement spécial pour affronter une montée d’une telle dangerosité. Au printemps ou en été, cependant, l’ascension est réalisable. En ce jour neigeux, le risque était énorme. A l’origine, mon souhait était de gravir cette piste, par le col de Sencours. Les chutes neigeuses bouleversèrent ce brûlant désir et j’ai dû renoncer au projet à contre-coeur. L’unique itinéraire pour atteindre la station de la Mongie, en évitant le col du Tourmalet, était de contourner par Argelès-Gazost, puis Lourdes et Bagnères-de-Bigorre. La circulation des cars étant elle aussi incertaine, la seule solution était de partir en taxi. Une heure de route… Le tarif au final fit un joli trou dans mon budget.

Village enclavé à 1800 mètres d’altitude, au pied du Pic du Midi et sur le versant est du col de Tourmalet, La Mongie est dans une cuvette ; c’est une station au pied des pistes qui vit surtout en saison hivernale. Le domaine skiable du Tourmalet se proclame le paradis de la glisse : ski de piste, ski de fond, surf, snowboard, raquettes. Aux alentours, le paysage s’affichait entièrement en blanc, sous un ciel sans nuage. Seul l’astre solaire suffisait à réchauffer cette froide atmosphère. Des chalets de montagne accrochés à un versant surplombent le village. Nommées « Vaisseau des étoiles », des cabines téléphériques allaient et venaient depuis le Pic du Midi, invisible depuis la vallée. Seulement l’antenne TDF qui alimente un septième du territoire français dresse sa silhouette à partir de n’importe quel point de vue.

Eau verglacée de La Mongie

Montée vers les étoiles :

J’avais réservé une soirée et une nuit tout là-haut, à une altitude qui frise l’impensable. Dedans la cabine qui relie La Mongie à ma destination finale, près des étoiles, je savourais le plaisir de mémoriser un panorama extraordinaire. Durant cette croisière aérienne de haute voltige, nous enjambions des crevasses, des combes, des falaises aux flancs abruptes, des crêtes qui s’arrondissaient et prenaient du relief. L’envol dure environ 15 minutes. Le lac d’Oncet, vaste réservoir d’eau d’une surface de 6,7 ha et d’une profondeur de 16 m, apparaît scintillant sous l’effet solaire. A l’approche de l’observatoire, se dresse le pic impressionnant du Midi (2877 m).

A la croisée de la terre et du ciel, le pic a cette faculté d’embrasser d’un seul regard la chaîne des Pyrénées. Depuis les deux terrasses panoramiques (750 m2), l’horizon s’étend sur 300 km côté sud-ouest et nord-est, des plus hauts sommets connus jusqu’au Massif Central, en passant par une vision vertigineuse sur les plaines. La brèche de Roland, facilement reconnaissable, se détache dans un lointain dégagé. Paraît-il, les lumières du phares de Biarritz, situé à 150 km, sont visibles par temps clair.

Les bâtiments, les structures complexes et la vie au Pic sont l’héritage des premiers explorateurs astronomes. Menacé de fermeture par deux fois (en 1930 et en 2000), pour raisons économiques, son dernier sauvetage a été assuré grâce à l’ouverture de ses joyaux au public. Ainsi, le plus grand et haut chantier d’Europe a débuté pour sa rénovation et sa renaissance. Cela a permis la rencontre improbable entre la communauté scientifique et le grand public. Cette histoire émouvante est retracé à travers un film vidéo lors de la visite à l’espace muséographique. Ce même musée vous permet la découverte de l’astronomie, avec une initiation au monde des étoiles et des planètes sous forme de superbes photographies.

Pic du Midi : coupole Baillaud

Nuit étoilée :

Au cours d’un apéritif arrosé, notre animateur de la soirée fit état à notre groupe des règles de sécurité à suivre, ainsi que certains effets de l’altitude : manque d’oxygène et essoufflement rapide. Ensuite, tous passèrent à l’extérieur, sur la terrasse ; nous assistâmes au coucher du soleil, moment d’émotion intense et unique. Sa descente est très rapide, cassant ses rayons sur les pics enneigés et rebondissant sur des mers de nuages. Ensuite, nous eûmes droit à une visite détaillée des rouages de l’observatoire, partant à la rencontre des spécialistes et des télescopes. S’enchaîna rapidement avec un dîner gastronomique. Autour de la tablée, 18 convives profitèrent bruyamment d’avoir le Pic pour eux seuls, sans touriste, sans agitation. Après cette interlude culinaire, à une telle hauteur, rien ne vaut une observation étoilée du ciel.

Notre animateur installa, sur une terrasse extérieure, un télescope. C’était la première fois que j’en apercevais un d’aussi près. Les températures flirtaient avec le zéro degré, l’air était sec et piquant, la nuit froide et claire. D’en haut, pouvions-nous distinguer les lumières de Barèges, à l’ouest, au-dessus desquelles stagnaient une nappe nuageuse. Les villageois avaient la malchance de connaître un ciel couvert, tandis que notre grandeur nous permettait de balayer, d’un seul mouvement oculaire et circulaire, une clarté infinie, une rare pureté visuelle, une transparence unique de l’atmosphère. Nous étions les maîtres d’un monde, juste pour quelques heures.

A travers l’oeilleton du télescope, nous fûmes témoins de divers objets lumineux : constellations, nébuleuses, comètes, amas globulaires, l’étoile du Berger, la planète Mars, etc. Parfois, nous assistions à une étoile filante. 90 minutes durant, l’animateur nous fournit une série d’explications astronomiques. Impossible de retenir tous ces termes techniques mais ô combien elles étaient intéressantes ! A 23h30, l’observation connut son dénouement. Après une telle veillée enrichissante et lumineuse, l’endormissement est mieux facilitée ; un sommeil léger, rapide et… étoilé.

Pic du Midi : soleil couchant, terrasse

Matinée continentale :

Dès les premières minutes de l’aurore, nous étions déjà tous debout, sur la terrasse est de l’observatoire, les bottes dans dix centimètres de neige. Transis de froid, certes, cependant très impatients d’assister au lever du soleil. Il se faisait attendre. Or sa venue fut précédée de belles couleurs, d’un splendide dégradé bleu-orangé et d’un horizon obscur. Applaudissements ! Un point lumineux apparut au-dessus des crêtes, puis très vite il grossit, tripla de volume, ses rayons balayèrent les pics enneigés et le ciel allait en s’éclaircissant, nous illuminant soudain.

Notre animateur nous convia ensuite à entrer dans une coupole. Un télescope était pointé en direction de la lune, cette masse qui fait partie intégrante de notre quotidien. A travers un filtre rouge, nous purent examiner des jets de matière à la surface de notre satellite, projetés ensuite dans l’espace. Ailleurs dans l’observatoire, d’autres bâtiments fermés traditionnellement au public non initié nous permirent de découvrir l’envers du décor. Un énième télescope, sous la coupole Coronographe, nous donna l’occasion d’admirer la couronne solaire, avec la projection variable de protubérances, souvent associées aux taches solaires. Muni d’un filtre opaque, l’instrument renvoie une éclipse permanente de l’étoile. Ces images d’une beauté époustouflante conclurent ici notre odyssée astronomique et constellée.

Pic du Midi : soleil levant, aurore

Le programme complet de la nuit étoilée :

– Montée en téléphérique
– Apéritif
– Coucher du soleil
– Dîner traditionnel composé de produits du terroir
– Animation astronomie avec découverte des étoiles commentée par un animateur professionnel
– Nuit au sommet en chambre individuelle ou en chambre double
– Lever du soleil sur la chaîne des Pyrénées accompagné d’un petit-déjeuner continental
– Retour vers La Mongie en matinée.

Détails sur www.picdumidi.com

Service d’observation couronne solaire :

– Site de Climso : http://www.climso.fr
– Site des observateurs associés : http://www.astrosurf.com/oa
– Base de données solaires françaises Bass2000 : http://bass2000.bagn.obs-mip.fr
– Images temps réel et films du coronographe : http://bass2000.bagn.obs-mip.fr
(puis cliquer sur « Observations Systématiques »)
=> lien direct : http://bass2000.bagn.obs-mip.fr/New2003/Pages/Instruments/image_coro.html

A propos de l'auteur

Je suis un passionné de montagne. J'aime prendre de l'altitude, à l'instar de ceux qui prennent du recul. Ma pratique du trek se compose en solitaire depuis de nombreuses années, en semi-autonomie sur plusieurs jours, souvent l'été, rarement l'hiver. Photographe passionné, j'apprécie de faire des reportage-photos pour exprimer la beaut...



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