Bivouac à Vonaskarrð – Camp de Nýidalur

Destination : Islande » Europe | Activité : Randonnée  | 


Bivouac à Vonaskarrð - Camp de Nýidalur - Traversée de l'Islande à pied
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Jour 8 – 29 juillet 2007 : Bivouac à Vonaskarrð – Camp de Nýidalur

Journée : 7h20 – 15h45
Temps : 6h25 (3h45+2h40)
Distance : 17 km
Dénivelé : +555m/-700m
Nb de Gué : 3 en 35 min

Miracle, nous nous réveillons avec un ciel quasiment bleu. C’était rare ces derniers matins, et s’il fallait un jour comme celui-ci, c’est
bien aujourd’hui. Et heureusement car dans le cas contraire, je ne suis pas sûr que nous aurions réussi à trouver le passage. Car il n’y a ni sentier, ni balisage, ni poteau, ni même un cairn…

Nous commençons la journée par le passage d’un triple-gué. C’est-à-dire que nous avons trois ruisseaux successifs qui nous attendent, sans rechausser nos chaussures entre chacun, et sans se sécher et réchauffer les pieds. Mettre les pieds dans une eau à 2°C n’a rien
d’agréable, alors au petit matin, c’est horrible ! Je ne tiens pas plus de quelques secondes avant d’hurler, mes pieds changent de couleur à vue d’oeil, j’essaie d’accélérer, mais il ne faut pas perdre l’équilibre avec le petit courant. Put*** que ça caille !!!! Ouf enfin le bord… Voilà le premier de passer, il en reste encore deux. Et pourtant, il ne faut pas plus de trente secondes pour en traverser un. Une fois le troisième franchi, je jette mon sac à terre, m’assois dessus et attrape ma serviette qui est à portée de main pour frictionner mes orteils.

Après un nouvel examen de la carte, nous localisons le Mont Eggia qui culmine à 1272 mètres et qui est le point le plus haut de cette
petite chaîne. Le col de Vonarskarð à 1170 mètres que nous devons franchir se trouve au Nord-Est de l’Eggia. En dehors du fait de savoir
que l’Eggia est le sommet culminant du secteur, les Allemands nous ont indiqué qu’il y avait des sources chaudes à proximité. Il s’agit de la zone géothermique de Vonarskarð. Nous partons donc à la recherche d’un itinéraire qui nous permettra de grimper sur les hauteurs tout en essayant de localiser ces points chauds.

Lorsque les fumerolles sont à portée de vue, nous n’avons plus de doute sur notre position, c’est le bon itinéraire. Des fumées
s’échappent du sol tout autour de nous, le sol jaune de souffre et sillonné par des ruisselets d’eau bouillonnante, trop chaude pour y
tremper les pieds. Elle s’écoule le long de la montagne, où à proximité s’étendent des mousses vertes fluorescentes, un véritable décor irréel.

Ce paysage superbe de cette zone géothermique, aux couleurs variées et vives, est certainement le plus beau panorama de notre traversée. Au col de Vonarskarð, nous montons un cairn en espérant qu’il puisse être vu d’en bas afin d’indiquer l’itinéraire aux prochains qui passeront.

Nous descendons le col sur son autre versant, en suivant une moraine sulfureuse aux couleurs ocres, jaunes, blanches, qui nous
conduit dans une petite vallée tout aussi sulfureuse et étroite, isolée, abandonnée, comme si personne n’était jamais passé ici. Nous suivons le court d’eau qui s’écoule dans son fond. Au bout de cette petite vallée, je pensais avoir à franchir un autre col, mais en fait nous nous retrouvons en surplomb de la vallée de Nýidalur (ou Jökuldalur). Dans la théorie, il nous suffit de descendre, mais nous sommes sur un à-pic, et le cours d’eau chute dans une cascade, impossible pour nous de passer par là. Deux solutions s’offrent à nous, soit nous passons sur  l’arête de Mjohals qui se trouve coté Sud de la vallée, soit à flanc de montagne juste en dessous de la crête Nord. Les Allemands laissaient supposer qu’il fallait plutôt passer par le Sud, mais il faut pour cela contourner un sommet qui nous cache la vue. Du coup, n’étant pas surs que ça passe, nous optons pour l’itinéraire par le Nord qui nous plait davantage et qui est bien plus court. Nous longeons donc en devers le flanc de montagne, en léger contrebas de la crête. Mais nous nous retrouvons vite bloqués par des moraines, des névés instables, des à-pics… Nous sommes obligés de reprendre de l’altitude vers la crête. Puis une fois passés au dessus des obstacles, nous reperdons de l’altitude. Nous continuons ainsi jusqu’au dernier obstacle, impossible de le contourner, et de toute façon, après c’est pire.

Pour avoir fait plusieurs randonnées ensemble, je n’ai aucun doute sur l’endurance et la résistance physique de Philippe, c’est pour cela
que je l’ai choisi comme équipier. Mais même s’il est un habitué de la montagne, nous n’avons jamais passé de passage "technique"
ensemble. En plus de cela, il a toujours sa chaussure desserrée due à la douleur de la malléole. Après nous être débarrassé de nos bâtons, je passe devant et j’essaie de trouver le meilleur passage dans cet éboulis de pierres, dans une pente d’environ 60°, où chacun de nos pas lourds dûs aux sacs à dos créent une dégringolade de cailloux.

Nous avançons comme cela de palier en palier chacun à notre tour. Au passage le plus pentu et la plus glissant, je crains que la cheville de Philippe ne soit un élément de trop à gérer. Je lui demande donc de se débarrasser de son sac et de me le faire glisser. Une fois ce petit passage (qui nous fait descendre de 250 mètres) franchi, nous nous retrouvons dans la vallée de Nýidalur.

Cette vallée est un petit paradis au milieu d’un grand désert. Fleuri, verdoyant, renfermant une palette de couleurs, du vert au violet, en
passant par le blanc et le jaune. L’eau s’écoule paisiblement, les rayons du soleil emprisonnés dans cette vallée en réchauffent l’air.
L’Islande est devenue agréable, au point que nous nous accordons une longue sieste. Allongés des plus simplement dans une herbe moelleuse, à savourer cette chaleur. Un peu plus, nous pourrions bronzer si nous n’étions pas emmitouflés dans nos couches de vêtements… ça reste l’Islande, nous sommes tout de même sur le 66e parallèle.

Quelques mètres avant d’arriver au camp de Nýidalur, l’eau qui coulait si paisiblement, nous oblige à nous déchausser pour notre
quatrième gué de la journée. Ces derniers mètres sont aussi source d’une angoisse qui refait surface. Notre ravitaillement à t-‘il bien été
livré ? Nous ne pouvons continuer sans ! Philippe entre dans le refuge, à la recherche du gardien. Je l’entends alors crier, c’est bon ! La bouffe est là !

Alors qu’il pleut des cordes à l’extérieur, j’écris mon journal au chaud. Philippe vient me voir et me dit :
– Je discutais avec les deux Suisses la bàs, c’est une mère et sa fille qui voyagent en 4×4, et elles nous proposent une côtelette à
partager, ça te dit ?
– Euh…. Ca fait juste une semaine que je crève la dalle, je peux attendre encore un peu… Bien sûr que ça me dit !

En plus de la côtelette, nous finissons les restes de la semaine afin de ne pas nous alourdir pour les jours prochains, c’est un vrai festin de roi pour le souper, nous mangeons enfin à notre faim. Le soir, profitant d’être au chaud et à l’abri, nous veillons autour d’un Uno avec les Suisses et nos Lyonnais que nous avons retrouvés.

Simon
A propos de l'auteur

Voici quelques années, je me suis échappé d'une vie qu'il faut souvent suivre au pas... Aujourd'hui je déborde d'énergie que je dépense dans la marche afin de parcourir des milliers de kilomètres pour découvrir les merveilles de la nature. Mes terrains de jeux préférés étant les montagnes et les zones désertiques, là où poussent le...



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